‹ Les douze dames de rhétoriqueChapitre 5 sur 9 · A LUI APPARUES · texte numérisé non relu

A LUI APPARUES

George, je me recommande à vous; une haulte et estrange aventure m’est avenue en Bruges, le huitième de maj, que moi entré seul en ungvergier, très matin, pourladoulceur du temps, me vindrent accueillir douze Dames, ne sçay nimphes ou faées, et m’approcier de parolles. Dont, pour en faire le vray conte, ne sçay se transmises venoyent de vostre part. Mais par oyr leurs mots qui sonnoyent agu, il sembloit que vous y poyés avoir couple; car parloyent en forme, comme se dolu vous vous feussiez à elles, et que mon legier indiscret loer vous eust procuré soussy

en vostre honneur. Dont comme rayson voloit me convenoit bien les souffrir dire et livrer ententif et songneux ascout à leur raison qui estoit sérieuse. En l’un endroit, se doloyentde moy et de ma trop ouverte affection envers vous, sans cause ; et en l’autre, usoyent de rétorquement en vostre famé, dont la grâce ce disoyent estre deceptoire; usoyent aussi de termes honnourables à Robertet haultement, et de prières envers moy pour vous excuser vers lui en fait de rescripre, parceque perplexité vous avoit ahers et vergongne en son commeneier si bault, et partant, vous fuiant le destroit tel, suadoyent qu’on peust couler la chose soubz honnourable moyen , lequel me m’imputoyent; plaingnoyent durement vostre temps perdu, et que fortune n’ avoit esté de sorte en vous avec nature pour parfaire l’un l’autre; car sambloyent dire que grant homme fussiez devenu lors, et bien de laudation plus digne qu’en présent. Pardonnez moi que je résume tels mots

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sur vostre estât, qui n’en suis que réateur; mais ce fay-je pour faire le vif personnage de leur dire, en quel se sambloit couvrir fainte.Finablement, et aprèz longues devises, me ont prié que je, poiir vostre soulagement, et en leur nom, envoyé à Robertetleur douze descriptions, lesqueles m’ont laissiés; et requierrent affectamment que ledit Robertet les eut emprèz lui, comme digne d’en avoir la gloire; car afferment leurs vertus et nature estre en lui radicalement plantées. Parquoy désirent aussi à y estre portées en représentant leurs personnes, j’ay promis, aprèz vous avoir averty du cas, d’accomplir leur plaisir, sauve que le vostre y feust pareil. Sil vous plaist donc, vous me manderez ce que je y ay à faire, ne se vostre affection est point d’en voir la copie. Ce me semble Ebrieu à moy, tant pour la gravité des sentences, comme des mots qui hault comprennent; mais moult vous y font grant honneur les dames, quant par prendre vostre fait si à cuer, se exposent

- pour vous en tel soing. Dieu manie le surjffl plus, mais le commencement de vostre part est grand. Valez, seigneur.

Du main d’emprunt vault propre espée Qui souffît contre tout effort:

Là n’a besoing nul desconfort Par peur d’avoir gloire occupée.

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— j, — ’ai receu tes lettres , Monfer- '^îpffe rant, et m’en est leur contenu en mémore par articles, lesquels ne m’est besoing révéler; si non que là où laudation a esté faiete de mon honnourant, c’est euvre deue; et là où défiance a esté prinse de mon sçavoir, c’est à titre juste; car je ne sçay voirement rien; et en ce grant que longuement on a cuidié en moy, je suis moindre encoires que le peu, et seroy fol d’en contredire les dames, qui scevent bien ce que je vaulz et poise , ne quel chose j’ay ou ventre. Bien m’est cognoissance de leurs noms , mais non de leurs personnes , et en est la famé souvent venue à moy, mais non la goustance. Ce sont les luminaires du

monde et les estoiles de humain voiage obs-

cur. Dont se porter se font en Borbonnais, comme en cler lieu , c’est chose bien emprise. Robertet les recevra haultement; il leur donnera siège en royal palais, et en propre interiore Amour leur fera sacrifice Il est homme qui vault, si en sçaura bien faire , et non qu’en grande considération lesdictes dames lui font cest honneur, dont s’elles faiugnent ce avoir fait en mon support, le mereyer y siet bien , car le besoing m’y a esté patent. Robertet, j’espoir, me tenra en sa grâce et ne souffrera couler son amour pour légicr mespris, qui, non de paresce, mais de non povoir procède. Tu me demandes avis en mon plaire, et je te prie que tu accomplisses ton promettre, et que, ains tost que tard, tu entendes à ton envoy qui sera fructueux çà et là. Ne quiere de nulle riens veoir copie jusques à ce que le préordonné au mistère en aura eu le premier honneur. Et alors comme alors recommande-moy, te

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prie, à lui, et aux enseignes que tu trouveras cy aprèz et qui meuvent du propre , signifie lui que je suis bien, et lui prie qu’en gré prengne mon envoy , qui rude est d’entrée, si non par benign support, je vive et toy.

En Valencliiennes.

Qui de soy n’a soubz qui jrredre umbre Et repos, prent soubz arbre estrange , Non moins d’autant doit cil loange Que se arbre avoit de propre nombre.

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-AÊfi !

Lettre final de Monferrant a Robertet, secrétaire du pue de Bourbon.

le beau parlier % GIF ' -Æ' | de Bourbonnois , le sécré- >• taire des illustres dames es-

tranges, et la harpe en la maison de Bourgogne nouvellement suscitant les cuers, je me recommande à vous. Comme jà trois mois a que me envoyastes un livret pour adresçher à George, et lequel avez faict en sa faveur et à mon instance, me signifioyent vos lettres; et comme je croy que vrai soit moy veullant honnourer vos prières, pour paraccomplir icelles, et fis Fenvoy par main de deux nobles chevaliers en avancement de vostre euvre, dont comment George le receut lors, ne en quel ploy, ne m’est sceu, car

onseieneur

ne le vis depuis, mais bien ay oy que longuement a pesé sur sa bride premier que y voloir conclure, et ce, par variation entre les deux entendements où il sentoit scrupule. Avoit touteffoies esté averti assez, et mesmes par mes lettres, de l’honneur et amour que lui portiés, et que, entre les hommes du monde, c’éstoit cellui seul que plus désiriéz veoir, et dont les fais vous estoyent plus chéris. Parquoy tant mieulx se povoit et devoit tenir devers le bon sens qui en telle intention, ce say-je bien, l’avez basli et non moins s’y fie autrement George. Or à ce livret porte vertu; et aprèz longues fuittes et haultz personnages entre George et moy, finablement on vous renvoyé nouvel object, dont, se vostre amour a donné à penser en forme de son liault escripre, non moins vous donnera matère la rendition transmise de non avoir l’ueil à ovseuse. Car, l’honneur saulf entre vous deulx, il me semble qu’on vous respond. Et pour ce que, plusieurs

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lettres qui precedent entre George et ensemble autres personnages, dont quoy vous est veu, vous ont donné plaine narration de nostre mistère; et ne reste riens à y renouveller, sinon que voyés et ayés par possès ce que destiné vous est par révérence. v^ij Je certes, en acquit de mon deu par amour aussi envers Georges, vostre honnourant, et pour fin de matère qui tourne en vous, je vous envoyé douze descriptions de douze dames , qui par icelles, comme de propre ceur, vous saluent, vous priant que, comme les noms des aucunes sont peu en usaige , et peu veues aussi leurs personnes, que telle rareté aussi vous soit tenue à chière et à révérence condigne ; car elles singulières, comme j’entens, à vous singulier homme font cest honneur, et veullent que par elles ou trosne de vostre seignourie soyez veu par excellence, et que les ymages en demeurent en vos parois par signacle. Robertet vous prenderez en gré: ce n’est ne le mien fait, ne

celui de George le mistère droit cy ; c’est le vostre propre, procuré de haulte main, mais, obliVié

;; omigie en requeste, j en suis l’envoyeur. ŸfC3, Se riens y a du coffre de George vous le rWk

g trouverez à la fin; mais le principal et le V W premier, c’est ouvraige de femme que George ; ; | 4 ignore. Icelui-ci ignorant se recommande à J ’i i' vous, et je, par sa prière, le vous rerom- " J, mande. Amez-le par mon conseil, et, en fait || d’honneur , donnez lui en telle portion , igffe r comme à vostre jugier. Vivez, Seigneur, et l prospérez.

C’est une fertile accointenance Et chose de loable bruit,

Quant deux hault/. cuers, en commun fruit S’entrefont honneur et prestance.

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