‹ Les douleurs de la vieChapitre 266 sur 292 · Homil. 41, in I Corinth · texte numérisé non relu

Homil. 41, in I Corinth

aux défunts, et leur accordez vos prières, vos supplications, vos aumônes. »

Bellarmin examine, à cet endroit, une question qui n'est pas sans intérêt. La restitution faite au nom d'un mort est-elle pour lui un suffrage véritable? On lit, en effet, plusieurs apparitions oii les âmes demandent des restitutions de ce genre ^ , et protestent quelles ne peuvent entrer au ciel tant qu'elles ne sont pas opérées. L'illustre théologien répond qu'il lui paraît que ces restitutions, par ellesmêmes, ne changent rien à la situation des âmes. « EfTectivement. dit-il. Dieu ne punit que les fautes personnelles contractées pendant la vie. Or, ou bien le défunt a péché en ne restituant pas, ou il n'a point péché, si par exemple il a été hors détat de s'acquitter, ou s'il a possédé de bonne foi : dans ce dernier cas, il ne sera pas puni, puisqu'il ne l'a point mérité. S'il y a eu de sa faute , s'il a réellement péché, il expiera au purgatoire sa négligence; mais, aussitôt cette négligence expiée, il entrera dans la gloire, que la restitution se fasse ou non. Cela tient à ce qu'il est dans l'impuissance personnelle de restituer, et que, d'autre part , son salut ne saurait dépendre de la volonté d'un autre , ce qui l'exposerait à rester éternellement dans les flammes, si la restitution n'avait jamais lieu. Ainsi, au cas où elle pourrait se faire et où la négligence de l'héritier ne la ferait pas. cet héritier péchera pour son compte, et l'âme n'en souffrira point de dommage... » Et quant aux apparitions, continue Bellarmin, il est probable que les âmes ne réclamaient les restitutions qu'à titre d'aumônes. Tout ceci, du reste, n'est qu'une interprétation particulière.

A peine est-il besoin de dire que. pour soulager les âmes du purgatoire d'une manière efficace, il faut être soi-même en état de grâce. Comment . en effet , oser se présenter à Dieu en intercesseur lorsqu'on vit en dehors de sa grâce ?

1. Notamment au chap. 66^ du viMivre des Bh'elations de S'^ Brigitte.

Les pécheurs ne doivent pas néanmoins s'abstenir de prier pour les morts : car cette prière peut attirer sur eux une «•race de conversion, à cause de la charité qui Ta dictée ^ Observons encore que les prières et les bonnes œuvres offertes pour une âme en particulier profitent souvent, par la même action, à plusieurs autres. Ainsi une lampe destinée au maître de la maison éclairera également les serviteurs qui se tiennent près de lui.

La pompe dont on entoure la sépulture des siens , les tombeaux qu'on leur élève dans les églises ou les cimetières , partent d'un sentiment d'affection , et aussi de la croyance à Timmortalité de l'âme , et n'ont rien que de bon en eux-mêmes ; mais ce n'est pas cela qui peut secourir un mort s'il est condamné au feu du purgatoire. Faisons donc pour lui autre chose.

f Une mère, inconsolable de la mort de son fils, ne ces- ??ait de le pleurer, sans toutefois l'assister par les moyens que fournit la religion. Le Seigneur eut pitié de son erreur : il lui envoya une vision. C'était une procession de jeunes gens, dont les vêtements blancs étaient enrichis de divers ornements , et qui , pleins de joie , se dirigeaient vers un temple magnifique. Le temple était le ciel, les vêtements ceux de la foi, les ornements attestaient et représentaient la charité. Cette femme, qui toujours portait dans son cœur le fils qu'elle avait perdu , le cherchait avec anxiété dans cette troupe choisie ; elle ne l'aperçut qu'à la fin, le dernier, et son vêtement , au lieu de ressembler aux autres , était mouillé et en mauvais état , lui-même paraissait marcher

I . On remarquera ce mot de S. Augustin, relativement aux damnés : Qiiibus prosunt suffracjia, aul ad hoc prosunt ut plena fiât retnissio, mit tolerahilior sit ipsa damnatio. Enchiridion. 110. — Et au ch. 112« (lu même livre : Pœnas damnatorum certis temporum intervallis existimerd, si hoc eis placet, aUqiiateniis mitigari, dummodô intetligatur in eis manere irmn Dei, hoc est ipsa damnatio.

avec peine. A cette vue. les larmes de la mère redoublent, et d"une voix étouffée elle s"écrie : « Pourquoi, ô mon fils, cette tristesse que je vois sur votre visage? pourquoi rester en arrière ? " Et le jeune homme lui répond : — « Vous voyez . ma mère . ces vêtements lugubres et humides : voilà ce que produisent votre deuil tout humain et les pleurs de sensibilité purement naturelle que vous continuez de verser sur moi ; tout cela aussi alourdit mes pas, que vos prières pourraient alléger. Ah I si vous m'aimez véritablement , si vous désirez de me savoir heureux , secourez-moi par les œuvres de la foi et de la charité, comme sont secourus ceux-ci qui me précèdent I » — Dès ce jour, la pauvre mère comprit ce qu'exige un amour chrétien ^

L'aumône est une des vertus qui nous sont le plus souvent et le plus fortement recommandées dans TÉvangile ; elle occupe la première place dans la description du jugement dernier faite par Notre-Seigneur, et elle applique la béatitude Heureux les miséricordieux . parce qu'eux-mêmes trouveront miséricorde. Elle possède même, d'après S. Thomas, une vertu de satisfaction plus complète que la prière. L'ange disait à Tobie : « Laumône sauve de la mort; c'est elle qui efface les péchés; elle retire Tâme des ténèbres, lui fait trouver grâce devant Dieu et lui assure la vie éternelle^. » Et le Saint-Esprit, dans un autre passage, dit formellement : <^ Comme leau éteint le feu le plus ardent, ainsi l'aumône détruit les péchés^. » Et encore, au même livre : « Répandez l'aumône dans le sein du pauvre, et elle priera pour vous afin que vous soyez délivré de tout maP. »

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