Sagesse, v, 9 et suiv
3. Consulter un livre très curieux et savant, publié en 1855 par M. Heuzard, sous ce titre : La fin du monde par la science. Paris, DentQ.
quoi donc faire d'un tel état le but suprême de nos pensées et de nos désirs, lorsqu'une vie immortelle nous est promise ailleurs, à la condition de la conquérir par le détachement de celle-ci?
La jouissance ne saurait être sans la durée, sans la sécurité; et véritablement les joies d'ici-bas sont si rares, si abrégées, si fragiles, que difficilement on les peut compter à l'avoir de l'homme. Ni la richesse ni la santé ni la puissance ny font. Voyez le plus grand, le plus riche, le mieux doué, le plus savant même, de tous les princes qui jamais ont régné , Salomon. « Vanité sur vanité , dit-il : » vanité sur vanité; tout est vanité. Que retire l'homme » de tout le travail qui l'occupe sous la lumière du soleil? » Une race passe, une autre lui succède, la terre seule de- » meure la même. Le mystère nous entoure de toutes » parts; nous ne pouvons expliquer par la parole ce que » nous voyons. L'œil ne se rassasie jamais de ce qu'il re- » cherche, l'oreille de ce qu'elle entend. Ce qui fut autre- » fois, c'est ce qui sera encore dans l'avenir. — J'ai été roi » d'Israël, j'ai régné dans Jérusalem. Je résolus alors en » moi-même de pousser mon investigation sur tout ce qui » se passe ici-bas. C'est une occupation terrible que Dieu » a ménagée là aux enfants des hommes. Or, j'ai vu ce qui » se fait sous le soleil, et j'ai trouvé que tout absolument » est vanité, affliction d'esprit... J'ai dit dans mon cœur : » Voici ciue je suis devenu grand, j'ai surpassé en sagesse » tous ceux qui m'ont précédé dans Jérusalem. Cette sagesse, » je l'ai appliquée à beaucoup réfléchir, j'ai appris beau- » coup; j'ai livré mon âme à l'étude et à la science, j'ai » scruté les erreurs et les faiblesses : et j'ai découvert en » cela même la peine et l'affliction d'esprit : car une grande » sagesse est accompagnée d'une grande indignation, et le » savoir ajoute au travail pénible. — J'ai dit alors : Eh » bien, goûtons toutes sortes de délices, jouissons des biens » que nous possédons. Et je me suis aperçu que cela aussi » n'est que vanité et néant. J'ai fait faire des ouvrages
» magnifiques, j'ai bâti des palais et planté des vignes; » j*ai fait des jardins et des vergers, où j'ai mis toutes » sortes d'arbres; je me suis construit des réservoirs » d'eaux pour arroser ces jeunes plants. J'ai eu serviteurs » et servantes, nombre d'esclaves nés dans ma maison, » de vastes troupeaux de bœufs et de brebis, plus que » n'en eurent jamais ceux qui avant moi habitèrent dans » Jérusalem. J'ai amassé des monceaux d'argent et d'or, » les richesses des rois et des provinces. J'ai établi dans » mon palais musiciens et musiciennes , tout ce qui fait le » plaisir de l'homme , jusqu'à des vases précieux pour le » service de ma table. Enfin, j'ai surpassé en richesses » tous ceux qui m'ont précédé dans Jérusalem ; et la sa- » gesse était cependant toujours avec moi. Je n'ai rien » refusé à mes yeux de ce qu'ils désiraient; j'ai permis à » mon cœur de jouir de toutes sortes de délicatesses, et de » prendre ses délices dans tout ce que j'avais préparé : et » j'ai cru que mon partage le plus avantageux était de «jouir ainsi de mes créations. Hélas! tournant les yeux » vers les ouvrages sortis de mes mains, considérant les » travaux auxquels j'avais pris une peine inutile , j'ai re- » connu qu'il n'y a que vanité et affliction d'esprit dans «toutes ces choses, et que rien n'est stable ici-bas ^ » Ce que n'a pu rencontrer Salomon armé de tant de moyens de le conquérir, qui donc le pourra trouver?
Onze siècles après lui, un autre puissant souverain, le maître du monde connu, païen il est vrai, mais philosophe éminent, Marc-Aurèle, nous fera des aveux identiques. Marc-Aurèle est parti d'une position relativement humble pour s'asseoir sur le trône de Rome, au second siècle après Jésus-Christ. Il triomphe de ses ennemis personnels comme de ceux de l'État; il brille comme un docteur parmi les intelligences de son temps ; tout se courbe devant lui, tout chante ses louanges, tout lui sourit. Et lui,