SCENE X
WAGNER, Seul
Elle m'aime! Elle m'aime! Elle m'aime! Elle m'aime!
C'est insensé ! C'est trop ! C'est trop ! Avec Dieu même
Je ne changerais pas de place en ce moment !
C'est trop ! Je ne crois point que cela soit vraiment !
Elle m'aime ! Elle m'aime ! Oh ! banc ! Cher banc ! Cher arbre !
Vous l'avez entendue ! Et vous sable !.. Et toi marbre !
Vous l'avez entendue ! Elle a dit de son air
Grave et mutin : Je ne l'aime pas... lui ! — C'est clair !
Elle m'aime ! Elle m'aime ! Ah ! mon âme se brise !
Platane, mon ami, sur ton écorce grise,
Tiens ! Regarde ! à quinze ans j'avais déjà tracé
Ces lettres : nos deux noms... nos chiffres enlacés !
Bon platane ! Elle m'aime ! Elle ! Ma Viviane !
Tiens ! Tiens ! Que je t' embrasse ! Ah ! mon bon vieux platane !
Et toi banc sur lequel j'ai pleuré si souvent,
Tu sais tous les secrets que je contais au vent,
Elle m'aime ! Entends-tu ? Comprends ! C'est elle-même
Qui m'a dit clairement — Clairement ! — qu'elle m'aime !
Ah ! Je voudrais mourir ! Ah ! je suis trop heureux !
Je meurs ! Tant de bonheur c'est vraiment douloureux...
(// demeure ârisé, sanglotant, étreignant le banc où Viviane s'est assise.)