‹ Les douleurs de la vieChapitre 89 sur 292 · I Reg. xxviii. et Corneille Lapierre sur ce chapitre · texte numérisé non relu

I Reg. xxviii. et Corneille Lapierre sur ce chapitre

3. Nec sit maleficus nec incantator, nec qui pythones consul al , nec dtvinos, aut quœrat à mortuis veritatem. Deuteron., xviii, lO-li.

loi LA MORT.

plupart, aussi solidement démontrés que le comporte la certitude humaine. Ces faits ont été, d'ailleurs, de tous les temps. Seulement, nous disons que l'enfer est l'auteur de tels prestiges, et que les morts qui semblent se mettre en relation avec ceux qui les appellent par des conjurations plus ou moins voilées ne sont que des esprits mauvais, appliqués à la perte des âmes.

Non, ce n'est pas de ce côté qu'il faut chercher votre consolation , vous qui pleurez sur des êtres chéris ravis pour un temps à votre tendresse. Dans le lieu où ils sont désormais, ils ne relèvent pas de vous, ils ne sont point à votre commandement, et ni appel vocal, ni corbeille, ni table en mouvement, ne sauraient les ramener, ne fût-ce quune minute, auprès de vous. Dieu seul le pourrait faire, mais par un miracle, sans votre intervention, sans vos pratiques superstitieuses et puériles. C'est ainsi que parfois des âmes du purgatoire sont apparues pour réclamer le secours de l'aumône et des prières , mais toujours sans dépendre de celui qu'elles visitaient. Et pourtant, croiraiton, si les preuves n'en étaient sous les yeux, que ces pratiques du spiritisme évocafeur, renouvelées depuis vingtcinq ans, ont égaré jusqu'à 40,000 personnes dans une de nos principales villes de France, et qu'aux États-Unis leurs adeptes n'ont pas été à moins de deux millions d'hommes? Plusieurs journaux ont même été fondés à leur usage, et ont joui de quelque faveur ! Et ajoutons que beaucoup de ces malheureux, et par centaines, sont devenus fous^

Est-il besoin de dire que l'Église interdit expressément ces pratiques?

Il faut donc bien prendre garde de confondre ici-bas ce qui vient de Dieu et ce qui vient de Satan. Satan s'efforce toujours de se transformer en ange de lumière et de con

1 . Entre autres, un avocat et publiciste fort connu. V. Hennequin, mor! fou en 1854. Il prétendait êtreen communication avec Vdmedela terre.

solation; il est, comme on l'a dit, le singe de Dieu : et malheur à qui se trompe en se rangeant auprès de lui ! L'armée d'esprits maudits qui l'assistent est si épaisse que S. Paul parle d'eux comme s'ils remplissaient lair^ « Les saints Pères, dit ici le commentateur Corneille Lapierre, enseignent que l'air que nous respirons est rempli de démons , et le sera jusqu'au jour du jugement. Ces esprits doivent tenter les hommes, afin que les bons soient éprouvés et perfectionnés, que les méchants s'endurcissent, et au dernier jour soient précipités dans l'enfer avec ces mêmes démons pour partager leur damnation-. »

Cette présence des mauvais esprits autour de nous a été dans la conviction de tous les peuples, même païens. Les anciens les appelaient demi-dieux, et même expressément des démo7is, mot qui en grec veut dire espyit. Chaque nation, chaque famille, chaque homme, suivant eux, en était assiégé. L'histoire nous rapporte que les Romains n'entreprenaient leurs guerres qu'après avoir conjuré les génies du pays, et l'empereur Caligula fît même punir publiquement quelques citoyens qui les avaient maudits. 11 y a plus : plusieurs philosophes de ces temps, voulant aller au fond des choses, ont avancé que ces esprits, ces génies, ces larves , étaient les âmes des morts qui , une fois séparées de leurs corps , erraient incessamment sur la terre. Ce sentiment leur paraissait d'autant plus vraisemblable qu'ils affirmaient voir des spectres près des tombeaux, dans les cimetières, dans les lieux où l'on avait tué quel- :îue personne. — Les Siamois admettent une multitude

1. Aliquandô amhulâsiis secundiiin sseculum miindi hvjus, secundiim principempotestatis aeris hu]us s pirit us qui mine operaiur infilios difjidenficc. Ephes. ii. 2.

2. Patres docent aerem hune, usque ad diem judieii, plemim esse dœmonibus qui homines eocereeant ut boni probentur et perficianiur, mali indurentur et cum dœmonibus, in die judieii, ad communem damnationem in tartara detrudantur . Tome IX, p 506, édit. J.-B. Pélaffaud, 1854.

d"esprits répandus dans l'air, dont la puissance est très grande et qui sont fort malfaisants , et ils emploient plusieurs pratiques pour conjurer leur influence. Les nègres de rintérieur de l'Afrique, les sauvages du nord de l'Amérique, ont la même croyance. — En sorte donc que le spiritisme contemporain science des esprits^ , en prétendant appeler à son gré les âmes des morts, reproduire leur écriture, recevoir leurs conseils, interroger leurs connaissances, ne fait que renouveler l'antique erreur païenne, et n'a de réel que l'intervention abominable du démon pour séduire et égarer les âmes affligées , dans la cause même de leur affliction et de leurs regrets.

« Il y a sans doute, dit un illustre évêque, des relations entre l'intelligence de l'bomme et le monde surnaturel des esprits. Ces relations sont nécessaires; elles sont surtout douces et consolantes pour la pauvre créature exilée dans cette vallée de larmes. Mais Dieu ne nous a pas laissé la puissance de nous élancer dans cet autre monde par toutes les voies que l'imprudence humaine tenterait de s'ouvrir. Il nous commande de nous élever jusqu'à son essence infinie par l'adoration, par la prière, par la contemplation de ses divins attributs ; il livre à nos âmes l'aliment divin de l'Eucharistie . oîi le ciel et la terre ne sont séparés que par un voile; il veut que, de notre misère, nous puissions invoquer l'intercession des anges et des saints qui assistent autour de son trône : il a même établi entre nous et les âmes qui achèvent de se purifier de leurs fautes une loi de charité qui nous permet de leur appliquer le mérite de nos œuvres et de nos propres satisfactions. Ainsi, la prière, l'invocation, les sacrements, le sacrifice de la Messe, les pratiques saintes de l'Église, voilà les liens sacrés qui unissent les chrétiens au monde supérieur. Vouloir y pénétrer par une autre route , chercher à découmr par des voies naturelles les mystères cachés du ciel ou les redoutables secrets de l'enfer, c'est la plus folle et la plus coupable entreprise ; c'est tenter de troubler l'ordre provi-

dentiel , et faire d'inutiles efforls pour franchir les limites posées à notre condition présente ^ . »

f Mille faits, consignés dans les journaux et les ouvrages spéciaux, ont démontré dans ces pratiques l'action plus ou moins directe du démon. Recueillons-en un seul, attesté par un ecclésiastique de Paris, dont voici les propres termes : — « Au mois de novembre 1853 , ayant entendu raconter par des hommes sérieux les phénomènes les plus extraordinaires en fait de tables parlantes et dansantes , je fus curieux de voir et de juger par moi-même. On me présente alors dans une famille où deux jeunes enfants possédaient une puissance toute particulière pour ces sortes d'expériences. Nous étions une douzaine de personnes; et pendant deux heures se passèrent sous mes yeux les choses les plus étranges. Un énorme guéridon de salon s'ébranla, répondit à toutes les questions qui lui furent posées : et cela avec une précision, une intelligence saisissantes. Il se nomma Satan, nia Dieu , le ciel , l'enfer, etc. — Mais ce qui nous frappa davantage, et ce qui est plus caractéristique en effet , ce qui me pénétra , pour moi , do la plus intime conviction, ce fut l'expérience d'un tabouret. Il me fut impossible de faire tenir sur ce tabouret un chapelet bénit que j'y déposai jusqu'à six fois. Je me mis avec deux autres personnes pour empêcher les convulsions du tabouret , car c'étaient de véritables convulsions : six fois de suite le chapelet fut jeté à terre , et une fois même au milieu du feu, à plusieurs pas de là. Tous nos efforts furent vains, et je me ressentis assez longtemps des secousses qui m'avaient été imprimées.

» Deux jours après ces expériences, en ayant parlé à quelques-uns de mes amis, je revins avec l'un d'eux pour lui faire partager mes convictions. Nous nous trouvâmes

1. Mandement de MS»" Guibert, évêqiie de Viviers (depuis cardinal et archevc<iue de Paris}, en date de 1863.

en compagnie d'un médecin protestant. Les mêmes faits se reproduisirent, et d'une manière aussi frappante. Seulement, pour le tabouret, au lieu du chapelet bénit, je pris un petit crucifix d'argent que je porte toujours avec moi , je l'y déposai : mais à peine avais-je retiré la main que le crucifix était jeté à terre. Je le mis de nouveau ; et cette fois mon ami et le médecin protestant prirent le tabouret par les pieds, l'isolèrent du sol, et opposèrent toute leur énergie à ses ébranlements convulsifs. La lutte dura quelques minutes , mais à la fin il fallut céder à la puissance occulte, mystérieuse, et. malgré toute la force de résistance, le crucifix fut rejeté; je le reçus dans les mains. Le tabouret étant remis à terre, j'approchai encore mon christ en disant : Tu vas baiser ce crucifix, et. avec calme ! Mais au même moment le tabouret échappa aux mains des enfants, et glissa sur le parquet, à la distance de plus d'un mètre. Je le fis reprendre ; j'approchai encore mon christ , et le tabouret se renversa ; trois fois consécutives la même chose se reproduisit.

» Voilà des faits que j'affirme sur ma conscience, sur mon honneur. Pour moi qui ai vu . qui ai expérimenté , il n'y a pas un doute possible : l'esprit du mal est là; c'est lui qui agit, qui se manifeste. Qu'on rie, qu'on se moque : voilà qui sera plus fort que le rire , que la moquerie : voilà qui étonne la science, qui la tient en suspens, qui la déroute ^ . »

Malheur donc aux cœurs affligés par la perte des leurs qui se laisseraient entraîner à demander leur consolation à ces voies ténébreuses ! Ce n'est point lame d'un parent aimé qu'ils entendraient en telle manifestation, mais le démon lui-même et ses anges déchus et maudits.

Éiération. — En VOUS seul, Seigneur mon Dieu, en

1. Lettre de M. l'abbé L. Chevojon, depuis curé de Notre-Dame-des- Victoires à Paris, dans la seconde édit. des Mœurs et pratiques des démons par M. Gougenot des Mousseaux, p. 256.

VOUS seul repose l'espérance de vos enfants. En vous ils peuvent s'aimer des deux côtés du tombeau, en .vous s'effacent les distances, en vous on se réunit. Ah ! protégez si bien mon âme, je vous en supplie, que jamais elle ne devienne la proie de l'illusion et du séducteur infernal.

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