‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 4)Chapitre 21 sur 49 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

WAGNER, Seul

Elle m'aime! Elle m'aime! Elle m'aime! Elle m'aime!

C'est insensé ! C'est trop ! C'est trop ! Avec Dieu même

Je ne changerais pas de place en ce moment !

C'est trop ! Je ne crois point que cela soit vraiment !

Elle m'aime ! Elle m'aime ! Oh ! banc ! Cher banc ! Cher arbre !

Vous l'avez entendue ! Et vous sable !.. Et toi marbre !

Vous l'avez entendue ! Elle a dit de son air

Grave et mutin : Je ne l'aime pas... lui ! — C'est clair !

Elle m'aime ! Elle m'aime ! Ah ! mon âme se brise !

Platane, mon ami, sur ton écorce grise,

Tiens ! Regarde ! à quinze ans j'avais déjà tracé

Ces lettres : nos deux noms... nos chiffres enlacés !

Bon platane ! Elle m'aime ! Elle ! Ma Viviane !

Tiens ! Tiens ! Que je t' embrasse ! Ah ! mon bon vieux platane !

Et toi banc sur lequel j'ai pleuré si souvent,

Tu sais tous les secrets que je contais au vent,

Elle m'aime ! Entends-tu ? Comprends ! C'est elle-même

Qui m'a dit clairement — Clairement ! — qu'elle m'aime !

Ah ! Je voudrais mourir ! Ah ! je suis trop heureux !

Je meurs ! Tant de bonheur c'est vraiment douloureux...

(// demeure ârisé, sanglotant, étreignant le banc où Viviane s'est assise.)

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