‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 4)Chapitre 4 sur 49 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

VOLTAIRE, Mmo DENIS VOLTAIRE

1 lé bien ma nièce ?

Mmo DENIS

Hé bien ? Pourquoi nous quitte-t-il Si brusquement ? Il est prévenant et gentil Ce petit allemand... mais je suis inquiète.

VOLTAIRE

Peut-être, eûmes-nous tort, d'écouter ce poète

Teuton. Cela dit tout ! Ce poète teuton !

Qui nous sert la plus velche emphase de son ton.

Quand nous vîmes pourtant, nos personnes saisies

Par le butor hurlant : " Je veux les Poeshies

Du roi mon maître ! " et que ce tendre Eliacin

Vint nous offrir l'abri du grand-duché voisin,

Je dois vous l'avouer, je trouvai charmants, presque,

Les pénibles efforts de sa roideur tudesque,

Pour donner un essor léger aux madrigaux,

Qu'il m'offre avec des airs béatement nigauds...

Mme DENIS

Je lui crois un secret qui lui pèse et le hante.

VOLTAIRE

Il craint que je ne trouve à mon gré triomphante Notre réception au palais grand-ducal !

Mme DENIS

Non ! Le pauvre garçon souffre de quelque mal Qu'il voudrait oublier, contre lequel il lutte ! Son sourire est contraint.

VOLTAIRE

Hé sans doute, il débute Comme il sied et convient — sentimentalement ! — Sur les sentiers fleuris d'un amour allemand ! J'ai deviné cela depuis la première heure, Alors que d'une voix sourde d'homme qui pleure, Il me disait ouvrant ses grands yeux un peu fous :

" Monsieur, je voudrais être un sage comme vous,

" Et rire de bon cœur de ces détresses vaines,

" Dont le poids fait fléchir nos épaules humaines !

(Riant.)

Ah! Ah !... Je serais mort du tour prétentieux Des mots, s'il n'avait eu des larmes dans les yeux !

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