LES AUXILIATRICES
les malades pauvres à domicile continua dès lors d'être remplie, et vérifia une partie de la devise qu'adoptèrent les Auxiliatrices : « Prier, souffrir, agir, pour les âmes du Purgatoire ». Mais il fut bien entendu qu'on allait seulement aux pauvres incapables de se procurer d'autres soins, et qu'on ne recevrait jamais rien pour cet exercice de pure charité. Il fallait, pour les âmes en faveur de qui on se dévouait, ne pas se borner à la charité commune. Mais aussi, comme le remarque le P. Blot, qu'est-ce qui pouvait rappeler aux sœurs les âmes du Purgatoire mieux que les malades indigents? Le Purgatoire lui-même ne peut-il pas être comparé à un vaste Hotel-BiEU , où sont réunis les soldats de Jésus-Christ qui ont reçu quelque blessure dans la mêlée de ce monde , à cause de leur imprudence , de leur audace présomptueuse ou de leur faiblesse volontaire? La charité ne s'efforce-t-elle pas aussi de pénétrer dans cet hospice pour guérir les blessés , et pour les introduire au lieu du rafraîchissement après les ardeurs du combat , au sein de la lumière de gloire promise aux vainqueurs , dans les délices d'une paix conquise par une guerre sainte et généreuse contre les ennemis du salut? D'ailleurs, ce soin des malades eut toujours de l'attrait pour le cœur des saints, et paraît avoir été depuis longtemps dans les intentions de la Providence relativement à l'œuvre commencée. Ce ministère est fécond en mortifications de plus d'une sorte, et par-là même plus méritoire dans le travail d'expiation.'
Les sœurs, vêtues simplement de noir, n'ont point, à proprement parler, de costume religieux, des faits assez fréquents leur ayant montré que l'accès auprès de certains malades leur est ainsi rendu plus facile.
Le 4 juillet 1860, Pie IX accordait à perpétuité de nombreuses indulgences plénières aux membres honoraires. En même temps l'œuvre s'étendait , même en dehors de Paris; elle établissait, notamment, une maison à Nantes.
Chez les Auxiliatrices , on récite tous les jours l'office
des morts ; tous les jours , après la sainte Messe , on chante le De profandis au nom des défunts , en leur prêtant ainsi une voix pour invoquer Celui auprès de qui sont les trésors abondants de la rédemption. On récite la prière O bon el très doux Jésus pour les âmes qui ont été spécialement recommandées; puis, pour les malades pauvres actuellement visités, on dit le Souvenez-vous y suivi de l'invocation, trois fois répétée, Salut des infinnes, priez pour nous! Le noviciat dure deux ans, et d'ordinaire la religieuse ne passe la nuit auprès des malades qu'après l'avoir terminé. Toutes font disparaître leur nom de famille pour en adopter un de religion, qui permet aux demoiselles de grande maison de s'humilier, et aux autres de s'élever simplement à la sainte égalité de la vie commune. Aux trois vœux ordinaires de religion, pauvreté, chasteté, obéissance, on en ajoute un quatrième en faveur des fidèles trépassés. Les Auxiliatrices font toutes Vacte héroïque : elles offrent , elles donnent, autant que le Seigneur le permet, tous les mérites qu'elles pourront acquérir pendant leur vie , avec tous les suffrages qui pourront leur être appliqués avant et après leur mort. Le lecteur comprend toute la sainteté d'une telle disposition, lorsque surtout elle prend la forme et la force du vœu. — H y a bien d'autres pratiques, que nous mentionnerons par ce seul mot : la vie de ces bonnes religieuses n'est qu'une longue prière, une longue mortification, une union continuelle à Dieu, pour obtenir miséricorde à nos chers défunts. Que de conversions elles ont obtenues au lit de mort de leurs malades! Et, dirons-nous aussi, que d'âmes sans doute leur ont dû la délivrance des tourments du Purgatoire I
Elles ont institué un tiers-ordre pour les personnes qui, dans le monde, veulent s'associer à leurs mérites. On peut aussi faire inscrire chez elles les défunts pour qui on désire des prières et des suffrages. Beaucoup d'ecclésiastiques, enrôlés dans cette admirable milice, disent plusieurs fois par mois la sainte Messe aux intentions de l'ordre.
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Y Parmi lestraits de conversion, nous choisissons celui-ci.
Un ménage fut signalé au dévouement des Auxiliatrices de Paris. Un malheureux, blasphémateur et ivrogne, avait atteint sa cinquante-septième année, et vivait avec une femme plus âgée de dix ans. Ses excès lui avaient fait contracter une maladie d'estomac qui ne lui permettait plus aucun travail. La femme avait voulu gagner pour deux, mais un panaris l'avait bientôt privée de l'usage de la main droite. Quand les religieuses se présentèrent, la pauvre vieille sanglotait, l'homme lisait froidement un journal sur son lit. Il ne reçut ses bienfaitrices que par ces mots : « Les malheureux n'ont point d'amis ! » et il continua sa lecture. Mais les sœurs , sans se rebuter, se mirent à chercher ce qu'il fallait pour allumer le feu et préparer de la tisane : elles ne trouvèrent rien dans ce triste réduit , et il ne restait plus à ses infortunés habitants un seul sou pour acheter les objets d'absolue nécessité. Elles sortirent donc, en recommandant d'avoir confiance en la Providence et de prier.
A leur retour, elles apportaient , de la part de la supérieure, quelque nourriture et un peu d'argent. La femme poussa un cri de joie, le malade laissaéchapperun« merci ». En un instant, les Auxiliatrices ont transformé ce dégoûtant réduit en une chambre propre et rangée. Ensuite elles s'occupent de la pauvre femme , qui , hors d'état de se servir de la main droite et presque paralysée de la gauche, était dévorée par la vermine. Alors enfin l'homme interrompt sa lecture ; il regarde les religieuses , puis il s'écrie : « C'est pousser la charité trop loin ! Il doit pourtant bien vous en coûter, mes sœurs , pour faire ce que vous faites là! »
Le lendemain, une voisine, assez indigente elle-même et depuis très longtemps éloignée de toute pratique religieuse , mais toujours dévouée à ceux qu'elle croyait plus malheureux qu'elle , venait dès deux heures du matin secourir la femme , qui venait de perdre connaissance dans
une attaque d"apoplexie. A cette vue, dès qu'elles arrivent, les religieuses conseillent à l'homme de prier. Un singulier mélange de colère et d'ironie se peint d'abord sur ses traits. Cependant, après quelques minutes de réflexion, il se découvre et joint les mains. Le soir, la malade avait recouvré connaissance.
On prévient un prêtre , qui , en entrant , va droit à Henri.
— « Votre femme est malade, mon ami î soyez tranquille, nous la guérirons. De quel pays êtes-vous? — De la Bourgogne. — De la Bourgogne ! mais c'est mon pays ; nous sommes compatriotes I 11 n'y a que de bons enfants par là : allons , une poignée de main ! » Le prêtre s'approche de la malade, lui adresse quelques paroles de consolation, et demande qu'on le laisse seul. L'homme ne revenait pas de sa surprise. — « Qu'il est boni qu'il est boni répète-t-il à la voisine , chez qui il s'est retiré. Mais aussi c'est mon paysl Pas plus fier qu'un enfant 1 » Bientôt ses yeux se remplirent de larmes. — « Mes soeurs, s*écria-t-il , je suis un misérable, j'ai dit tant de mal de la religion 1 C'est que je ne la connaissais pas. »
La confession terminée , le prêtre serre de nouveau les mains à l'homme, qui ne trouve plus un mot à lui dire.
— « Vous avez là une brave femme , mon ami 1 — Je ne saurais mentir avec vous , Monsieur le Curé : nous ne sommes pas mariés. — Eh bien, nous vous marierons. Venez me voir samedi matin : nous causerons du pays , et nous arrangerons vos petites affaires. — Vous arrangerez aussi les miennes 1 s'écria la voisine : il y a longtemps qu'elles n'ont été réglées. — Venez, venez, mes enfants : le plus heureux sera votre serviteur. »
Le samedi, on est fidèle au rendez-vous. L'homme, au retour, est comme fou de joie; il saute, il bat des mains. <' Quel bon père! disait-il. Je suis le plus heureux homm<^ du monde! Je me suis confessé, non pas [à l'église, mais dans sa chambre. Vite, vite, mes sœurs, faites les démarches pour notre mariage : nous voulons être tout à fait les
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-enfants du Bon Dieu. « Grâce à la Société de S. François- Régis , lès difficultés furent aplanies.
Cette histoire parvint à la connaissance d'une noble dame du tiers-ordre des Auxiliatrices : elle visita ces bonnes gens, paya leur loyer, et apprit à la femme à réciter ses prières. Le vestiaire des pauvres et la charité fournirent une toilette convenable. De la paroisse le vieux couple vint remercier la supérieure. L'homme commença : « Vous m'avez mis dans le bon chemin... » Il voulait continuer; mais son cœur était si plein, sa voix si tremblante d'émotion, que ses larmes achevèrent le discours qu'il avait mis deux jours à composer dans sa tête.
Dès lors il n'y eut plus dans le ménage ni querelles ni jurements. Le matin et le soir, on priait en commun. Si le pain venait à manquer, on se disait : « Il est juste que nous soj'ons punis , puisque nous avons tant offensé Dieu. » L'un et l'autre maintenant ont paru devant le Seigneur, après la mort la plus édifiante ^
Éiération. — 0 tendre Père , du trône de votre gloire abaissez un regard de pardon sur les pauvres âmes retenues au Purgatoire. Voyez les peines qu'elles endurent, les tourments qu'elles subissent ; considérez leurs gémissements, les larmes qu'elles répandent en se tournant vers vous ; écoutez les prières et les supplications par lesquelles elles implorent votre miséricorde ; montrez-vous propice et pardonnez leurs péchés. Rappelez-vous, ô tendre Père , les tortures auxquelles s'est soumis pour elles votre divin Fils , le sang que pour elles il a donné. N'exigez point dans toute la rigueur de votre justice la dette contractée par la faiblesse humaine. Vous aimez à nous voir prier les uns pour les autres : Seigneur, nous nous prosfternons devant vous au nom des âmes souffrantes et nous vous crions: Pardon, mon Dieu, pardon pour elles I
1. Les Auxiliatrices, i»ar le P. Blot ; Seédit., pp. 213 et siiiv.
ofî6 LE PURGATOIRE.