RABELAIS LA COMTESSE
Prenez garde.
RABELAIS
A quoi donc ?
Rien !
LA COMTESSE
A marcher droit !
RABELAIS
La route
Est droite.
LA COMTESSE
Je pourrais d'un seul mot...
Je m'en doute !
LA COMTESSE
Mon frère...
RABELAIS
... Est tout puissant et l'In-pace profond !
LA COMTESSE
Alors cette petite .?...
RABELAIS
Oh ! Je l'exècre au fond !
Elle est belle : péché ! Bonne : péché ! Charmante : Péché ! Jeune : péché ! Tendre, rieuse, aimante : Péchés ! Péchés ! — Je vais la courber, la ployer ! Puisqu'elle a de l'orgueil, aider à le broyer ! Puisqu'elle a de l'honneur, du respect d'elle-même, L'humilier ! Puisqu'elle est heureuse et qu'on l'aime, Je vais l'exterminer ! Je vais lui courir sus ! L'assassiner !... C'est dit — et comptez là-dessus ! Tenir un innocent pendant qu'on le massacre. Madame, mais c'est un rôle d'archidiacre !... Y manquer .? Je serais le dernier des derniers ! Et maintenant parlons de mes trente deniers !
LA COMTESSE, a Pignotî Qu'il est drôle !
PIGNON
Oh !
— Car c'est un crime !
Je veux avoir pour prix du crime.
PIGNON
Non!
RABELAIS
Magnifique et sublime :
C'est entendu ! Pourtant je veux être assuré D'être nommé curé de Meudon.
PIGNON
Lui ? curé !
Honoraire !. . .
Soit!
RABELAIS
LA COMTESSE
PIGNON
Mais...
RABELAIS
Pourquoi prendre, confrère.
L'air stupéfait d'un bœuf qu'un innocent veut traire ?
La sœur de mon mari, qui dit ses heures, là, Est un être grotesque, et qui ne viola Jamais, la moindre loi de l'Eglise. . .
PIGNON, doucement déprécateur
Grotesque !
Madame la Comtesse ! Oh !
LA COMTESSE
Elle est folle. . . ou presque !
C'est un ange et, pour moi, cœur plus matériel, Les anges sont très bien. . . tant qu'ils restent au ciel ! Seulement nous avons. . . j'ai — pour qu'on la ménage. Des motifs sérieux. . .
RABELAIS
Des raisons d'héritage.
LA COMTESSE
Il faudra donc surtout qu'elle ignore ceci !
PIGNON
Vous pouvez y compter !
LA COMTESSE
On frappe.
RABELAIS, regardant par le judas de la porte
Les voici !
[Coups de marteau a la porte du fond) (La Comtesse sort par la porte de la cuisine et^ après un instant^ Rabelais ouvre la porte du fond ^