‹ Les douleurs de la vieChapitre 96 sur 292 · Par M. Louis Figuier · texte numérisé non relu

Par M. Louis Figuier

Jupiter, etc.. Chacun d'eux, après la mort, a pour demeure Téther environnant sa planète. Ils ont encore un corps; mais.l'éther étant un fluide excessivement subtil et raréfié, il faut, pour que ce corps puisse flotter et voler dans une masse aussi légère, qu'il soit lui-mêmeprodigieusement léger. Un faible tissu matériel animé par la vie, un diaphane et vaporeux manteau de matière vivante, c'est ainsi que nous nous représentons l'être surhumain. Le corps se répare et s'entretient par la seule respiration de Téther. — On comprend que cette fonction puisse s'exercer sans de nombreux organes, quand on voit dans toute une classe d'animaux , les batraciens (grenouilles;, la peau simple et nue servir à la respiration. — Ici l'auteur décrit longuement tout ce qui tient à la condition physique et morale des êtres surhumains. « Après un intervalle dont nous n'essaierons pas de fixer la durée (c'est trop de modestie ! ), l'être surhumain meurt, et entre dans un corps nouveau, pourvu de sens plus nombreux, plus exquis; armé de facultés encore plus puissantes, il commence une existence nouvelle (c'est la troisième). On peut appeler ce nouvel être archihumain. Le moment du passage d'une vie à l'autre doit 3tre entouré, comme le moment de notre mort sur la terre, de douleurs physiques et morales. Ces instants suprêmes , où la métamorphose s'opère dans l'être sensible, sont des crises pleines d'angoisses et de tourments. » M. Figuier, chose étonnante, s'arrête en si belle route, et se déclare incompétent à déterminer les qualités de Varc/iihumain. Il ajoute seulement que ce n'est pas à une seconde , ni à une troisième, ni à une quatrième incarnation que peut se terminer la chaîne des créatures sublimes que nous entrevoyons flottant dans l'infini des cieux, et qui proviennent d'une âme primitivement humaine, progressivement perfectionnée. Tout ce que Aous pouvons dire, c'est que les créations successives qui composent cette échelle de perfection doivent être fort nombreuses.

Enfin, après avoir flotté dans l'éther, tous ces archihumains finissent par atteindre le soleil, par aborder les parages de Tastre-roi.

Voilà pour les bons. Et les méchants, quel sera leur sort? 11 faut tout d'abord savoir ce que M. Figuier entend par les méchants : ce sont les ignorants. « Le savant et l'ignorant, dit-il, ne seront pas sur le même pied dans l'autre vie : car Thomme vertueux et Thomme criminel ne feront jamais partie de la même promotion céleste. Toute existence humaine mal remplie ^c'est-ù-dire celle des pauvres gens qui n'ont ni le temps ni les moyens d'étudier^ est à recommencer. Le collégien laborieux s'élève , à la fin de l'année , dans une classe supérieure , mais le paresseux est condamné à redoubler sa classe : ainsi les hommes méchants ^sous-entendez toujours ignorants) sont des êtres vicieux qui ont déjà vécu et qui redoublent leur vie. Ils la redoubleront jusqu'au jour où leur àme sera en état de monter en grade dans la hiérarchie des êtres, c'est-à-dire de prendre place parmi les surhumains. »

Ainsi, point d'enfer; des pérégrinations plus ou moins longues à travers des corps d'animaux ou d'hommes, c'est le maximum de ce qu'on peut craindre. En fin de compte, tout le monde arrive au paradis, les uns plus tôt, les autres plus tard : nous en avons pour garant la parole de l'auteur, mais absolument rien de plus , car il néglige de nous dire où il a pris ces belles choses, si Dieu lui en a dit un mot, ou si elles sont nées dans sa cervelle. Oh! la pauvre consolation ! Système sans appui , fiction de savant désœuvré, que peux-tu pour apaiser mes terreurs?

Et les petits enfants qui meurent en bas âge, qu'en fera notre inventeur ? « Depuis Lavoisier, dit-il , la chimie a mis en lumière une grande vérité : c'est que rien ne se perd des éléments de la matière ; à plus forte raison l'âme de l'enfant mort en bas âge ne doit pas se perdre. Une seconde incarnation dans un autre enfant lui permettra de reprendre le cours de son évolution, interrompue acci-

denlellement. Ainsi l'âme se conservera, et rien ne sera perdu. » Ce n'est pas autrement compliqué.

Et, après ces élucuhrations sans base, l'écrivain a le courage de s'applaudir lui-même et de chanter ses découvertes. — « Grâce à ces solutions, dit-il, tombent les incertitudes , s'éclairent les mystères , qu'aucune doctrine , aucune religion, aucune philosophie , ne pouvaient dissiper, et qui allaient jusqu'à faire douter de la justice divine. La doctrine des réincarnations explique tout, répond à tout... C'est, continue-t-il , la religion de la science et de la nature; inais c'est seulement au vingtième siècle qu'elle sera établie. Alors, les esprits étant encore plus mûrs qu'ils ne le sont .aujourd'hui pour cette révolution morale, les dogmes nouveaux seront acceptés sans peine. Chaque nation des deux mondes l'adoptera en même temps que l'unité des poids et mesures et l'unité des monnaies , fondées sur le système métrique... »

Oui, quand on voit aboutir à ces insanités des esprits qui n'ont pas voulu s'incliner devant Dieu tel qu'il daigne se manifester à nous , on est encore plus fier d'être chrétien, et avec Notre-Seigneur on redit : « Je reconnais, » Père céleste , souverain du ciel et de la terre , que vous )) avez caché vos adorables mystères aux sages et aux pru- » dents du siècle (enflés de leur vaine science), et que « vous les avez révélés aux simples et aux petits » ^ .

-f On demanda un jour à un philosophe ce que c'est que la vie présente , et il répondit : « C'est le voyage que fait un cnminel , après qu'on lui a lu sa sentence , depuis sa prison jusqu'au lieu du dernier supplice. » Et effet, nous sommes condamnés à la mort dès le sein de notre mère, et nous n'en sortons que pour nous rendre au lieu de l'exécution. A la vérité, on ne nous bande pas les yeux

1 . Confiteor tibi, Pater, domine cœli et terrx, quia abscondisti Jixcà sapieniibus et pnidentibiis, et revelâsti ea parvulis. Maltli. xi, 25.

comme aux criminels; mais, ce qui revient au même, l'heure et le lieu de la mort nous sont cachés. Sans cesse nous avançons vers cette heure et vers ce lieu, sans jamais savoir si nous en sommes près ou loin. Ce que nous en savons seulement, c'est que nous approchons tous les jours, que nous sommes plus près aujourd'hui qu'hier, qu'il arrivera que nous y serons rendus sans que nous sachions comment, et qu'il se peut qu'actuellement nous y soyons, que nous n'ayons plus qu'un pas à faire pour entrer dans notre éternité. Ce ne sont point, dès lors, les vains systèmes de l'imagination humaine qui nous serviront à grand'chose, mais ce sera de nous être attachés aux nobles et solides vérités de la foi.

ÉléTation. — Seigneur Jésus, vous nous avez décrit vous-même le jugement ; vous avez chargé votre Église de nous entretenir en possession de ces vérités; votre révélation, vous l'avez maintes fois confirmée et agrandie en communiquant aux saints des lumières particulières : que puis-je désirer de plus? et que me font des rêveries insensées? Votre Apôtre m'apprend que nous devons mourir une seule fois , qu'après la mort nous serons jugés ^ : heureux si alors nous sommes trouvés dignes de cette récompense dont le même S. Paul a dit, comme Isa'ie, et après l'avoir contemplée lui-même dans un ravissement : « L'œil » de rhomme n'a point vu , son oreille n'a point entendu , » son cœur n'a point compris , tout ce que Dieu a préparé » pour ceux qui l'aiment-. »

Voilà la certain , le positif, la parole du ciel : je n'en veux point d'autre. Je vous bénis. Seigneur Jésus, de me l'avoir donnée.

1 Staiutum est hominibus semel mori; post hoc autem judiciv.m. Hebr. ix, 27.

2. Ocuhis non vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit. quœprœparavit Deus Us qui diligunt illum. I Cor. u, 9;-Isaiee lxit. 4.

LES DOULEURS DE LV VIE. Il

ÏS'2 LA MORT.

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