BLiéce, Consolation de la Philosorjhïe , livre m
qui nous est parvenu comme un précieux monument de vraie et fortifiante philosophie. Après les lignes que nous venons de rapporter, Boèce conclut :
« Être infini, créateur du ciel et de la terre, de qui la sagesse éternelle gouverne l'univers depuis le commencement des siècles, vous qui, dans un repos immuable, donnez le mouvement à toute la nature, rien ne vous a porté à créer ce grand ouvrage, que votre seule bonté. Pour le former, vous n'avez eu d'autre modèle que vos idées adorables. Source de toute beauté, les beautés de ce monde ne sont qu'une faible image des vôtres. Quoique parfait dans son tout, pour que cet ou\Tage immense fût aussi parfait dans chacune de ses parties, votre sagesse toute-puissante a su concilier, dans les éléments , les qualités les plus opposées entre elles. C'est par ses lois que le froid s'accorde avec le feu , et l'humide avec son contraire ' ; c'est par ses lois que , malgré sa légèreté , le feu subtil et rapide ne s'évapore point dans les airs, et que, malgré son poids, la terre n'est pas submergée par le fluide profond qui l'environne. C'est vous qui avez répandu dans l'univers cet esprit puissant qui l'anime, et qui, sans sortir de lui-même, va distribuer le mouvement dans toute la nature , et régler les révolutions des cieux sur le modèle qui s'en trouve dans les idées de l'intelligence infinie. Vous avez également créé les âmes et les autres substances spirituelles d'un ordre inférieur. Vous les répandez sur la terre et dans les cieux, et elles y restent attachées au char que vous leur avez destiné , jusqu'à ce que , par une loi pleine de bonté , une flamme divine les ramène à vous , qui êtes leur premier principe. —
1. On lit dans lÉcriture : « Contra malum bonum est, et contra mortem v'ita, sic et contra vinim justum peccator. Et sic intuere in omnia opéra Altissimi : duo et duo, et unum contra umim. Le bien est en face du mal, en face de la vie la mort, en face du juste le méchant. Considérez ainsi toutes les œuvres du Très-Haut : vous les trouverez deux à deux, opposées lune à l'autre. » Eccli. xxxiii, 15.
0 mon Dieu, ô mon Père! élevez nos âmes jusqu'au séjour auguste que vous habitez. Conduisez-nous à la source du bien. Favorisez-nous de cette lumière céleste, qui seule peut vous découvrir à nos yeux et les rendre capables de vous contempler. Dissipez robscurité qui nous empêche de vous voir; brillez de tout votre éclat ! Car nous ne pouvons qu'en vous trouver la paix et le bonheur que nous cherchons. Tous êtes notre premier principe , notre fin dernière , notre guide , notre soutien. Vous êtes tout à la fois et le terme heureux auquel nous aspirons et la voie qui y conduit. »
Éiéyatiou. — En trouverons-nous vers vous, ô Maître souverain, une meilleure que le « Credo de la douleur »?
Je crois, ô mon Dieu, qu'en souffrant avec résignation j'achève en moi la Passion de Jésus-Christ.
Je crois que toute créature en ce monde est gémissante et comme dans les douleurs de l'enfantement , et qu'elle attend le jour de la manifestation du Fils de Dieu.
Je crois que nous n'avons point ici-bas de demeure stable , et que nous en cherchons une autre dans l'avenir.
Je crois que toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu; je crois que, s'ils sèment dans les larmes, ils moissonneront dans la joie.
Je crois que bien heureux sont ceux qui meurent dans le Seigneur.
Je crois que nos tribulations forment en nous un poids éternel de gloire, si nous contemplons non ce qui se voit mais ce qui ne se voit point : car les choses que nous voyons sont passagères, celles que nous ne voyons pas sont éternelles.
Je crois qu'il faut que notre corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que la mort soit absorbée dans cette victoire.
Je crois que Dieu essuiera toute larme dans les yeux des justes, que la mort ne sera plus en eux, ni le deuil ni les
gémissements, et que leur douleur s'arrêtera eiiliii, car tout le premier monde aura passé.
Je crois que nous verrons Dieu face à face. Amen^ .