PENSEES CONSOLANTES
Et, en effet, si ceux qui nous ont quittés sont partis avec la grâce du repentir et des sacrements, heureux sontils , et cent fois heureux, que leur pèlerinage soit terminé, leur épreuve finie, le jour de la récompense arrivé. « Bienheureux, dit l'Esprit divin, ceux qui meurent dans » le Seigneur » ^ Les voici désormais à l'abri du naufrage. Que si la mort les a surpris sans les derniers secours de la religion, ah! sans doute il faut gémir, mais plus encore il faut prier pour eux, car les miséricordes de Dieu sont infinies , et entre le dernier soupir et Téternelle sentence il peut y avoir de décisives illuminations qui sauvent tout. Et qui sait si le Seigneur ne vous a pas précisément fait survivre à ce défunt chéri pour que vous intercédiez en sa faveur, et obteniez à son âme l'adoucissement et la fin des peines méritées par une vie moins fidèle , qu'aura réparée un acte de contrition inconnu des hommes ? Peutêtre , s'il eût vécu davantage , se fût-il rendu indigne de ce dernier mouvement de grâce.
Formons-nous, en cela comme en tout le reste, sur les exemples des saints , en considérant ce qu'ils ont accordé à la nature , ce qu'ils ont donné à la foi , et comment en eux celle-ci a commandé à la première pour l'empêcher de franchir les bornes, sans néanmoins lui interdire le soulagement qu'elle tire de ses larmes mêmes.
Saint Augustin , racontant la mort si belle de son admirable mère sainte Monique , termine ainsi : « Je lui fermai moi-même les yeux : et alors il entra dans mon âme un si grand poids de tristesse, qu'il me fut impossible de verser les larmes qui remplissaient mes yeux. Mon cœur était frappé d'un coup affreux ; ma vie , qui se concentrait
temini sicut et cxteri qvi spem non habenf. Si enim credimus quàd Jésus mortuus est et resurrexit, ità et Deus eos qui dormierunt per Jeslm adducet eu m eo... Et sic semper cum Domino erimus. Itaquè consolamini invicem in verbis istis. I Thessal. iv, 12, 13, 16, 17. 1. Beati mortui qui in Domino moriuntur. Apocal. xv, 13.
dans ma mère, était désormais brisée. Le corps ayant été préparé, tout étant disposé pom^ les funérailles, nous allions et venions sans répandre nos pleurs ; moi seul savais ce qui se passait dans mon àme. Et bientôt toutefois, rappelant en mon esprit tant de vertus, de si douces bontés pour moi, la tendresse de cet amour maternel, je laissai couler enfin mes larmes, je les versai abondantes sur celle qui en avait tant versé à mon sujet. Dieu donc lui accorde le repos, et inspire à ses serviteurs de se souvenir d'elle, avec Patrice, son mari et mon père, au saint autel ^ » — Voilà bien la douleur, et aussi vive qu'elle puisse être ressentie ; mais on n'y découvre , on n'y sent rien qui représente le découragement, le manque d'espérance. C'est une amertume légitime, profonde et vraie, mais douce cependant par le souvenir de la vertu et de Dieu.
Augustin perdit aussi son fils Dieudonné , qu'il aimait comme un autre lui-même. Après avoir dit les qualités de cet enfant et raconté son trépas : « Vous, ô mon Dieu, s'écrie-t-il, vous, dans les conseils de votre amour, avez eu hâte de le retirer de ce monde après qu'il avait, avec moi, pris une naissance nouvelle dans les eaux du baptême : et ainsi vous lui avez épargné les dangers qu'il eût courus ici-bas -. » Cette dernière pensée, touchant les périls de la vie par rapport au salut , est une de celles auxquelles on doit s'attacher davantage dans l'œuvre de consolation. La mort n'est-elle pas, en effet, la réalisation de ce que tant de fois on a demandé au Seigneur, sur son indication même : Ne nous induisez point en tentation''! Celui que nous pleurons n'est plus exposé à pécher : quelle faveur vaut cellelà? A-t-il, malheureusement, oublié, lorsqu'il vivait, les préceptes de la fidélité chrétienne, du moins il n'ajoutera plus au fardeau de son jugement; et dùt-il même souffrir cruellement dans l'autre vie, son supplice sera moindre,