‹ Les douleurs de la vieChapitre 92 sur 292 · Solve vincula colli lui, captiva filïa Sion. Is. lu · texte numérisé non relu

Solve vincula colli lui, captiva filïa Sion. Is. lu

5. S. Bernard a rendu tout cela en trois mots : Requies de labore, (jaudinm de novitate, securitas de xternitate.

ce qui devait lui échapper en un instant , et de n'avoir mis sa confiance qu'en Dieu seul, qui demeure toujours pour récompenser éternellement ceux qui espèrent en lui. Qu'il est doux alors pour une âme fidèle de pouvoir se dire à ellemême : J'ai choisi le meilleur parti ! j'avais bien raison de ne m'attacher qu'à Dieu seul, puisqu'il ne devait me rester que lui seul I On regardait mun choix comme une folie ; le monde s'en moquait , et on trouvait bizarre et singulier de ne pas se conformer à lui: mais enfin ce dernier moment répond à tout. C'est la mort qui décide de quel côté sont les sages ou les insensés . et lequel des deux avait raison , le monde ou le fidèle. Grand Dieu, que de lumière I que de paix! que de transports heureux I que de saints mouvements d'amour, de joie , de confiance , d'action de grâces , se passent alors dans cette âme fidèle ! Sa foi se renouvelle, son amour s'enflamme, sa ferveur s'excite, sa componction se réveille. Plus la dissolution de l'homme terrestre approche, plus l'homme nouveau s'achève et s'accomplit; plus sa maison de boue s'écroule , plus son âme s'élève et se purifie; plus le corps se détruit, plus l'esprit se dégage et se renouvelle : semblable à une flamme pure qui s'élève, et parait plus éclatante à mesure quelle se dégage d'un reste de matière qui la retenait, et que le corps où elle était attachée se consume et se dissipe.

» De quoi la mort pourrait-elle la séparer qui lui coûtât encore des regrets et des larmes? Du monde? hélas I d'un monde où elle avait toujours vécu comme étrangère, où elle n'avait jamais trouvé que des scandales qui affligeaient sa foi, des écueils qui faisaient trembler son innocence, des bienséances qui la gênaient, des assujettissements qui la partageaient encore , malgré elle-même , entre le ciel et la terre : on ne regrette guère ce qu'on n'a jamais aimé. De ses biens et de ses richesses? hélas 1 son trésor était dans le ciel, ses biens avaient été les biens des pauvres : elle iv les perd pas, elle va seulement les retrouver immortels dans le sein de Dieu même. De ses titres et de ses dignités ?

hélas ! c'est un joug qu'elle secoue ; le seul titre qui lui fût cher était celui qu'elle avait reçu sur les fonts sacrés, qu'elle doit porter devant Dieu et qui lui donne droit aux promesses éternelles. De ses proches et de ses amis? hélas I elle sait qu'elle ne les devance que d'un moment , que la mort ne sépare pas ceux que la charité avait unis sur la terre, et que, réunis bientôt dans le sein de Dieu, ils formeront avec elle la même Église et le même peuple , et jouiront des douceurs d'une société immortelle. De ses enfants? elle leur laisse le Seigneur pour père , ses exemples et ses instructions pour héritage, ses vœux et ses bénédictions pour dernière consolation. De son corps? hélas! de son corps qu'elle avait toujours châtié, crucifié; qu'elle regardait comme son ennemi; qui la faisait encore dépendre des sens et de la chair, qui l'accablait sous le poids de tant de nécessités humiliantes ; de cette maison de boue qui la retenait captive , qui prolongeait les jours de son exil et de sa servitude, et l'empêchait de s'aller réunir à Jésus-Christ : oh ! elle souhaite, comme S. Paul, sa dissolution. C'est un vêtement étranger dont on la débarrasse, c'est un mur de séparation d'avec son Dieu qu'on détruit, qui la laisse libre et en état de prendre son essor et de voler vers les montagnes éternelles. Ainsi, la mort ne la sépare de rien , parce que la foi l'avait déjà séparée de tout.

)) Que la foi rend le fidèle grand au lit de la mort 1 que le spectacle de Tâme juste, en ce dernier moment, est digne de Dieu , des anges et des hommes ! C'est alors que le. tidèle parait maitre du monde et de toutes les créatures; c'est alors que cette âme, participant déjà à la grandeur et i l'immutabilité du Dieu auquel elle va se réunir, est élevée au-dessus de tout. Elle est déjà immobile dans le sein de Dieu, au milieu de la destruction de toutes choses. Qu'il est grand, encore une fois, d'avoir vécu dans l'observance de la loi du Seigneur, et de mourir dans sa crainte I »

Mais aussi, quel bonheur dans la pensée de l'avenir'. « Le pécheur, durant la santé , voit l'avenir d'un œil tran-

quille; mais, dans ce dernier moment, le voyant de plus près , sa tranquillité se change en saisissement et en terreur : Tâme juste , au contraire , durant les jours de sa vie mortelle , nosait regarder d'un œil fixe la profondeur des jugements de Dieu; elle opérait son salut avec crainte et tremblement ; elle frémissait à la seule pensée de cet avenir terrible où les justes même seront à peine sauvés, s'ils sont jugés sans miséricorde. Mais, au lit de la mort, ah! le Dieu de paix, qui se montre à elle, calme ses agitations; ses frayeurs cessent tout d'un coup et se changent en une douce espérance...

» Quand les ministres de l'Église viennent enfin annoncer à cette âme que son heure est venue et que l'éternité approche ; quand ils viennent lui dire , au nom de l'Église qui les envoie : Partez, âme chrétienne : sortez enfin de cette terre où vous avez été si longtemps étrangère et captive ; le temps des épreuves et des tribulations est fini ; allez vous réunir à l'Église du ciel qui vous attend : quelle nouvelle de joie et d'immortalité pour cette âme juste ! quel ordre heureux! Avec quelle paix, quelle confiance, quelle action de grâces, l'accepte-t-elle ! Elle lève au ciel, comme le vieillard Siméon, ses yeux mourants; et, regardant son Seigneur qui vient à elle : Brisez, ô mon Dieu, quand il vous plaira, lui dit-elle en secret, ces restes de mortalité, ces faibles liens qui me retiennent encore ! j'attends , dans la paix et dans l'espérance , l'etîet de vos promesses éternelles. — Ainsi , crucifiée par les expiations d'une vie sainte et chrétienne, fortifiée par les derniers remèdes de l'Église, lavée dans le sang de l'Agneau, soutenue de l'espérance des promesses, consolée par l'onction secrète de l'Esprit qui habite en elle, mûre pour l'éternité, elle ferme les yeux avec une sainte joie à toutes les créatures , elle s'endort tranquillement dans le Seigneur, et s'en retourne dans le sein de Dieu d'où elle était sortie^ »

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