‹ Les douleurs de la vieChapitre 29 sur 292 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Une page de consolation au nom de la sagesse.

Nous la demanderons, cette page, à la sagesse divine d'abord. — L'illustre P. de Ravignan, dont la vie fut si sainte, si dévouée aux âmes, eut ses jours d'épreuve et de tristesse. Il en écrivit au supérieur général de la Compagnie de Jésus, à laquelle il appartenait, et le P. Roothan l'engagea à lire souvent , à méditer à loisir, le second chapitre du livre sacré de Y Ecclésiastique , où il trouverait, disait l'habile directeur, la consolation la plus abondante : ce qui, en effet, eut lieu. Ouvrons, nous aussi, et lisons dans le recueillement : c'est Dieu même parlant par son prophète :

« Mon fils, lorsque vous vous dévouez au service de » Dieu, demeurez ferme dans la justice et dans la crainte, » et préparez votre âme à la tentation. Humiliez votre » cœur et attendez avec patience. Prêtez l'oreille et recevez » les paroles de la sagesse , et ne vous hâtez point d'agir » au temps de l'obscurité. Souffrez en paix les retarde-

« ments de Dieu; demeurez uni à Dieu, et ne vous lassez » point d'attendre son secours , pour quà la fin votre vie » augmente. Acceptez donc de bon cœur tout ce qu'il vous » arrivera de fâcheux. Demeurez en paix dans votre dou- » leur, et au temps de votre humiliation conservez la « patience. L'or et l'argent s'épurent par le feu, et les » hommes que Dieu veut recevoir au nombre des siens » s'épurent dans le fourneau de l'humiliation. Ayez donc » confiance en Dieu , et il vous tirera de tous ces maux. )' Ayez le cœur droit, et espérez en lui. Conservez jusqu'à » la mort le respect et la crainte qu'il vous inspire. Tous » qui craignez le Seigneur, comptez sur sa miséricorde, » et ne vous détournez point de lui , de peur de tomber. » Vous qui craignez le Seigneur, confiez-vous à lui, et » votre récompense ne se perdra point. Vous qui craignez » le Seigneur, espérez en lui, et sa miséricorde viendra » vous apporter la joie. Vous qui craignez le Seigneur, » aimez-le, et vos cœurs seront illuminés.

» Considérez, ô mes enfants, toutes les nations de la » terre, et sachez que personne n'a espéré au Seigneur et » n'a été confondu. Qui donc est demeuré ferme dans les » commandements de Dieu, et a été abandonné de lui? » Qui donc l'invoqua, et fut méprisé? Oui, Dieu est plein » de miséricorde et de tendresse : au jour .de la tribu- » lation , il remet les péchés : il est le protecteur de tous » ceux qui le cherchent dans la vérité. »

Texte plein de douceur pour l'affligé , et auquel nous pouvons réunir cet autre verset du chapitre xxxiii^ : « Celui » qui craint le Seigneur ne sera surpris d'aucun mal ; mais » Dieu le protégera au jour de l'épreuve, et le délivrera de » tous ses maux '. »

Et maintenant écoutons la sagesse humaine, éclairée toutefois par la religion :

1. Tlmenii Dominum 7ion occitrrent mala , sed in tentatione Dels iîhim conservabit, et liberabit à malis. Eccli. xxxm, L

« Il est certain que les avantages de ce monde ne sont que des routes égarées qui ne conduisent jamais à la félicité qu'elles promettent. D'ailleurs, quelles peines, quels embarras n'entraînent-ils pas toujours avec eux! Car enfin, mortels aveuglés, que désirez-vous? Les richesses? vous ne pouvez les posséder qu'en en dépouillant ceux qui les possèdent présentement. Les dignités? mais vous serez obligé de faire le personnage suppliant auprès de ceux qui les dispensent. Vous qui ne cherchez qu'à vous élever au-dessus des autres, vous serez contraint de vous abaisser honteusement devant eux. Voulez-vous acquérir une grande puissance ? vous serez sans cesse exposé à mille dangers, à mille embûches. Recherchez-vous la gloire? en courant après elle vous perdez repos et liberté. Une vie voluptueuse serait-elle l'objet de vos désirs? ah ! qui peut être assez insensé pour devenir volontairement le vil esclave de son corps? Que ceux qui s'enorgueillissent des qualités de ce corps méprisable se fondent sur peu de chose ! L'homme le plus accompli ne le cède-t-il pas aux éléphants en grandeur, aux taureaux en force , aux tigres en vitesse? Contemplez la vaste étendue, la solidité et les rapides mouvements des cieux, et vous mépriserez tous ces vils objets, indignes de votre admiration. Et qu'est-ce, après tout, que la beauté du corps? Moins brillante que celle des fleurs, elle se flétrit plus vite qu'elle. Ah! si les hommes, s'écriait Aristote, avaient les yeux assez perçants pour pénétrer le fond des choses, que cet Alcibiade, qui du dehors leur paraît si beau , leur paraîtrait hideux à l'intérieur! Si donc on fait de votre beauté quelque cas, ce n'est point à l'excellence de votre nature que vous en êtes redevable , mais à la faiblesse des yeux qui vous regardent. Et, pour comprendre enfin combien on a tort de tant estimer les qualités du corps , il suffit de considérer que , pour détruire cette prétendue merveille , il ne faut qu'une fièvre de trois jours.

» Concluons de ceci que toutes ces choses, qui ne peu-

vent nous procurer ni tous les biens qu'elles nous premettent ni tous ceux que nous désirerions, ne sont point lès routes sûres par lesquelles Thomme parvient à la félicité.

» 0 hommes infortunés I dans quels égarements tombe donc votre igTiorance! Vous en savez assez, je l'avoue, pour ne point aller chercher l'or sur les arbres de vos forêts, ni les perles sur les pampres de vos vignes; vous n'êtes pas assez stupides pour tendre sur les montagnes l'hameçon perfide que vous préparez au poisson; ce n'est point sur les bancs de sable de la mer que vous chassez lês chevreuils timides : vous savez dans quels antres profonds la mer mêle les perles éclatantes et la pourpre vermeille; vous savez sur quelles côtes se pêche chaque espèce de poisson. Vous savez tant de choses : et le Ciel a permis que vous ignoriez où réside le vrai bien! Aveugles que vous ête's, vous cherchez sur la terre ce qui est dans les cieuxl Ames grossières, puissiez-vous courir en forcenés après les honneurs et les richesses, les acquérir, ces faux biens, avec des peines incroyables, et, détrompées enfin, venir rendre hommage au bien suprême^ ! »

Celui qui traçait ces lignes, au vi^ siècle, l'illustre Boèce, les écrivait au fond d'une dure prison : exemple lui-même, et des plus mémorables . de la fragilité et de l'inanité des félicités humaines. Consul de Rome à trente-deux ans, ministre du puissant Théodoric roi des Ostrogoths, sa fortune n'avait point d'égale à ce moment. 11 en est tout à coup précipité par les intrigues d'ennemis secrets; on l'enferme dans un cachot, où bientôt il sera mis à mort par l'ordre même de Théodoric. A peine lui reste-t-il le temps de repasser ses jours écoulés, et de tracer, à la lumière de ses dures épreuves , ce livre de la Consolation

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