CHAPITRE XII
Comment , par de creuses rêveries , on cherche à obscurcir la vérité sur l'autre monde.
Si, écartant la tradition générale de Fhumanité et surtout la révélation expresse de Dieu , nous nous mettons à chercher le mystère de cette vie et de notre destinée future, des ténèbres désolantes nous enveloppent aussitôt. Nous ne savons rien, nous ne voyons rien; toutes les' hypothèses, toutes les conjectures, aboutissent forcément à un 'peut-être. Seule, l'immortalité de l'âme s'impose à la raison, et paraît hors de cause. Mais dans quelles conditions cette immortalité même se déroulera-t-elle? où allons-nous? que devenons-nous après la mort? Dieu seul le sait; et, s'il ne parle pas, ou si, lorsqu'il parle, nous ne Técoutons pas, c'est nuit pour notre intelligence, et les rêveries peuvent aller leur train.
Heureusement, le Créateur n'a pas laissé l'homme dans cet abandon cruel. Grâce à la révélation, à la sainte Écriture , à l'enseignement évangélique , le chrétien sait avec certitude, je ne dirai pas tout, mais ce qu'il lui importe de connaître sur ces mystères redoutables et personnels. Le tableau est parfaitement net , et S. Bernard le trace en ces courtes paroles : « Il y a trois séjours réservés aux âmes des morts, suivant leurs mérites : l'enfer, le puroratoire, le ciel. L'enfer pour les méchants, le purgatoire pour ceux qui ont à se purifier, le ciel pour les parfaits. Ceux qui sont en enfer ne peuvent être rachetés ; point de rédemption en ce lieu-là. Ceux qui sont au purgatoire attendent la rédemption, après l'expiation qu'ils ont à faire , ou dans les flammes brûlantes , ou dans les rigueurs du froid, ou dans quelque autre tourment douloureux. Quant à ceux du ciel , ils jouissent d'une irrévocable félicité par la vision de Dieu : frères de Jésus-Christ dans
la nature, ses cohéritiers dans la gloire, semblables à lui dans rheureuse éternité ^ » Telle est la doctrine chrétienne, telle est la vérité.
On dit parfois, dans une argumentation boiteuse : « Personne n'est revenu de l'autre vie pour nous apprendre ce qui s'y passe. » C'est une erreur, et comme raisonnement et comme fait. Comme raisonnement : car personne n'est revenu davantage du soleil , ou des entrailles de la terre ^ nous dire de quelle façon les choses se passent là, et là science le sait pourtant à peu près. Et puis, si Dieu, (^ui a fait l'autre vie , nous apprend lui-même ce qu'elle est, son témoignage vaut amplement celui de tous les ressuscites imaginables. « Attendons-nous, s'écrie Bossuet, que Dieu ressuscite les morts pour nous instruire? Il n'est point nécessaire que les morts reviennent, ni que quelqu'un sorte du tombeau : ce qui entre aujourd'hui dans le tombeau doit suffire pour nous instruire-. » Comme fait : Jésus est sorti , lui , des bras de la mort , et nous a dévoilé ses mystères; les innombrables miracles opérés sur les tombeaux des saints confirment journellement sa parole. En tous cas, à une doctrine aussi précise et aussi formelle que la doctrine chrétienne l'incrédulité devrait opposer des assertions non moins formelles : or, elle se borne à bégayer des hypothèses, des combinaisons, des rêveries, où elle n'ose jamais dire Ceci est, mais seulement // se peut que... « Il se peut que... » : voilà les pauvres humains bien avancés ! les voilà mieux consolés encore ! Il se peut
1. Serm. lxii : Tria sunt loca qux mortuorum animœ, pro diversis meritiSySorthinfur : infennis, purcjatorium, cœlum. In infenio hiipii, inpurgatorio purgandi, in cœlo perfecli. Qui in inferno sunt redimi. n'i.n possunt, quia in inferno nu lia est redemptio. Qui in piirgatorio sunt expectant redemptïonem, priiis crucianii, aut calore ignis aut rigore frigoris, aut alicujus gravitate doloris. Qui in cœlo sunt gaudio goudent ad vlsionem Dei, Christi fratres in natnrd,cohccredes in glorid, snniles in cïternitate jucundd.