Les i\tii(s d'Youns.. trad. Le Tourneur, 3'^ miit
l'homme ; il se détrompe en vieillissant : mais , dès qu'il a trouvé l'art de vivre, les portes de la mort s'ouvrent pour lui ^ . »
Voilà, au milieu de plusieurs autres instructions, ce que me dit la vue d'un cimetière. C'est un langage éloquent et puissant : pourquoi ne l'écouterais-je pas? Un conseiller meilleur, plus éclairé , plus désintéressé , ayant autant d'autorité, je ne le trouverai nulle part.
Au nombre des vieux chants populaires de l'Armorique, inspirés par de vivantes convictions, il en est un qu'on ne lit pas sans une vive émotion, soit à cause des pensées qu'il exprime, soit pour l'orisrinalité puissante de la forme. Il est intitulé le Départ de Vâme. Nous en donnerons ici la traduction.
« Venez entendre chanter le départ de l'âme bienheureuse , au moment où elle va quitter sa demeure. Elle jette en bas un rapide coup-d'œil , et puis elle s'adresse à son pauvre corps alité, tout malade. — Hélas! lui dit-elle, mon pauvre corps, voici l'heure venue : il faut que je te quitte, et que je quitte avec toi ce monde. J'entends les coups de la Mort qui frappe à la porte. Ta tête tourne, tes lèvres sont glacées ; ton visage est hideux, tes yeux verdâtres... Hélas ! pauvre corps , il faut que je te quitte ! — Le corps. Si mon visage est horrible , si mes yeux sont verdâtres , vous dites vrai : il faut que vous me quittiez. Vous ne connaissez plus, vous méprisez votre malheureux ami : je suis tellement changé ! L'amour naît de la ressemblance : puisque entre nous il n'y a plus de ressemblance , abandonnez-moi donc. — Vâme. Non , ami , je ne te méprise pas. Tu n'as point violé les commandements divins. Mais Dieu ordonne : bénissons sa Providence. Il veut mettre un terme à mon pouvoir sur toi et à ta sujétion. Nous allons être séparés par la cruelle mort. Déjà je me vois toute seule entre le ciel et la