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et mesmes par les villages, aux fraiz et à la dépense dudit
Seigneur d’Autrey . ». Cette union ne fut pas très heureuse.
Antoine de Yergy mourut quelque temps après sans laisser d’enfants mâles, et fut enterré dans l’Eglise collégiale de Champlitte. La veuve, Bonne, se remaria avec Jean de la Beaume, Seigneur de Bonrepos. On ne trouve dans les historiens de la Bourgogne d’indication d’aucun autre Seigneur de Montferrand , vivant au milieu du quinzième Siècle. On peut consulter, du reste , sur cette matière , X Histoire et la Généalogie de la famille de V ergy , par André Ducliesne. Paris, in-f°.
Avant de parler avec plus de détails des Douze Dames de Rhétorique , nous allons esquisser la biographie de Cliastellain et de Robertet.
Georges Cliastellain, malgré l’immense réputation qu’il s’était acquise au quinzième Siècle, était à peu près complètement oublié de nos jours, lorsque M. Buchon a réhabilité sa mémoire en publiant ses principaux Ouvrages. Maintenant , l’écrivain Flamand a sa place à côté de Monstrelet , d’Olivier de la Marche et de Philippe de Commines. On ne connaissait , dans ces derniers temps , que quelques particularités de la vie de Chastellain ; Verdier, de Lacroix du Maine, Valère André, Moréri, et les auteurs de la Biographie Universelle , se bornaient, sur son compte, à des détails fort insignifiants, et, en outre, remplis d erreurs assez graves. M. Buchon, qui a fait une étude toute spéciale de la vie et des ouvrages de Chastellain, a fait paraître, dans le Panthéon Littéraire , une Notice à laquelle nous empruntons les principaux traits de la biographie de Georges.
Il naquit a Alost en 1404, de Jean Chastellain, allié aux familles de Gavres et de Mamynes. Il fut, ainsi qu’il le dit lui-même dans son Exposition de V érité mal prise , «sobrement
instruit ès-lettres, nourri en fleur de jeunesse ès-armes, et en la hantise des cours réalles et nobles hommes ». A peine eut-il achevé ses études, qu’emporté par un penchant irrésistible pour les voyages, il quitta la Belgique et partit pour visiter la plupart des cours de l’Europe, ce qui le fit surnommer 1 ' Adventureux. Georges, cependant, suivit la carrière militaire avec distinction, et porta les armes jusqu’à 1 âge de quarante ans. Puis , il se fixa à la cour de Philippe-le-Bon , et obtint le rang de Pannetier et de Conseiller privé ; c’est alors , sans doute , qu’il se mit à cultiver les Belles-Lettres et la Poésie. En r 4 7 3 , il fut nommé chevalier de la Toison-d’Or à Valenciennes, et reçut le titre & Indiciaire, ou Historiographe de la Maison de Bourgogne. Mais George n’eut pas à jouir long-temps des honneurs qu’on rendait à son nom et à son mérite, car il mourut l’année suivante, le 20 mars 1474. Il fut enterré à Valenciennes, ainsi que nous l’apprend Simon le Boucq , dans son Histoire ecclésiastique de la ville et comté de Valenciennes , restée manuscrite. « En l’église de Salle-le-Comte, repose le corps de tant renommé personnage , messire Georges Chastellain, auquel le duc Charles-le-Hardi donna l’Ordre de Chevalerie en ceste ville de Valenciennes , pendant les célébrations d’un chapitre de la Toison-d’Or; et lui donna aussi le titre d’indiciaire, comme à celui qui démonstroit par escripture autentique les admirables gestes des Chevaliers et Confrères de l’Ordre. Son épitaphe se voyait du passé (av. i65o), dans un tableau attaché contre un pilier, à la main sénestre en entrant en ladite église , et estoit telle :
k Cy-dessoubs gist, d’excellente mémoire, George Chastellain, chevalier; lequel, après avoir circuy diverses régions et en icelles exercé les armes militaires, en eage florissante, au pouvoir de ses sens, s’est venu rendre au service du très-victorieux Philippe, duc de Bourgogne, en estât de pannetier et privé conseil , et au reste de vieillard , a prins si glorieuse
occupation à réduire les gestes de ce feu tant triumphant prince , par tel ordre et diligence que à la récitation de ses escripts fleuriront en perpétuelle récordation, ès cœurs des nobles et clairs engins. Vive et règne son esprit en éternelle félicité! et au comble de LXX ans, décéda de ce siècle le XX mars MCCCCLXXIIII. Priez Dieu pour son ame. »
" Il portoit pour ses armes : de sable à une fasce d’argent , et a fondé, en la dicte église, la solemnité de St-Georges de quatre livres tournois l’an de rente. »
Les ouvrages de Georges Chastellain sont nombreux : quelquesuns ont été imprimés au 16e siècle; d’autres viennent, comme nous l’avons dit , d’être publiés par M. Buclion : plusieurs sont restés en manuscrits.
Les livres imprimés sont ceux-ci :
Le temple de la ruine d’aucuns nobles chevaliers malheureux tant de France que de nations estrangères , a l’imitation de Docace. — Paris, i 5 1 7 . Chez Galiot-du-Pré. Les Epitaphes de Jfector , fils de Priam, roi de Troye... Chez Galiot-du-Pré, un vol. in-12. Le privilège est de i525. Il existe une autre édition in-8, imprimée chez Jehan St-Denis.
Recollection des merveilles advenues en nostre temps. Cet
opuscule fort curieux , en vers français , a été commencé par Chastellain et terminé par son disciple Molinet. C’est dans les œuvres de ce dernier quil a été imprimé pour la première fois. On le trouve dans les faits et dits de feu , de bonne mémoire , maistre Jolian Molinet. — Paris, 1 54.0, à l’enseigne de l’Arc de France. Antoine Urbain Coustellier l'a publié dans la légende de maistre Pierre Faifan , mise en vers par Ch. Bourdigné. — Paris i6a3. La Recollection a paru encore à la fin de Y Histoire des ducs de Bourgogne, deM. de Bavante, dans une préface que M. Buclion a écrite a la tète de la chronique de Jacques de la Laing, fausse-
ment attribué à Chastellain, et dont l’auteur est le héraut d’armes Charrollois.
Enfin , M. Buchon vient de le faire paraître de nouveau avec des variantes, dans le Panthéon Littéraire. (Choix de Chroniques et Mémoires sur l’Histoire de France). Ce volume renferme en outre :
La Chronique du duc Philippe.
La Déclaration de tous les hauts faicts et glorieuses adventures du duc Philippe de Bourgogne.
Exposition de George Chastellain sur Vérité mal prise.
La publication des autres ouvrages manuscrits de Chastellain serait d’un grand intérêt , et obtiendrait un beau succès auprès des Savans qui s’occupent de l’histoire Littéraire de la France.
Robertet a joué, dans les affaires de son temps , un rôle aussi important que George Chastellain , mais il n’a pas eu une aussi grande renommée que lui. Les circonstances de la vie de maître Johan ne nous sont pas plus connues que celles du Pannetier du duc Philippe, bien que plusieurs Écrivains contemporains aient parlé avec éloge de son talent poétique. Nous savons ce pendant qu’il est né à Montbrison, dans le courant du xve Siècle, et qu’il fut haut placé à la petite cour des Ducs de Bourbon, où il a passé de longues années. Il était Greffier de l’Ordre du Roi et du Parlement de Dauphiné ; c’est ainsi qu’il est qualifié dans plusieurs titres passés sous le duc Jean, deuxième du nom, et spécialement depuis i47ojusqu’en x5i5. Il fut Secrétaire de trois Rois de France et de trois ducs de Bourbon, qu’il suivit toujours à la guerre et à la cour de France. Il paraît qu’il mourut à Montbrison et qu’il fut enterré dans l’Église collégiale de cette ville ; il y avait fait construire une Chapelle en l’honneur de saint Michel , dans
laquelle on lisait cette inscription , gravée sur une table de marbre :
Ista, Robertetus struxi tibi sacra, Johannes Très reges, Michaël, dùm sequor atque duces.
H'ic ego avurn posui , uxoremque, ambosque parentes ,
Me functum terris , ista sacella tegant.
Cette Chapelle avait donc servi de sépulture à son Aïeul, à son Père, à sa Mère et à sa Femme, et c’est le lieu aussi qu’il avait choisi pour son inhumation. Ses armes étaient en relief en plusieurs endroits de la Chapelle. Au-dessus de la porte, on voyait un écusson porté par un Ange, avec cette dévote Devise : Omnium Creatori laus. Son hlason était celui de l’ancienne maison de Robertet, qui portait ses armes, d’azur, à la bande d’or, chargé d’un demi vol de sable, et accompagné de trois étoiles d’argent, une en chef et deux en pointe (i). Il ne reste à Montbrison aucun souvenir de Jean Robertet.
La Chapelle de la famille existe bien touj ours dans la Collégiale , ainsique l’inscription gravée dans le marbre. Mais cette Chapelle a été dévastée, et les écussons qui la décoraient ont été brisés à la Révolution.
Ses ouvrages sont en très petit nombre. Jean Lemaire des Belges parle de quelques Élégies que Robertet aurait composées en l’honneur de G. Chastellain. Le Msc. n. 208, dont nous parlerons plus loin, renferme plusieurs Poésies, qui ne nous ont pas semblé toutes fort remarquables. Enfin il a été imprimé de lui une traduction des Dicts prophétiques des Sjbilles. Ce travail a été
(1) V oyez le frontispice des Douze Dames ■ Cel écusson, qui a été aussi celui de son fils Florimont, héritier de sa faveur et de ses litres auprès des rois de France, a été gravé dans 1 ’Hisioire des secrétaires d'État de Fauvelet du Toc. — On le voit aussi sur une magnifique médaille en bronze, faisant partie de la collection des médailles à la Bibliothèque royale.
publié avec un ouvrage de Champier, dont voici le titre :
LA NEF DES DAMES VERTUEUSES, composée par maistre Simphorien Champier , Docteur en Médecine , contenant quatre livres : le premier est intitulé , LA FLEUR DES DAMES; le second, DU RÉGIME DE MARIAGE; le tiers est DES PROPHETIES DES SIBYLLES ; le quart est le LIVRE. DE VRAYE AMOUR, nouvellement imprimés à Paris, pour Jolian de la Garde, libraire.
Ils se vendent à Paris sur le Pont Notre-Dame, à l’enseigne St-Jehan l’Évangéliste , et au Palais , au premier pilier.
La publication de cet ouvrag e de Robertet demande à être expliquée. C’était une affaire de Religion. Les Sibylles étaient honorées encore presque à legal des Saintes, et cette vénération pour elles existait depuis des temps très-reculés. Quand le Christianisme commença à se répandre, les Sectateurs de la nouvelle Religion cherchèrent à s’appuyer , pour combattre les Payens, sur toutes les traditions et sur tous les écrits profanes.
On ne manqua pas de se faire une arme des Prophéties si révérées des Sibylles. La chose était d’autant plus facile, que leurs livres ayant été brûlés deux fois dans deux incendies de Rome , sous Sylla et pendant le règne de Néron, on put leur en substituer d’autres composés dans le sens des saintes Ecritures. C’est ce qui arriva en effet, si l’on s’en rapporte au témoignage de Saint- Augustin. Dans Eusèbe de Cesarée, on voit Constantin déployer toute son éloquence impériale pour établir que les vers Acrostiches , attribués à la Sibylle Erythrée , sont véritablement l’ouvrage de cette Devineresse. Jullien, au contraire, les combattit et fit rechercher les véritables livres Sibyllins. Du reste, cette foi à l’autorité des Sibylles s’est conservée dans l’esprit des Chrétiens jusqu’au seizième siècle. On les voit représentées dans plusieurs bas-reliefs, entre les Apôtres, et jusque dans la maison de Notre-Dame - de- Lorette et à la chapelle Sixtine. Plusieurs Livres d’Heures offrent leurs images à côté des emblèmes
de la médecine astronomique de Paracelse , ainsi qu’on peut le voir dans les Heures de Paris , publiées par Pierre Roffet. (i).
Ce sont ces Prophéties, conservées par les Chrétiens, que Jean Robertet a traduites ou plutôt imitées; elles sont au nombre de onze, et mises dans la bouche des Sibylles, Persique , Lybie, Delphique, Symerie, Erythrée, Séménone, Amalthéa, Hélespon, Phrygie , Tiburtine, Europe et Agrippe. Nous allons transcrire seulement les vers prononcés par la première et la dernière Sibylles, pour donner une idée de ce genre de poésie.
SlBILLE PERSIQUE.
Je fus de Perse née, d'où Persique apelée; Mainte chose future de Jésuchrist prédis, Vaticinant par loy au peuple de Judée;
Car son Dieu ne congneut la séquelle dampnée, Qui très horriblement, comme portent nos dis Son très précieux chief d’espines couronnèrent
Et du fiel et vin aigre emmes le abreuvèrent.
Simule agrippe,
Je fus Sibille Agrippe nommée par droit nom :
De mes dis propliétaulx par tout est grand renom. De l’Incarnation du verbe, Dieu palpable En visibilité j’escripts mains mots notables.
Que mes livres a leu entendra le mistère Comment je prédisoye que Dieu naistroit de mère Joinct à humanité et après mainte peine Requérant à tousjours en gloire souveraine.
Tels sont les faits et les indications que nous avons pu recueillir
(1) Voici le titre exact de ce livre. « Les présentes heures à l’usage de Paris ou long sais requérir avec les figures et signes de V Apocalypse, la vie de Thotie et deJudic, les accidcns de l homme, le triumphe de César , les miracles Notre-Dame : ont été faictes à Paris pour Pierre Roffet.» In-8° de 1500 à 1515.
sur la vie et les ouvrages de Robertet. Nous déplorons vivement que nos recherches aient été vaines pour tout ce qui regarde les détails de la biographie de Montferrand. Personne ne lui a consacré la plus légère notice ; son souvenir n’existe que dans les Lettres et les Poésies qui composent la majeure partie du présent volume, ainsi qu’on peut en juger par la courte analyse que nous en allons faire.
A l’époque où eut lieu la Correspondance que nous reproduisons, Georges Chastellain devait avoir déjà un âge assez avancé, et être à l’apogée de sa gloire. Les Poètes de son temps exaltaient audelà de toute mesure son talent poétique; tous l’admiraient, chacun prétendait à l’honneur d’avoir été son Disciple. Robertet, au contraire, devait être jeune, et tout-à-fait ignoré. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait voulu se lier d’amitié avec un homme aussi illustre que Chastellain; il espérait sans doute que quelquesuns des rayons de la gloire du conseiller privé du Duc Philippe viendraient éclairer la vie obscure qu’il menait à la cour du Duc de Bourbon. Pour se mettre en relation avec Chastellain, Robertet s’adressa à Monseigneur de Montferrand qui était dans l’intimité de Georges. Montferrand se chargea, en effet, des négociations, et engagea son protégé à écrire à Chastellain auquel il devait le recommander chaleureusement. Aussitôt Robertet se met à l’œuvre, et pour ne pas manquer le but, il lui envoie trois lettres à la fois; une en prose très-bien faite, une autre en latin fort barbare, et la troisième en vers français, d’un sens souvent très-obscur. On voit qu’il a voulu emporter d’assaut l’amitié de Georges, qu’il a tenu à se montrer avec tous ses avantages, et à faire voir qu’il ne maniait pas seulement la langue Française, mais qu’il entendait aussi le Latin, et que Dame Rhétorique lui avait enseigné ses plus secrets Mystères. Dans ses lettres, il emploie toutes les formules de la louange , il s’épuise en admiration devant le génie de Georges, et ne reconnaît pas dans
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l’Antiquité d’Auteur qu’on puisse lui comparer. Il ne se lasse pas d’exalter son mérite et de vanter ses ouvrages, qui sont impérissables. Il a un si vif désir d’obtenir un regard bienveillant de Chastellain, qu’il écrit à M. de la Rière pour avoir aussi de lui des lettres de recommandation.
Mais Georges a lu les épltres de Robertet, et il ne veut pas être en reste de bons procédés avec lui. Il envoie donc à Montferrand une réponse où il loue le talent de son protégé , et déplore avec une modestie exagérée le peu de talent que la nature lui a donné à lui-même. Mais Montferrand voulait que Georges adressât quelques vers de sa composition à Robertet, et Georges s’y refusait nettement, et lui conseillait de « restreindre ces légiers dévolémens sur autrui fiance. »
Dans une seconde lettre, Georges reproche, avec encore plus de vivacité, à MM. de Montferrand et de la Rière, de l’avoir mis dans l’embarras. Car, en répondant à Robertet, il ne sagit de rien moins pour lui que de soutenir la gloire de la maison de Bourgogne, et il trouve la tâche trop difficile.
Montferrand ayant reçu ces lettres à Bruges , résolut de répondre pour Georges. Il eut recours à une de ces fictions si généralement en usage a 1 époque oïl il vivait. Il suppose que les Douze Dames de Rhétorique l’abordent dans son verger, et lui offrent de venir en aide à Georges, quelles plaisantent sur 1 embarras où il prétend se trouver. Au contraire, elles font un eloge pompeux de Robertet, et prient Montferrand de lui envoyer leurs enseignes en Bourbonnais. Ces enseignes ne sont autre chose que la description de chaque Dame. Ces allégories étaient fort en vogue au quinzième Siècle. C’est ainsi que, dans le Bréviaire des Nobles, par Alain Chartier , on entend la définition de Foy, de Loyauté, d’ILonneur, de Droicture, de Prouesse, etc.
Dans ce livre, Noblesse, par exemple, commence ainsi sa définition :
Je, Noblesse, dame de bon vouloir ,
Royne des Preux, princesse des hauts faictz,
A ceux qui ont voulenté de valoir,
Paix et salut; par moy sçavoir vous fais.
On peut voir que c’est ici le même procédé littéraire que dans les descriptions des Douze Dames.
Montferrand ne pouvait manquer de répondre aux compagnes de Dame Rhétorique , et devait évidemment prendre la défense de Georges. C’est, en effet, ce qu’il fit; il envoya bientôt à Chastellain le récit de cette rencontre toute poétique, et y joignit les descriptions des Douze Dames , lui demandant s’il jugeait à propos quelles fussent adressées à Robertet. Georges voulut bien que les devises des Dames fussent données au secrétaire du Duc de Bourbon. Montferrand fit donc son envoi, auquel il ajouta une fort belle Épître en vers de Chastellain luimême. En recevant toutes ses richesses inattendues, Robertet ne se sent pas de joie. Et vite ! le voici, la plume à la main, pour remercier MM. de la Rière et de Montferrand , de l’insigne faveur qu’ils ont obtenue pour lui de l’indulgence de Georges, dont il fait un éloge encore plus pompeux et plus outré que la première fois. Chastellain, à qui ces lettres furent communiquées, s’en fâcha sérieusement. Il eut l’extrême bon sens de ne point accepter les louanges qu’on lui prodiguait, et d’écrire une lettre pleine d’esprit et de dignité , dans laquelle il reprochait avec amertume à Robertet son aveugle enthousiasme , et où il lui demandait son amitié simple et franche. Cest la que se termine cette Correspondance, la seule de ce genre qui nous soit restée ; elle méritait, il nous semble à tous égards, d’être livrée à la publicité.
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N’est-ce pas d’ailleurs ici une histoire de tous les temps, une peinture des mœurs littéraires à toutes les époques ? 11 est si difficile dun côté de ne pas se laisser prendre à l’appât de la louange , et de l’autre côté de ne pas accorder un regard d’orgueilleuse bienveillance à ceux dont on est admiré, qu’on ne doit pas etre étonné de voir, de nos jours encore, se former ces petites cours , humbles et soumises, qui courtisent quelques-unes de nos Célébrités, se font lécho de leurs moindres paroles, et courbent la tête sous le joug de leurs volontés les plus ridicules et les plus capricieuses. Convenons aussi qu’il en est peu, parmi nos poètes et nos savans, qui ne tirent vanité des Satellites plus ou moins obscurs qui gravitent autour d’eux; qu’il en est bien peu qui montrent dans de telles circonstances plus de dignité et plus de noblesse que Georges Chastellain. Combien d’hommes encore trouveraient d’utiles leçons dans la lettre où cet Auteur conseille a Robertet d’aimer avec mesure : Ama ad modum.
Il existe à la Bibliothèque royale deux Manuscrits renfermant la Correspondance de Robertet et de Chastellain.
Le plus beau et le plus précieux, est un Manuscrit sur Vélin, du quinzième Siècle, de format petit in-folio. Il se compose de quarante-six feuillets, écrits en ronde, et illustrés de lettres ornees et de quatorze Miniatures. Il porte le n° 7392, et sa conservation ne laisse rien à désirer. C’est sans doute par une erreur du copiste, que la description de l’une des Douze Dames a été omise, car il n’y a aucune lacune dans la série des pages du Manuscrit.
Le numéro 208, suppl. Franc, a été donné cà la Bibliothèque par labbé Lenglet, le 2a avril 1744- Ce manuscrit renferme la correspondance de Robertet , de Chastellain et de Montferrand, moins les deux premières et les deux dernières Lettres; on y
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trouve encore une foule de compositions de différens auteurs dont nous allons parler. L écriture du n° ao8 est une écriture cursive du seizième Siècle ; c’est dans ce Manuscrit que sont rassemblées la plupart des œuvres poétiques de Robertet.
Nous y avons lu :
i° Les Doléances de Mégère..., grand poème Allégorique ou l’on voit paraître Persée, Alexandre, Nestor, Ulysse, etc., et qui ne comporte pas moins de mille vers.
a° Une Réponse à des vers adressés par le grand Sénéchal de Normandie, à Anne de France.
3° Un Rondeau fait par Robertet le Père.
4° Rallade faite par M. J. Robertet, notaire et secrétaire du Roi , et de Monseigneur le duc de Rourbon.
Il y a encore, dans ce Manuscrit, un grand nombre de pièces de vers de Chastellain, Villon, Crétin, Molinet, Octavien de Saint-Gelais , Marot, etc.
C’est d’après ces deux Manuscrits , que nous avons publié les Douze Dames ; et pour donner à ce Livre tout le caractère d’art qu’il comportait, nous n’avons négligé aucun détail d’exécution. Le texte a été revu avec soin, et imprimé avec une scrupuleuse exactitude; nous nous sommes permis seulement d’accentuer les mots et de ponctuer les phrases de manière à rendre ce texte plus clair , et afin que la lecture en fût plus facile aux personnes qui ne sont | >as versées dans les études philologiques. Sans doute il nous est échappé bien des fautes , bien des incorrections ; mais on nous tiendra compte des difficultés sans nombre qu’on rencontre à reproduire en Province un livre dont le manuscrit original ne peut quitter Paris. Nous avons
voulu faire un essai qui profitera peut-être à l’Art provincial, et qui, pour cela, mérite quelque indulgence. Les Miniatures qui décorent le Manuscrit n" 7392, ont été gravées avec une fidélité consciencieuse, qu’on ne retrouve dans aucun autre ouvrage de ce genre. Nous avons même fait dessiner les lettres ornées, et elles enrichissent maintenant notre Volume ; l’entourage qui en rehausse chaque page est une copie exacte de celui qui est à la première feuille du Manuscrit. Rien de plus délicat et de plus élégant que ces légers Rinceaux qui s’entrelacent avec une grâce parfaite, que ces Oiseaux au plumage éclatant qui hecquètent des fruits et qui dorment dans le feuillage; n’est-ce pas une composition ravissante que cet homme encapuchonné , perdu au milieu des fleurs et des feuilles, et qui souffle dans une longue trompette? Il est facile de juger que cet entourage échappe au Moyen-Age : il y a déjà quelque chose des caprices de la Renaissance , quelque chose de la science et de l’harmonie qui caractérisent l’exécution des œuvres d’Art à cette époque. Les Sujets composés des Douze Dames ne sont pas faits avec moins d’esprit ni moins d’habileté. L’École froide et raide du quatorzième Siècle a perdu de son empire. La disposition des Figures est sage : il y a de plus une naïveté d’expression , un sentiment de Beauté qui n’appartient plus à l’enfance de l’Art. On y trouve des intentions de dessin trèsheureuses ; et le jet des Draperies est quelquefois d'une rare élégance. On ne peut joindre, à une plus noble simplicité, un choix de types plus charmants. Il y a bien quelques figures nues, mais elles ne sont pas traitées avec autant de succès que les figures drapées. Cependant, on remarque que l’Artiste a toujours mis le plus grand soin à bien dessiner les extrémités ; les mains les têtes et les pieds sont en général faits avec une véritable adresse. Toutes ces Femmes sont calmes et pleines de sévérité. Les unes sourient avec douceur, les autres semblent plongées dans de profondes pensées. On trouve dans ces Com-
positions toute la sévérité de l’art Chrétien, jointe à la grâce des Peintres les plus savans du seizième Siècle.
La première de ces Gravures représente Monseigneur de Montferrand et sa Femme à la porte de leur hôtel, recevant, des mains d’un messager, les lettres de Rohertet. Au second plan, on remarque un personnage, qui est évidemment G. Chastellain, puisqu’il porte le collier de la Toison d’Or. Nous le retrouvons, du reste, dans les deux gravures suivantes , encore à la suite de Monferrand, qu’il semble ne pas quitter plus que son ombre.
Le second Sujet nous montre les Douze Dames venant «rrawoner Montferrand. Quel groupe charmant de Femmes! Comme elles sont toutes belles , toutes élégamment vêtues ! leur costume est aussi varié que leur âge et que l’expression de leur visage. Comme tous ces fronts sont intelligens ! Comme il y a de la candeur, de la réflexion, de la dignité dans le regard et sur les lèvres des heureuses Compagnes de Dame Rhétorique! Aussi, quelle coquetterie l’Artiste n’a-t-il pas mise à peindre le verger où Montferrand les reçoit? On voit quelles foulent de tendres gazons, quelles respirent le parfum de mille fleurs des champs; on comprend que ces beaux lieux ne pouvaient être clos que par une haie de rosiers, dont les boutons s’épanouissaient sous un ciel fortuné. C’est dans le même verger que Montferrand leur répond, et pour parler à ces doctes Dames, il ne saurait montrer trop de respect : il a donc la tête découverte et les genoux en terre. Les Dames ont affaire à un galant Homme et peuvent lui confier leurs enseignes. A l'écart , on aperçoit encore Chastellain, dont l’attitude calme et recueillie semble révéler l’habitude de la méditation. La présence du Pannetier du Duc Philippe dans le Fergier de Montferrand, est sans doute un hommage rendu par l’Artiste à la grande réputation du Poète.
Chaque Dame est ensuite représentée a part, avec les Attributs
et au milieu des Emblèmes qui peuvent la faire reconnaître. Un trait partant de leur bouche, et aboutissant à une légende, fait connaître les Devises de chacune d’elles.
La Science, Dame sévère et pensante, est revêtue d’une robe
ornée de mille beaux dessins d’une riche élégance et d’un
exquis. Elle tient à la main un Livre où ce mot est inscrit : Conclusion. Sur un pupitre gothique, découpé de rosaces, sont posés deux Volumes, séparés par cet autre mot: Démonstrance;
une main, 1 index allongé, est figurée sur la couverture dï
des livres et traduit cette dernière pensée. Démonstrance et Conclusion : toute la sagesse n’est-elle pas contenue dans ces deux mots? la Preuve et l’Explication de la Vérité, n’est-ce pas le but unique de la Science?
Eloquence est assise au milieu d’une campagne émaillée de fleurs, et tout ombragée par des pampres pendans d’une immense treille: elle tient à la main un compas, et a cette sentence pour Devise : Diffusa est gratia in labiis meis.
La Profondité a les bras étendus comme si elle était crucifiée. Un trait passant sur les deux bras joint deux médailles : sur l’une, on ht le mot Longituclo , sur l’autre, le mot Latituclo.
Un second trait sortant de sa bouche aboutit à cette légende :
Girum celi circuivi et in fluctibus maris ambulavi. — ■ Profondité! c’est l’intelligence allant au fond de toute chose, déchirant le voile qui couvre toutes les mystérieuses lois de la nature; c’est l’Espace et le Temps ; c’est l’Infini !
Gravité de Sens peut être regardée comme la plus charmante vignette de notre Recueil. Elle est admirablement posée, et le long manteau dont elle est revêtue est drapé avec un art infini. L’expression élevée de la tête s’y joint à une harmonieuse unité de formes. Elle dirige dans des campagnes désertes, dans
des sentiers rapides, un char traîné par un taureau, que Raison et Entère Vertu, deux sérieux personnages, retiennent par les cornes. Ce char, qui porte cette inscription non terminée : Velior in agilibus ( le mot viis est sans doute sous-entendu ) , représente ici, probablement, la Philosophie, ou mieux l’Esprit humain. Gravité de Sens a pour devise ces mots : Dirigit Dominus gressus meos in semitis suis. Sur les roues du char sont écrites des Inscriptions qu’il nous a été impossible de lire, et qui ne sont pas d’ailleurs dans toute leur intégrité.
Multiforme Ricesse est assise sous un dais, et a les pieds appuyés sur un sac , d’où s’échappent des pièces d’or. Sa tête est environnée d’une auréole rayonnante comme celle d’une Sainte, et sa robe est couverte de perles et de diamans. Son visage est d’or ainsi que sa chevelure , éparse sur ses épaules. Elle tient une cassette dans chaque main, et on y lit ces mots : Biens de nature. Sa devise est ainsi conçue : « Multe füie congregaverunt divitias , ego supergressa sum universas.
Quelle composition bien entendue et d’un beau style que celle qui nous montre Flourie Mémore ? Elle inscrit en traits ineffaçables, sur son Livre éternel, les Pensées des Hommes et les Evénemens du Monde : dans ces deux mots, V etera, Nova , il y a l’histoire de toute l’Humanité, Elle dit comme l’Evangile : Sum quidem similis patri familias , qui prœfert de Tliesauro suo nova et vetera.
Le manteau de Noble Nature est azuré comme la voûte du Ciel, et comme elle étincelante d’étoiles. L’espèce de croix quelle porte à la main, nous présente ces mots : A Dieu; à honneur; a propre faict ; à bien commun ! Devant elle, et à ses pieds, on lit cette inscription : Molles quidem carne aptos mente dicimus.
Glèbe Invention a vieilli, en apprenant les secrets de la Nature.
La voici au milieu des rochers quelle ébranle et disloque , rerecueillant des perles, des diamans et des métaux précieux; quelques livres jonchent le sol , et elle a rassemblé dans une hotte des vases rares et antiques. Qui petit , dit-elle, accepit , qui querit invenit ; petenti dabitur et pulsanti aperietur.
Une des bonnes compositions de notre recueil est sans contredit celle qui personnifie Précieuse Possession. Elle est portée, la tête échevelée et la robe au vent, sur un arc-en-ciel , et elle plane au-dessus de l’immensité des mers. Elle soutient le globe du
Monde dans son giron ; des livres dans une main sont accompagnés de ces mots : Toutes Sciences ; on voit dans l’autre main deux cœurs avec ces mots : Toutes Cognoissances. Sa devise est celle-ci: At quicreavit me requiescat in tabernaculo suo.
La résignation et les emblèmes du Travail , voilà ce qui distingue la figure représentant Déduction loable. Le travail de l’Intelligence et le travail du Corps ont l’un et l’autre leurs attributs : Et cleducet me mirabiliter dextera sua.
Glorieuse Achevissance, nue et voilée, tient une couronne et une espèce de pennon, sur lequel on lit Loenge et Gloire. Son corps est tout doré, pour signifier sans doute la récompense réservée à toute œuvre heureusement accomplie. Sa sentence est ainsi conçue : F ultum meurn admirabantur divites plebis, quia speciosa in forma prœ filiabus hominum.
Ainsi que nous l’avons dit, il y a une lacune dans le manuscrit JN° 7392. La représentation de la dame appelée Vielle Acquisition manque, et n’y a jamais été faite. Sa légende à elle, comme nous l’apprend le manuscrit N° 208, est celle-ci: Ex actibus multociens reiteratis generatur histus.
Bien que Vielle Acquisition 11’ait pas été peinte à part dans le Manuscrit n° 7392, cependant on en peut prendre une légère idée,
dans la troisième planche de ce Livre, où les douze Daines sont représentées , recevant la réponse de Montferrand. Il est facile de vérifier que Vielle Acquisition est la figure que l’on aperçoit entre les Dames Science et Gravité de Sens. Elle porte un voile qui descend jusque sur les yeux. Elle a un air profondément sérieux, et un front très-développé. (i).
Il est inutile sans doute que nous fassions remarquer quel soin extrême M. Schaal a apporté dans la reproduction des vignettes des Douze Dames. Tout le monde admirera, comme nous, avec quelle intelligence parfaite, avec quelle merveilleuse habileté, ces compositions de l’Artiste du quinzième Siècle ont été rendues. M. Schaal semble être initié à tous les secrets de cet Art, et il en comprend profondément l’esprit et le caractère. Nous nous estimons heureux d’avoir eu cette occasion d’associer notre nom à celui d’un Artiste du talent de M. Schaal, cpii aura contribué à donner à notre publication provinciale, plus de prix et plus d’intérêt.
Pour nous Bourbonnais , nous avons pense que la Correspondance de Robertet, de Montferrand et de Cliastellam, recevrait dans notre Pays un accueil plein de sympathie. Des trois personnages qui jouent un rôle dans ce livre, deux appartiennent à notre Province, sinon par leur naissance, au moins par les emplois qu’ils y ont remplis, et par le long séjour qu’ils ont dû y faire. Ce fut pour eux une patrie adoptive, et ils ont pris avec une prédilection trop marquée, le titre de Bourbonnais, pour que nous ne les regardions pas comme nos compatriotes. Et d’ailleurs , ainsi que le remarque Georges , ce ne sont pas
(1) M. de Kéralio , qui a publié un travail sur la correspondance de Bobertet, dans le 5' volume des Notices et Extraits des Manuscrits (an 7), Va pas eu connaissance de la Description
de Fielh Acquisition , conlenue dans le manuscrit n° 208.
seulement les deux Poètes qui sont en cause dans cette affaire, mais Lien les Princes auxquels ils sont attachés. Est-ce le duc de Bourgogne qui compte parmi ses serviteurs le grand Poète , ou le duc de Bourbon, au contraire? Lequel des deux princes est le mieux chanté? De quelle Cour partent les plus belles inspirations : ou la Poesie exhale-t-elle ses plus doux accords, ses chants les plus dignes de mémoire? Quant à nous, nous n’osons décider lequel des deux Poètes a mérité d’être couronné par les Muses ; mais à prendre la chose au sérieux, nous faisons, cà la vue de cette lutte entre deux hommes de cœur, cette triste réflexion : c’est qu’à ces époques de toute-puissance féodale, un Poète n’avait rien de populaire; il faisait partie de la domesticité du Prince, et était rangé dans la classe des valets; bien plus, le Poète était aussi indispensable à la Cour et n’était guère plus honore quun INain ou qu un Bouffe; et encore le Fou, qui avait le privilège exclusif d être insolent et de montrer de l’indépendance pour dérider le front soucieux du Maître, avait-il presque toujours le pas sur le Poète. Aujourd’hui, grâce à Dieu, la Poésie s est un peu affranchie de cette honteuse servitude ;
peu de Poètes brigueraient encore l’honneur d’avoir, comme
le grand Molière , le titre de valet-de-chambre du glorieux roi Louis XIV.
Lettres envoiées par maistrE johan Robertet
SECRÉTAIRE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURBON, A MONSEIGNEUR DE MoNFERRANT, GOUVERNEUR DE MONSEIGNEUR JaCQUF.S DE BOURBON.
onseigneur de Monferran l , je me recommende à vous d’aussi bon cuer que onc-
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ques vous recommandastes votre cas amoureux à vostre Dame; j’entens la mieulx et plus parfaitement aînée. Et combien c[ue je me réputé bien maleureux, que une fois en ma vie ne puis avoir moyen ne ochoison honneste et selon mon fait d’aller veoir vostre tant triumpbante court; touteffoys quant il me souvient encorès des grans biens qui y sont, et que je y croy estre pour ce que m’en avez dit, et dont le bruit ne est
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inie si grant que l’efFect, espérant que une lois vous y voye, je me repose de mes ennuis sur la souvenance que j’en ay. Car je n’y scauroye penser ne en parler de ce César ne de sa séquelle, que l’entendement, la bouche et tout n’en amende. Et se fortune feust tant ma mie que bien vouldroye, sans convoiter grant avoir , je vous asseure que je vous iroye voulentiers vcoir, mais entre deux, Monseigneur de Monferrant, affîn que sçaciés qu’il m’est bien souvenu de vous, comme raison est. Car de vostre courtoisie m’avez atiré et fait honneur plus tost que je vous eusse tfSbS, déservi, voir et oultre ce que jamais porroye pour vous faire. Je, à vostre requeste ° ' ' et soubz vostre conseil, me suis enhardy d’cscripre à George l’épistre que vous envoyé avecques ces présentes enclosè. Ne la prose , ne la rime, ne le françois, ne le latin, ne sont pas pour estre mis devant si cler orateur qu’il est; mais il fault que je face comme l’ouvrier qui, avec ostie de dur fer, tire le
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lion et pur or de la parfonde mine. Je présume, se ainsi se peut dire, peut estre trop avant, de provocquier cellui devant qui moy, ne plus parfait d’engin mille fois, en mil endroit ne porroit demourer invaincu. Neantmoins soubz la fiance de son gracieux support, et à vostre ennortation, je me suv mis à descouvrir ma témérité et fol cuider, vous priant que, se l’escript vous semble aucunement mal sonnant, le veuillez taire et soppir, que nul fors vous ne cognoisse ma folle entreprise. Et se voyez que puisse seulement magnifester mon amour audit George par icellui escript, vous plaise me recommander à lui. Vous savez et avez pu veoir aussi bien la force de mon engin que Hector veyt oncques la puissance d’Achilles en quelque es tour. Quant à la langue latine, j’escrips tout soubz la bonne correction de George ; car vous savez que longtain suis du lieu où elle ait règne et vigueur, et ne suis pas digne de en ouvrir devant lui ma
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bouche. Au surplus, Monseigneur de Monferrant, pour ce que vous sçavez que, entre les vivans hommes François , je suis cellui qui espoir a plus amé, quéru , prisié et recueilly par deçà des haulz et accomplis fais dudit George, vous prie que, par les premiers venants, vous plaise m’en envoyer aucune pie promis le m’avez, en moy recommandant à Monseigneur de la Riere; et toujours me mander vos bons plaisirs pour les accomplir; priant nostre Seigneur qu’il vous octroie joye parfaicte de vos plus curieux désirs.
Escript à Dags , le premier jour de Mars.
Votre serviteur à jamais, ROBERTET.
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Lettre envoiée par maistre Johan Robertet a Monseigneur de la Riere, escuier d’escurie de Madame de Bourbon.
onseigneur de la Riere, je me recommende à vous tant et de si bon cuer que faire je puis; mais pourquoy vous escrips-je maintenant quant j’ay tant attendu P Au fort, il vault mieidx tard que jamais. Combien que paravant ne maintenant je ne vous sçauroye que rescripre, ne n’eusse sçeu pour ce qu’il n’y a eu de quoy en mon endroit, si non que je me suis advisé de me recommender à vous par lettre, doubtant que tous les messages prétéritz par lesquels vous avoye envoié mile bons saluts, les eussent en chemin despendus ou prodigalement ailleurs bailliés.
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En oultre, j’aj esté en aucun temps en la case nos Ire en repos, durant une partie de la brumal froidure ; et là, recordatus sum ver l > i quod michidixitMonseigneurdeMonferrant, vostre ennemi non mortel; c’est à sçavoir, qu’il se faisoit fort de moy envoier aucune insigne euvre du très copieux coffre de G eorges, et de son éloquence procédant, dont
tant suys, comme se avez, désireusement affamé. Et en milieu de mon oyscuse, pour sattisfaire à l’ennortation de mondit Seigneur de Monferrant, j’ay fait une petite épistre audit George de la première empainte de mon povre engin, laquele envoyé par ce porteur, aflfin que par vous deux soit vue; et se digne n’est d’estre baillée, dont fort je
double, au moins vous coenoistrerez que hy-Vt , v se j’avais le sens et bien de savoir faire, je ne plainderoyc point ung peu de paine pour honnourer cellui qui en est digne. Et se ainsi est quil vous semble inieulx de la taire, ployez, rompez, brûlez et mettez à néant, si
que ma folle emprinse demeure au seeu de mes amis, et mon ignorance ne soit descouverte par une legiere et folle intermission mal digeste. De l’estât de ce monde je n’en sçay rien; car vous sçavezqueje suis inextasi, ravi, esprins et désireux en esperit de une fois veoir vostre magnificence , laquelle Dieu immortel conserve à tousjours prospérant.
Escript à Dags le premier jour de Mars.
Vostre serviteur et amy