‹ Les douleurs de la vieChapitre 28 sur 292 · Vie du Curé d''Ars, par A. Monnin. t. ]I, p · texte numérisé non relu

Vie du Curé d''Ars, par A. Monnin. t. ]I, p

t Le bienheureux Gérard, frère de S. Bernard, au milieu de la grave maladie dont il mourut, ne cessait de manifester la joie la plus vive. Il chantait avec transport le Laudate Dominum. Son saint frère étant venu le voir, le pieux malade ne l'eut pas plutôt aperçu qu'il se mit à répéter avec délices : « Mon Père céleste, je remets mon âme entre vos mains ! " Et il s'arrêtait particulièrement sur le mot Mon Père, qu'il savourait avec des élans ineffables , tant cet aimable nom lui paraissait , à ce moment, agréable et doux. Ensuite, s'adressant à S. Bernard, il lui dit tout radieux : <- Oh 1 combien grande est la bonté et la complaisance du Seigneur, qui consent à être notre père ! Et pom' nous quelle gloire d'être les enfants de Dieu, les héritiers de Dieu! Car, puisque nous sommes les enfants du Seigneur, nous sommes conséquemment aussi ses héritiers, héritiers de biens immortels. » Ce fut dans ces sentiments si doux qu'il rendit son âme à Dieu.

A Nice , en 1873, se mourait une fervente religieuse , du nom de Candide, après une maladie cruelle supportée avec une angélique patience. Sentant approcher l'heure de la séparation suprême et se voyant entourée de ses sœurs, elle demanda comme une dernière faveur, puisqu'elle ne pouvait communier à cause de vomissements continuels, qu'on lui apportât du moins le saint ciboire à vénérer. L'aumônier accéda à cette prière. — « Voici, dit-il en entrant , le Sacrement divin qui vient visiter sa servante î » La malade incline pieusement la tête et offre ses adorations. Puis tout à coup elle dit avec une ardeur singulière : « Mon père, je vous en supplie, donnez-moi la sainte hostie : je sens qu'il n'y aura point d'accident! » Le prêtre interroge la garde-malade, et apprenant qu'en effet, depuis plus d'un quart d'heure , aucun vomissement ne s'était produit, il communie l'agonisante. A peine a-t-elle reçu son Sauveur qu'elle entre dans une sorte d'extase de quelques instants; puis, ouvrant les yeux et les promenant sur l'assistance : « Je l'ai maintenant ! s'écria-t-elle

par un dernier effort : je ne le quitterai plus I Adieu, mes sœurs; je m'en vais avec lui! » Et elle rend le dernier soupir.

ÉléTation. — Quelle confusion pour moi, ô Maître adorable, lorsque vous comparez ma conduite et mes sentiments à ceux de ces âmes dignes de vous ! 0 sainte résignation, en présence de ces modèles, tu me deviens chère : par toi je m'attacherai aux souffrances, aux peines de la vie , dans la mesure où il plaira à Dieu de me les imposer, me souvenant qu'il est écrit : Bienheureux ceux qui pleurent! Bienheureux ceux qui souffrent persécution!

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