‹ Les douleurs de la vieChapitre 75 sur 292 · De Resurreclione carnis, v · texte numérisé non relu

De Resurreclione carnis, v

3. Reformahit corpus humilitatis nostrx, configuraium corpori clarïtatis suœ. Philipp. m, 21.

mort , et tout ce qui la concerne , un admirable discours , où nous relèverons ce passage : — « Tous vous troublez de voir le corps que Ton met en terre se corrompre, pourrir, être réduit à un peu de poussière et de cendres ; vous vous laissez abattre à cette pensée. Pourtant, si quelqu'un se décide à rebâtir sa maison qui tombe en ruines, que fait-il ? Il commence par en sortir, puis il abat et en disperse les débris, pour ensuite la refaire plus solide et plus belle. Tous affligez-vous de quitter pour un peu de temps votre demeure, quand vous êtes sûr de la posséder bientôt relevée? Or, c'est là ce que Dieu fait avec vous. Quand il veut démolir cette maison de boue que nous appelons notre corps . et qui est crevassée de toutes parts, il commence par en faire sortir notre âme ; mais il la fera rentrer un jour, toute glorieuse, dans l'édifice devenu céleste et divin. Si vous aviez une statue d'airain gâtée , défigurée, dégradée, pour lui rendre sa première beauté vous la remettriez dans la fournaise ; le fondeur ne vous rendra néanmoins qu'une statue d'airain. Et voici que votre corps, jeté dans le tombeau comme dans une fournaise , en doit sortir brillant et lumineux ; et , au lieu d'un corps mortel et corruptible. Dieu vous en ménage un qui sera immortel, et d'un éclat qui jamais ne se ternira. » L'Église respecte donc cet ouvrage divin.

-}• L'âme qui a quitté son corps reste-t-elle insensible à la manière dont il est traité sur la terre? On peut vraiment croire que non. Et à ce sujet, nous rapporterons un extrait des visions de la Sœur Anne- Catherine Emmerich, si célèbre au commencement de notre siècle pour les grâces dont Dieu l'avait favorisée ^ . C'est elle qui parle : — « Ce qui est saint m'attire et m'entraîne après soi d'une manière irré-

1. Elle était née en 1774. près de Munster. Elle fut, jeune encore, emportée vers Dii:l par de merveilleuses extases, qui durèrent toute sa Tie. Sa mort arriva en 1824.

sistible ; ce qui est profane me repousse, m'inquiète, me lait frissonner, me force à le combattre par la foi et la prière. Cette impression a toujours été pour moi particulièrement claire et vive près des ossements humains ; bien plus, près du plus petit grain de poussière venant d'un corps habité jadis par une âme. La force de ce sentiment en moi m'a toujours obligée de croire qu'il y a un ce?iain rapport qui lie toutes les âmes à leurs corps : car je me suis trouvée dans les états les plus divers, et j'ai vu très distinctement se produire les effets les plus étranges près des ossements reposant dans les tombeaux et les cimetières. J'ai eu, près de certains ossements, le sentiment de la lumière, de la bénédiction surabondante et du salut; près d'autres, j'ai eu celui de divers degrés de pauvreté et d'indigence, et j'ai senti qu'on me suppliait devenir au secours par la prière, l'aumône et le jeûne. — Mais, près de quelques tombeaux, j'étais remplie d'épouvante et d'horreur. Quand j'avais à prier, la nuit, dans le cimetière, j'éprouvais sur les tombes de cette espèce la sensation de ténèbres plus profondes que celles qui m'entouraient ; il faisait là plus noir que dans le noir. J'ai vu bien des fois s'élever de ces tombeaux comme une vapeur noire qui me faisait frissonner.

» Il m'est aussi arrivé , quand le désir de porter secours m'engageait à pénétrer dans ces ténèbres, de sentir devant moi quelque chose qui repoussait le secours offert. La foi vive dans la très sainte justice de Dieu était alors pour moi comme un ange qui me faisait sortir des horreurs d'un pareil tombeau. — Sur d'autres tombes, je voyais une colonne d'ombre d'un gris tantôt plus clair, tantôt plus terne; sur plusieurs, une colonne de lumière, un rayon plus apparent ou plus faible; sur d'autres, je ne voyais rien, ce qui m'attristait toujours excessivement. »

Et la pieuse extatique croit comprendre la raison de ces différences. « J'eus la conviction intérieure que les rayons plus clairs ou plus ternes sortant des tombeaux étaient le

moyen par lequel les pauvres âmes exprimaient à quel degré elles avaient besoin d'assistance, et que celles qui ne pouvaient donner aucun signe étaient dans la partie la plus reculée du Purgatoire et absolument sans secours, que personne ne pensait à elles , qu'elles étaient privées de toute possibilité d'agir, et rejetées plus loin quant aux rapports avec le corps de l'Église. Quand je priais sur quelqu'un de ces tombeaux, j'entendais souvent une voix sourde . brisée , arriver à moi des profondeurs de l'abîme, et me dire en gémissant : Aide-nous à sortir! Et je sentais en moi-même, distinctement, l'angoisse d'une personne qui appelle à son aide. Je priais toujours pour ces oubliés, ces délaissés, avec plus d'ardeur et de persévérance que pour les autres ^ »

On pourrait donc inférer de là que les âmes , dans l'autre vie, s'intéressent au corps qui fut ici-bas le compagnon, l'instrument de leurs combats, et qui doit les rejoindre un jour. Et ainsi s'expliquerait, comme toujours, par une vérité dont ils n'avaient que le sentiment vague et l'écorce, la croyance des païens de tous les temps relativement à la susceptibilité des âmes, dans l'autre vie, sur les traitements dont leur dépouille mortelle était l'objet parmi les bommes.

ÉiéTation. — Ce corps , qui m'est un fardeau si pesant quand je veux vous servir, ô mon Dieu, exige que je lui fasse une guerre acbarnée dans tous ceux de ses entraînements qui m'éloigneraient de vous; mais, d'autre part, quel respect ne mérite-t-il pas, et pour son origine et pour son admirable destinée 1 Gomment donc le laisserais-je courir après les viles satisfactions qui outragent votre sainteté? Non, non, jamais, Seigneur! Ab I faites, par votre grâce , que toujours je le respecte à cause de votre présence.

1. Vie (V Anne-Catherine Emmerich, par le P. K.-E. Schmœger, traduite de l'alleinaad par M. l'abbé de Cazalès, t. III, pp. 4-5.

MÉDITATION. d33

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