‹ Les douleurs de la vieChapitre 38 sur 292 · PENSEES CONSOLA^'TES · texte numérisé non relu

PENSEES CONSOLA^'TES

sans doute, que s'il lui avait donné de nouveaux et trop sûrs aliments par la continuation du péché.

Le grand S. Ambroise, l'instrument de la conversion d'Augustin, vit mourir son frère Satyre, à qui il était tendrement attaché, qui était la moitié de son âme, selon l'expression commune, ici plus exacte que jamais, et qui lui fut d'autant plus cher qu'il était un modèle de piété. Ambroise, montant en chaire , voulut épancher son affliction devant le peuple de Milan , qui prenait part à sa douleur. Écoutons les motifs de résignation qu'il trouve dans la foi. — Il bénit Dieu d'avoir fait tomber l'affliction sur lui et sur les siens. Quoique, dit-il, il n'ait chéri personne autant que ce vertueux frère , le malheur de l'avoir perdu ne lui fera point oublier le bonheur qu'il eut de le posséder. Le rendre à Dieu était une dette, puisqu'il l'avait reçu de sa main comme un don gratuit. Et pourtant il se sent le cœur déchiré de cette séparation. « Le Sauveur ne pleure-t-il pas lui-même la mort de Lazare? » Il fait voir, en commentant plusieurs passages de l'Écriture, que les larmes sont le propre d'une belle âme, une marque de vertu souvent, une preuve de la dignité du cœur et de sa juste tendresse. Les accents qui lui échappent sont d'une admirable éloquence , surtout lorsqu'il s'étend sur les qualités de ce frère. — Mais, continue-t-il, la tristesse du chrétien, son chagrin, ses regrets, ne doivent point ressembler à ce qu'on voit dans les infidèles. Ceux-ci n'ont aucun moyen de tempérer et d'adoucir leur douleur : sur quoi s'appuieraient-ils pour cela? Il y faut la croyance à la résurrection, à la vie définitive dans le sein de Dieu, et ils ne l'ont pas; ils s'imaginent être à tout jamais séparés des leurs, le tombeau est pour eux une muraille qui ne peut tomber. Mais nous, aux clartés de l'Évangile, nous savons qu'il est une éternité réservée aux justes, et que tous s'y donneront le baiser du retour. Et puis, Ambroise, sur ces assurances, ne se regarde même pas comme séparé de son frère. Il le

voit dans le silence de la nuit, il le sent à ses côtés, il entend le son de sa voix aimée ; il le suit d'un œil avide , il l'attire sur son cœur pour lui donner le baiser fraternel. Ce bienheureux esprit, délivré de la prison du corps, est toujours présent à Ambroise ; c'est un consolateur, un ami, le frère encore. — Il semble, du reste, qu'on doive prendre à la lettre ces expressions du grand évêque, et que véritablement Dieu permettait à l'âme de Satyre de le visiter et de se rendre visible. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Ceux qui nous ont quittés ne cessent point de nous aimer, et nous pouvons croire pieusement qu'ils se plaisent à revenir près de nous , par une disposition de la maternelle Providence.

Une dame de grande vertu, que nous avons connue, avait perdu sa fille aînée, élevée par elle dans les sentiments de la plus édifiante piété. Son cœur se nourrissait de son chagrin, et ses larmes ne cessaient de couler, plus de vingt ans après, comme au premier jour. « Ah! s'écriait-elle parfois, entrevoir ma fille une seule fois encore, qui me fera cette félicité? » Et un jour qu elle visitait une basilique dédiée à la Sainte Vierge , ne pensant point pour l'heure à ce désir, tout à coup le visage de sa chère enfant se dessine auprès de l'autel, la regardant avec amour, et avec un sourire lui dit : « Je vous vois !» — 0 Sauveur, que vous êtes bon pour ceux qui vous aiment !

ÉléTation. — Je m'en rapporterai, ô mon Dieu, à votre Providence pour la vie et pour la mort. Je sais qu'en vous je possède le meilleur et le plus aimant des pères, le plus sage des maîtres. Tranchez, coupez, frappez, selon votre bon plaisir : je vous adore en tout, en tout je me soumets, en tout je vous bénis, dans l'attente de la couronne promise.

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