VIEILLESSE ET INFIRMITÉS. SI
prescrit par le médecin. Cette douceur et cette affabilité faisaient l'étonnement de ceux qui rapprochaient. Ils ne pouvaient comprendre comment le malade seul était si content et si joyeux, tandis que tous les autres avaient peine à se consoler de ses souffrances. En effet, la paralysie, qui avait atteint une moitié de son corps , le rendait tellement immobile, qu'il ne pouvait plus se retourner d un côté sur lautre ni prendre ses aliments : il fallait le servir comme un enfant, à qui l'on met les morceaux dans la bouche : extrémité qui, loin de l'affliger, quelque humiliante qu'elle fût, était pour lui une source abondante de joies et de mérites, par les pieux sentiments qu'elle lui donnait lieu de former dans son cœur. Il adorait alors Notre-Seigneur enfant, et se conformait aux saintes dispositions dans lesquelles ce divin exemplaire de l'obéissance, tant qu'il voulut être assujetti aux faiblesses de l'enfance, recevait tout ce que lui présentait sa très sainte Mère. — Plus le Seigneur prolongeait son infirmité et ses langueurs , plus croissait en lui l'esprit d'anéantissement et d'humilité. 11 regardait son lit comme la croix sur laquelle il devait remettre son âme entre les bras de son cher maître Jésus, et on l'entendait dire quelquefois en soupirant : « Ah! quand viendra l'heure où Dieu portera le dernier coup à la victime, et quand me fera-t-il la grâce de consommer mon sacrifice! » Il était content de se voir réduit à cet état, y trouvant l'occasion de témoigner son respect amoureux envers la justice divine. On l'avu mille fois adorer et aimer cette justice , et baiser humblement les verges dont elle se servait pour le châtier. S. Vincent de Paul, qui fut appelé, en était édifié. « J'admire cette tranquillité, dit-il: j'estime comme une merveille de voir un homme rempli de tant de joie au milieu des accablements que cause une telle maladie. » Lorsque ceux qui l'assistaient l'invitaient à délasser un peu son esprit, il leur répondait avec douceur : « Notre-Seigneur ne permet pas que je prenne plaisir à rien : il faut attendre le para-
dis pour nous réjouir. » Il disait encore : ^ Il faut que tous nos désirs, quand Dieu permet que nous en ayons, fassent hommage , par leur parfait anéantissement , à sa volonté souveraine. )> Il louait Notre-Seigneur de lavoir réduit à l'état de ne pouvoir plus agir, et de ne faire à l'avenir que recevoir de Dieu. — Quand on nourrit en soi de telles dispositions, le poids de l'âge, les désillusions, les infirmités, deviennent un précieux moyen de fortifier l'âme et de mériter devant le Seisrneur.
ÉléTatiou. — Je ne vous adresserai point , ô mon Dieu, d'autre prière , dans cet ordre de pensées , que celle du Roi-Prophète : « Daignez ne me pas repousser, aux jours de la vieillesse ; ne m'abandonnez point alors que tombera ma vigueur ^ . » Faites-moi comprendre, à ce moment plus que jamais, l'absolue nécessité de la pénitence, le bonheur des souffrances endurées pour vous. Inspirez-moi, je vous en prie, Seigneur, une douce joie à la pensée que le cours des ans me rapproche de vous.
1. Se pvojicias me in tempore sencctuiis, et cùm dcfecerit vïrtus viea ne derelinquas me. Ps. lxx, 10.