‹ Les douleurs de la vieChapitre 32 sur 292 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Que Dieu seul peut nous consoler dans la perte des nôtres.

Le temps où nous vivons est profondément triste , non seulement à cause des bouleversements périodiques qui ébranlent toutes les existences, mais plus encore pour les détestables et désolantes doctrines qui l'envahissent et le corrompent. On cherche tout hors de Dieu, et hors de Dieu il n'y a que déception, désespoir, désert de l'âme. Lisons cette page émouvante publiée naguère dans une feuille publique' :

« Hier, je me suis arrêté machinalement devant un étalage, fort peu soucieux d'ailleurs de ce que l'on y avait entassé. J'eusse fort bien pu demeurer là indéfiniment, si je n'avais fait une rencontre dont je suis encore tout ému.

Une dame s'est approchée de moi : une dame vénérable, vêtue de deuil. Elle avait passé l'âge où l'on a un âge ; elle pouvait avoir aussi bien soixante que soixante-dix ans. Son visage était blême, dans le cadre de ses cheveux blancs ; sa toilette, des plus modestes, avait ce cachet de distinction interdit aux riches de pacotille.

Après m'avoir regardé quelques secondes , elle s'approcha lentement de moi. Ses lèvres décolorées remuèrent à peine lorsqu'elle m'adressa la parole.

— « Voulez-vous me permettre. Monsieur, me dit-elle, de vous faire une question qui vous surprendra peut-être? Croyez-vous que les mères revoient après leur mort les enfants qu'elles ont perdus? »

Adressée ainsi, à l'improviste, sur le boulevard, par une inconnue, cette question me surprit en effet. — « Vous

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