‹ Les douleurs de la vieChapitre 270 sur 292 · Tiaduct. de M. labbé de Cazalès, t. IIP, p · texte numérisé non relu

Tiaduct. de M. labbé de Cazalès, t. IIP, p

et cependant j'appris toute son histoire, dont je me rappelle encore quelque chose. — Au temps d'un roi d'Angleterre qui faisait la guerre à la France , il commandait une armée anglaise dans ce pays , qu'il dévasta horriblement et oii il exerça toute sorte de cruautés. Il avait été bien mal élevé, et j'eus l'impression que c'était par la faute de sa mère. Cependant . au fond du cœur il avait conservé une vénération réelle pour la Très Sainte Vierge. 11 détruisait toutes les images sur sa route; et, un jour qu'il passait devant une très belle statue de Marie , il voulut aussi la renverser; mais il fut saisi d'une certaine émotion, et il s'arrêta devant cette impiété.

» Peu de temps après, il fut attaqué d'une fièvre très violente. 11 aurait voulu se confesser, mais il perdit connaissance ; cependant il mourut avec des sentiments très vifs de repentir. Cela lui fit trouver miséricorde, et il ne fut pas damné.

» On aurait pu lui venir efficacement en aide : il avait été complètement oublié des survivants. Il assurait qu'on pouvait surtout l'assisterez faisant dire des messes, et qu'il lui aurait fallu peu de chose pour être délivré depuis longtemps. Le lieu où il se tient n'était point le purgatoire, car dans le purgatoire on n'est pas tourmenté par les démons. Je vis cet homme entouré de chiens qui aboyaient après lui et le déchiraient , parce qu'il avait fait souffrir à d'autres ce supplice. Il était souvent enchaîné dans diverses positions , attaché notamment comme sur un billot , et il était arrosé de sang bouillant qui courait à travers ses veines. Il me dit que l'espoir de la délivrance était pour lui un grand soulagement. Quand il m'eut parlé, il disparut tout à coup, et sembla s'enfoncer dans la montagne. La place oi^i je l'avais vu était comme couverte d'un gazon enflammé. »

Un saint personnage , ravi en extase , vit sur une grande place une table couverte d'or, d'argent, de diamants, de

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perles et de toute sorte de pierres précieuses ; et en même temps une voix criait : « Ce trésor est à la disposition de tout le monde : que ceux qui en désirent en prennent à leur volonté! » C'était l'image de l'immense trésor des Indulgences, ouvert chaque jour et à toute heure aux enfants de rÉglise. Quel autre bienfait du Seigneur 1 Oui, dit Bourdaloue , « nous avons dans notre religion des articles de créance bien surprenants: mais j'ose dire que, entre les autres, la foi d'une indulgence plénière n'est pas ce qui doit le moins nous étonner. Elle nous découvre des effets de miséricorde si extraordinaires, que, sans la révélation divine et sans l'autorité de l'Église , nous ne pourrions soumettre nos esprits à croire un point qui passe toutes nos vues et qui est au-dessus de toutes nos espérances. N'est-il pas prodigieux qu'un Dieu jaloux de sa gloire et de sa justice , comme le Dieu des chrétiens, s'engage à en remettre toutes les prétentions , à en céder tous les intérêts . et cela par la voie la plus courte et la plus aisée, la plus gratuite, qui est la concession de l'indulgence? •)

Et quand même nous n'obtiendrions pas une indulgence plénière , capable de délivrer tout d'un coup une âme , que d'indulgences partielles nous sont offertes, dans des conditions dune facilité extrême'. Ce sera une petite prière, une œuvre très simple de miséricorde, comme d'accompagner le Saint-Sacrement qu'on porte à un malade , ou de faire un peu de catéchisme aux ignorants : et au moyen de ces pieuses pratiques nous délivrerons une àme des peines représentées par le nombre de jours ou d'années qu'elle eût ici-bas consacrés à la pénitence. Quelle bonté de la part de Dieu ! Quand donc , étant en état de grâce , je gagne pour un défunt cinquante jours, cent jours d'indulgence, je me dis : Cette pauvre àme va voir alléger son fardeau de la valeur d'expiation de cinquante ou de cent jours voués sur la terre à la pénitence canonique, c'est-àdire celle que l'Église imposait autrefois, au temps de sa

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discipline la plus rigoureuse. Avec un peu de zèle, il n'est pas un fidèle qui ne puisse obtenir de la sorte des dix et quinze années par jour, puisque la seule récitation des trois actes des vertus théologales , par exemple , est récompensée de sept ans et sept carêmes d'indulgence. C'est pourquoi il y a de la cruauté à ne pas procurer ce secours aux morts.

Nous n'avons point à expliquer ici la doctrine des indul gences , qui repose sur le pouvoir communiqué par Notrc- Seigneur à ses Apôtres : Tout ce que vuus délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Le trésor se forme des mérites surabondants de Notre-Seigneur et des saints. C'est un point de catéchisme qui n'est étranger à aucun chrétien. L'application des indulgences ne se fait jamais , d'ailleurs, qu'au moyen d'une œuvre sainte , telle que la prière , un pèlerinage, une aumône, qui déjà possède son mérite propre. Ah ! si nous pensions davantage à soulager de cette manière nos bien-aimés défunts !

^ S^^ Madeleine de Pazzi avait, avec grande charité, assisté à ses derniers moments une sœur de son ordre, morte en odeur de sainteté. Les religieuses non seulement s'étaient empressées de réciter pour elle les offices ordinaires , mais elles lui avaient appliqué toutes les indulgences qu'elles pouvaient gagner dans la journée. Le corps était encore exposé dans l'église , et Madeleine , de la grille où elle se tenait , la regardait avec des sentiments de tendresse et de dévotion en priant pour le repos de son âme. Tout à coup elle la vit, resplendissante de lumière, sortir de cette froide dépouille et s'élever au ciel pour y recevoir la couronne de la gloire éternelle. La sainte ne put s'empêcher de crier : « Adieu, sœur, adieu , âme bienheureuse qui entrez dans le ciel avant que votre corps soit déposé dans la tombe! 0 bonheur, ô gloire! Ah! souvenez-vous de ceux que vous laissez sur la terre !» — A ces paroles, Jésus lui apparut pour la consoler, et lui dit que cette

âme avait été si promptement délivrée du purgatoire par la vertu des saintes indulgences. — Depuis lors, la dévotion aux indulgences devint telle dans le monastère, qu'on se serait fait scrupule d'en négliger une seule ' .

Pourquoi une étincelle de cette ferveur ne s'allumeraitelle pas aussi en nos cœurs? Pensons à tout ce qu'il nous est donné d'obtenir par ce moyen, et nous n'y manquerons plus.

ÉiéTation. — Grand DiEL", qui voyez mon sincère et ardent désir de tirer des flammes du purgatoire les âmes de mes frères et de leur ouvrir les portes du ciel . parce que je sais qu'en cela même je réjouis votre Cceur adorable et me fais le coopérateur de son amour envers nous , en même temps que par la charité j'expie mes propres péchés : je vous offre pour ces âmes affligées, et en particulier pour celles qui ont plus de droits à mes suffrages, non seulement toutes les prières et les bonnes œuvres que je ferai aujourd'hui, ou que d'autres feront pour moi, mais encore celles que je ferai toute ma vie , et que d'autres, quels qu'ils soient, feront pour moi, durant ma vie et après ma mort. Je vous cède entièrement le droit que j'y puis avoir, autant que vous le voulez , que vous l'agréez et que cela peut contribuer à votre plus grande gloire. J'assisterai dans ce but au saint sacrifice ; dans ce but je m'efforcerai de gasner des indulsfences.

i. Mois consolateur des âmes du Purgatoire. 4' (l'A., p. 342.

l'acte ilÉROÏQLE. 505

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