CHAPITRE YI
Qu'il importe de méditer chrétiennement la mort.
« Ton jugement est bon , ô Mort î » s'écrie l'auteur du livre de V Ecclésiastique \ 0\i pourrons-nous rencontrer un conseiller mieux éclairé et plus sûr? Que notre esprit se dégage de tout enfantillage , de toute vaine répulsion ; qu'il se place résolument en face d'une nécessité terrible , mais absolue , celle de la séparation suprême qui a nom la mort. C'est en adoucir la rigueur que de l'envisager de la sorte, et c'est surtout se mettre en état de n'en pas compromettre le décisif résultat. Puisque Dieu nous a lancés sur cette route, à nous d'en sonder avec attention le dernier terme, aussi bien que les circonstances du voyage.
Représentez-vous donc que vous êtes sur le lit d'où vous ne vous relèverez plus, et adressez-vous à vous-même les questions suivantes.
Qu est-ce que mourir? Réponse facile, hélas! Mourir, c'est dire adieu, et pour jamais, à tout ce que je possède ou crois posséder en ce monde. Mes parents qui m'ont tant aimés, mes amis à qui je suis si attaché, mes connaissances qui forment comme le cortège de ma vie , mes protecteurs sur qui je m'appuyais et qui me réjouissaient de leurs promesses : c'est fini, je ne les verrai plus ; toutes les puissances du monde réunies n'y pourraient rien. — Mourir, c'est être abandonné à son tour : encore quelques semaines au plus , et mon souvenir sera tellement atténué parmi mes proches même , qu'on pourra dire que c'est un parfait oubli. Et je tenais tant à occuper une grande place dans la pensée et dans le cœur des hommes I — Mourir, c'est être dépouillé de tous les biens dont j'ai hérité ou