‹ Les douleurs de la vieChapitre 50 sur 292 · Chateaubriand, les ISatche-Zj livre IL · texte numérisé non relu

Chateaubriand, les ISatche-Zj livre IL

» depuis le jour où leur mère les mit au monde jusqu'à » celui de la sépulture . qui les fait rentrer dans la mère » commune de tous : les imaginations de leur esprit, les » appréhensions de leur cœur, les réflexions qui les tien- » nent en suspens, et le jour qui doit tout finir. Depuis le » prince assis sur un trône glorieux jusqu'à l'homme étendu » sur la terre nue dans la cendre, depuis celui qui est vêtu » de pourpre, et qui porte la couronne, jusqu'à celui qui » n'est couvert que de toile: la fureur, la jalousie, l'in- » quiétude, l'agitation, la crainte de la mort, la colère » opiniâtre et les querelles, troublent leurs pensées, dans » le lit même et pendant le sommeil de la nuit, temps » accordé cependant au repos. Dans ce sommeil, l'homme » est une sentinelle armée pour se défendre ^ . »

Voilà donc la vie, et la voilà pour tous, sans une exception. On n'arrive pas à làge de trente ans sans l'avoir cent fois accusée de ses rigueurs, et les plaintes augmentent et se justifient bien autrement plus tard. Et c'est à cette captivité, à ce labeur, à ces ténèbres, à ces souffrances, que nous renonçons avec tant de peine en voyant s'avancer la mort libératrice , la mort chargée de rompre nos fers 1 Nous nous entretenons volontairement dans l'idée qu'elle est tout pour nous I

La vie , assurément , est un bien ! Diel" nous l'a donnée à ce titre ; mais un bien en ce sens qu'elle nous permet d'aspirer à mieux, de mériter mieux, qu'elle est le vestibule de l'éternité. Est-ce qu'un voyageur préférera Thôte lerie dun jour à la maison paternelle?

La vie est un bien, mais à la condition qu'on la passe saintement. Oh! alors elle produira le seul contentement possible dans l'exil, parce qu'elle ne sera point troublée par la crainte de l'avenir. Elle devient précieuse précisément par la mort qui doit la couronner. On ne conçoit rien

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