Mors, bonum estjudicium iuum. Eccli. xli
que j'ai acquis, et qui peut-être furent ma principale affaire pendant une bonne partie de mon existence. C'est être dépouillé des titres, des emplois, des postes, que j'avais eu tant de mal à obtenir : « Quand Ihomme meurt, il n'emporte rien avec lui^ » C'est être séparé des plaisirs, des divertissements, des étourdissements de tout genre où Ton a mis une partie de son cœur, si ce n'est son cœur tout entier. — Mourir, c'est disparaître dici-bas, où il me semblait tout naturel et comme nécessaire de jouer mon rôle : on ne m'y verra plus , et Ton ne s'occupera pas plus de moi que si je n'avais jamais existé...
Est-il certain que je mourrait La question ne se fait même pas. C'est l'unique certitude que j"ai relativement à mon avenir. Ni santé ni jeunesse , ni science ni élévation de rang, ni illusions ni ferme volonté contraire, rien n'y fait : je mourrai 1 Obtiendrai-je l'objet de telle démarche, arriverai-je à cette position que j'ambitionne ? réaliserai-je ce gain légitime et nécessaire après lequel je m'acharne? Je ne sais pas ; mais je sais très certainement que je dois mourir. Aurai-je même le temps d'achever la lecture de ce livre? Je l'ignore, et je puis mourir auparavant. — Éloignons-nous donc des milieux malsains, fuyons les endroits fiévreux, empestés ; environnons-nous de précautions : c'est bien, la prudence est mère de^ sûreté...; mais je mourrai 1 aucun moyen d'échapper à cette sentence qui vient de Dieu-. Et, cjui plus est, je ne mourrai qu'une seule fois , sans faire de ce décisif passage une expérience préalable, qui me serait si utile.
Quand et comment mourrai-je? Cela, je l'ignore de tout point, absolument. Irai-je jusqu'à une vieillesse avancée? Combien me reste-t-il d'années à parcourir? y aura-t-il même des années dans mon compte , y aura-t-il des mois, des semaines? Je ne sais. Une maladie peut me jeter à la