I. Songe de Scipion
de permanent, de toujours présent, d'indépendant de la matière. Ce quelque chose, c'est l'âme. »
Ces arguments sont éloquemment développés par Mas sillon, dans ces lignes si fortes, et qu'on ne saurait lire et relire assez attentivement. Nous les citerons au long, pour la confusion des insensés à qui leurs passions, et le rideau tiré par elles sur une intelligence rapetissée, inspirent d'affecter le doute sur nos destinées immortelles. Nous les citerons pour l'affermissement des esprits de bon lieu, des cœurs de bonne vie^
« Remontons jusques à la naissance des siècles; lisons l'histoire des royaumes et des empires ; écoutons ceux qui reviennent des îles les plus éloignées : l'immortalité de l'âme a toujours été, et est encore, la croyance de tous les peuples de l'univers. La connaissance d'un seul Dieu a pu s'effacer sur la terre; sa gloire, sa puissance, son immensité, ont pu s'anéantir, pour ainsi dire, dans le cœur et dans l'esprit des hommes ; des peuples entiers, et sauvages, peuvent vivre encore sans culte, sans religion, sans dieu dans ce monde ; mais ils attendent tous un avenir, mais le sentiment de l'immortalité de l'âme n'a pu s'effacer dans leur cœur, mais ils se figurent tous une région que nos âmes habiteront après notre mort: et, en oubliant Dieu, ils n'ont pu ne pas se sentir eux-mêmes.
» Si tout meurt avec le corps, qu'est-ce qui a pu persuader à tous les hommes, de tous les siècles et de tous les pays, que leur âme était immortelle? D'oii a pu venir au genre humain cette idée étrange d'immortalité? Un sentiment si éloigné de la nature de l'homme, puisqu'il ne serait né que pour les fonctions des sens, aurait-il pu prévaloir sur la terre? Car, si l'homme, comme la bête, n'est fait que
1. Nos ancêlres les Gaulois, même païens, croyaient avec une si entière conviction à limmortalité de lame, que souvent ils renvovaientà la vie avenir la décision de leurs alian-es d'intérêt, ou quils se prêtaient de l'argeni payable après leur commun trépas. V. Maury, Histoire politique et religieuse de la France, T- édition, t. I. p. 36.