CHAPITRE IX
Erreurs et fausses consolations dans de prétendues communications avec les morts.
« La mort n'a pas la puissance que lui prêtent nos pensées grossières. Ceux que nous aimons et dont elle a couché les corps dans le tombeau , elle ne peut pas nous les enlever tout à fait, même pour un peu de temps. Elle ne peut pas briser ces liens d'amour que Diel' a établis entre les créatures humaines. Et voici comment ces biens sont indestructibles. L'amour de l'âme pour Dieu est un amour immortel. Pour qu'il cessât d'être, il faudrait qu'il se corrompît, et il est incorruptible étant l'amour pur: ou bien il faudrait qu'il succombât par l'anéantissement de l'âme, et Dieu est celui qui est y l'être qui donne l'existence à tout ce qui est dans l'univers, et il a fait l'âme immortelle. Toutes les légitimes affections d'une créature pour une autre créature ont leur source dans cet amour de l'âme pour Dieu. Quand la source est immortelle , comment ce qui en sort pourrait-il prendre fin? Ainsi nous aimons toujours ceux que , dans notre langage infirme , nous appelons les
morts. Nos yeux ne les voient plus, nos oreilles ne les entendent plus, nos mains ne les peuvent plus toucher : et cependant nous les aimons toujours. 0 Mort, ou est ta victoire ' ? »
Et parce que nous les aimons toujours, nous souhaitons ardemment de les voir encore, de nous entretenir avec eux , et de forcer la tombe à nous livrer ses secrets. C'est comme une impatience instinctive de Téternelle vie qui nous réunira pour toujours à ces chers objets d'un légitime amour. Sentiment bon en lui-même , et trop naturel pour n'être pas dans l'ordre ; mais sentiment qui , poussé audelà des bornes, conduirait fatalement aux illusions, à la superstition décevante.
Dans l'état de la vie présente. Dieu ne veut pas que nous soyons en communication avec les âmes qu'il a déjà jugées, à moins de certaines circonstances miraculeuses, en vue de fins à lui connues, et qui dépendent absolument de sa volonté, jamais de la nôtre. C'est cette dernière distinction qu'il importe souverainement d'établir. Le Seigneur donc pourra permettre, à son heure, que l'âme d'un défunt entre momentanément en relation avec nous, mais jamais il ne sera en notre pouvoir de provoquer directement, par notre action personnelle , ces relations et ces rapports. Si elles semblent s'établir cependant à notre commandement, là commence le règne de Satan et des esprits tentateurs.
Oui, l'esprit tentateur a pris cette voie et cette forme pour maintenir son empire sur la terre souillée par le péché... N'oublions pas que Jésus-Christ, en plusieurs endroits de rÉvangile, l'appelle le prince, le maître de ce monde- : il v exerce donc tous les actes de domination et
1. Le Chemin de la croix de la Sainte Vtcrgc, par Alex, de Saint- Albin, p. 30.
2. Aune princeps hiijus muudi ejicieiur foras. Joann. xii, 31.— Yenit princcps hvjus mundi ; et in me non hahct quidquam. Joann. XIV. 30. — Princeps hiijits mundi jàmjudicalus est. Joann. xvi^ il.
de séduction destinés à faire le triomphe des âmes fidèlement attachées à la vérité , et la ruine de celles qui ne savent ou ne veulent pas combattre. Le sentiment de l'affection pour les morts est trop profond, trop général, pour qu'il ne lait pas rangé parmi ses principales armes. Aussi le paganisme est-il probablement venu delà : car il est, au fond , le culte des esprits étrangers , des démons , et avant tout des morts. Le mot grec qui rend lidée àHdole signifie image spiriluelle , ombre ^ souffle^ fantôme, etc.^- L'idolâtrie de l'extrême Orient, Chine, Japon, est cela surtout, aujourd'hui encore. « Tout remonte aux tombeaux » , écrivait S. Fulgence. Ne voyons-nous pas dans la Bible la pythonisse d'Endor évoquer l'âme de Samuel, qui, par une permission de Dieu, apparaît véritablement, au lieu du démon qu'attendait cette femme-, et qui devait prendre, aux yeux de Saûl, la forme du prophète évoqué? L'Esprit-Saint ne met-il pas sur le même rang les magiciens , devins , sorciers , pythons et consulteurs de morts, « ceux qui demandent aux morts la vérité^ »? Qu'est-ce à dire , sinon que Satan exploite les esprits imprudents , et que, sous couleur de lever le voile qui recouvre l'autre vie, il exerce ses prestiges et feint d'être lui-même l'âme avec qui l'on voudrait communiquer, en dehors de l'institution divine? Tout le spiritisme, qui a enthousiasmé et troublé des milliers de nos contemporains, joué la tendresse exaltée de tant de mères, entretenu tant de lils dans des visions trompeuses, et conduit peu à peu à l'infidélité nombre de chrétiens, tout le spiritisme, disons-nous, se réduit à cela.
Nous ne nions pas les faits ; nous les croyons , pour la
t. Ce point a été démontré surabondamment au l'^'" volume, pe partie, du grand ouvrage de M. le marquis Eudes de Mirville, Des Esprits et de leurs manifestations Jluidiques.