‹ Les douleurs de la vieChapitre 98 sur 292 · Ecclésiastique, xli · texte numérisé non relu

Ecclésiastique, xli

les Japonais, par exemple, disent adieu à la vie? En Cochinchine , chaque famille annamite prépare son cercueil longtemps à l'avance, et, en attendant qu'il trouve son emploi, le place dans l'endroit le plus apparent de l'habitation. Donner un cercueil à ses amis est un des cadeaux les plus appréciés. — Chez les sauvages de l'Amérique du Nord, un prisonnier de guerre met tout son honneur à mépriser les supplices. — Il y a chez les Esquimaux une coutume d'une barbarie extrême, mais qui montre également le mépris de la mort poussé à un rare degré. Quand les parents sont devenus vieux, hors d'état de se soutenir par leur travail , ils ordonnent eux-mêmes à leurs enfants de les étrangler : ce que ceux-ci, pour leur part, considèrent comme un devoir de piété filiale et s'empressent d'exécuter. Pas la moindre crainte chez les uns ni chez les autres. Parmi les Mandchoux , on trouve à peu près la même pratique. — Ces infidèles nous seraient-ils donc en ceci supérieurs, à nous qui possédons les lumières et les espérances de la foi?

Écoutons l'illustre François Bacon , ce philosophe d'un rare génie. — « H y a, dit-il, autant de faiblesse que d'inutilité à craindre la mort, si on la considère comme une dette de la nature. Un fait très digne de remarque, c'est que toutes les passions de l'homme, et même les plus faibles, se montrent supérieures à la crainte de la mort : la mort nest donc pas un ennemi si formidable^ puisque l'homme est environné d'une multitude d'athlètes qui luttent contre elle avec tant d'avantage. La vengeance triomphe de la mort, V amour la méprise, Vhonneur l'ambitionne, 7« crainte de Vignominie la préfère, le profond chagrin la fait envisager comme un refuge , la frayeur l'anticipe , la foi la reçoit avec joie » ^ .

1 . Pensées de Bacon, Kepler, Newton et Euler, p. 165 (Tours, Maine, 1870).

Non, il n'est pas aussi difficile de mourir que nous nous le représentons. Ce n'est point la mort elle-même qu'il faut redouter, mais ses suites, c'est-à-dire le jugement de Dieu si on a mal vécu. La mort est une grande douleur, mais à peine sentie par une âme que la maladie a abattue : la mort n'est point une fin . un anéantissement, mais un changement : nous nous transformons, nous ne périssons pas. « Il semble que Dieu ait voulu nous en donner une idée dans les métamorphoses des insectes. La hideuse chenille, qui parait mourir en se clôturant dans un froid tombeau, ne meurt pas; elle brise bientôt l'enveloppe terne et glacée de sa chrysalide, pour ressusciter brillant papillon aux ailes diaprées de mille couleurs . et parcourant les airs avec un corps étincelant. Pour nous il en sera de même. Notre corps est confié à la terre comme une semence et lui restitue ses éléments, mais notre àme est immortelle. Elle quitte une terre de malédiction, où la souffrance est son partage, pour s'envoler dans une autre vie , dans cette demeure permanente dont parle S. Paul, où sont rassemblées toutes les conditions de bonheur. Bien loin de redouter la mort, il faudrait la désirer, et tout au moins , si l'on vit bien , l'attendre avec tranquillité , avec espoir. — Ne doit-elle pas nous réunir aux êtres que nous avons aimés sur la terre? Quelle source immense de consolation pendant le cours de notre vie! 0 chers et doux morts, qui nous attendez, bientôt nous irons vous rejoindre : venez alors nous recevoir au seuil de l'éternité, et nous introduire dans la seule et vraie patrie, qui souvre pour nous au delà du tombeau ^ »

7 Le docteur CuUen, l'un des plus illustres médecins de l'Angleterre, mort en 1790, à 78 ans, murmura distincte-

1. La vie après la mort, par M. labbé Pioger, 9^ édit., p. 26. Paris,

Halon

ment ces mots en expirant : « Je voudrais qu'il me fût possible d'écrire ou de parler, afin d'exprimer combien c'est une chose agréable de mourir. »

ÉléTation. — 0 Seigneur, quand même je devrais passer par des tortures pour arriver à vous , est-ce que mes péchés ne méritent pas la plus rigoureuse des pénitences? Et vous me rassurez même sur ce point! Soyez à tout jamais béni de tant de miséricordes dont vous entourez votre créature. Je suis à vous, mon Dieu, pour me soumettre en tout à votre volonté.

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