‹ Les douze génies [poèmes scéniques] (volume 5)Chapitre 7 sur 37 · LES MÊMES, TITUS, BÉRÉNICE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, TITUS, BÉRÉNICE

[Titus entre vivement^ en proie a une colère quil parvient a peine a contenir^

TITUS

Stella ! Des gens de la plus vile populace,

— Des esclaves ! — s'étant rassemblés sur la Place, Ont osé devant nous crier... — les insensés !

Les insolents !... — Lorsque leurs cris ont commencé.

J'aperçus un Tribun des Gardes du Prétoire,

Qui se trouvait assis devant un vomitoire

Du Cirque de mon père avec plusieurs soldats.

Je lui fis signe. Il vit et ne répondit pas ! Puis il vint lentement se réunir au groupe Des rebelles. Il vint. Les hommes de sa troupe Le suivaient du même air indifférent que lui... Pas un émeutier ne s'est tu. Pas un n'a fui.

{Relatant) Est-ce ainsi que ma Garde a soin de ma défense .?

STELLA

Que criait donc le peuple ?

TITUS

Il n'importe l'offense !

Stella, je déferai ce que jadis j'ai fait. Renvoyez vos licteurs. Vous n'êtes plus Préfet Du Prétoire !

STELLA, douloureusement stupéfait Augustus !...

BÉRÉNICE

Grâce !...

TITUS

Quoi ! je confie A votre vigilance, et mon trône, et ma vie. Voilà quels sentiments je trouve autour de vous ?

STELLA

Que criait donc le peuple \

TITUS

Il n'importe ces fous abjects !

STELLA

J'en suis certain, les gardes du Prétoire Et le Peuple, n'ont qu'un seul désir : votre gloire !

TITUS, violent

Tais-toi !

STELLA, décontenancé un instant ^ reprend avec une

fermeté têtue :

Non. Augustus, avant de m'en aller Vers l'exil ou la mort, je demande à parler...

TITUS, r interrompant Exil, mort, il n'est plus rien de tel sous mon règne !

STELLA

Et vous permettrez bien qu'un vieux Romain s'en plaigne^

Si, contre le Destin, un chef veut rester fort.

Ainsi que le Destin, il garde en main la mort !

J'ai cent fois mérité — je dois le reconnaître —

La mort, si je n'ai pas bien veillé sur mon maître !

Je veux dire ceci : Chacun prétend et croit

Que malgré notre usage, et contre votre droit

Vous voulez épouser une reine étrangère...

TITUS

Suis-je le maître, enfin ?

STELLA

Une coutume chère Veut que seule une épouse agréable à nos dieux, Allume le flambeau de l'autel des Aïeux !

TITUS

La coutume est absurde.

STELLA

Elle est sainte et profonde.

La Ville entière est là, qui s'inquiète et gronde. Je remplis mon devoir en vous avertissant.

TITUS, exaspéré^ a voir la douloureuse émotion que trahit Bérénice

Tais-toi.

STELLA

Vous vous perdez, Maître, en vous unissant D'après les saintes lois d'hymen des vieux Quirites, A ce sang étranger et royal.

TiT\j^, furieux de la haine avec laquelle le vieux soldat a dit ces deux mots :

Tu mérites La mort !

STELLA

Soit ! Je mourrai !

BÉRÉNICE

Titus ! Grâce pour lui !

STELLA

Je m'engage à mourir, Augustus, aujourd'hui. Merci de me laisser le choix de la manière. Quand j'aurai rédigé mes volontés dernières. Pris congé de ma femme et de mes vieux amis, Je mourrai ! — Salut !

BÉRÉNICE

Non !

{A Titus)

Ah ! Qu'il me soit permis De t'implorer pour ce vieux serviteur fidèle !

TITUS, à Stella

Vis !

(Montrant Bérénice) Tu lui dois tes jours !

STELLA, haineux

Je n'accepte rien d'elle !

Vous m'aviez envoyé justement au trépas, Et s'il faut lui devoir le jour — je n'en veux pas !

(Titus, exaspéré, impose silence à Bérénice qui fait un geste de supplication. — Très simplement, Stella C07itinue :)

Ma mort vous servira d'ailleurs à dompter Rome. Les Empereurs qu'avec respect le peuple nomme, Caïus, Néron, savaient châtier sans merci. C'était bien. Il est bon qu'un maître frappe ainsi. Adieu.

(// sort et Harmakhis, qui s'est tenu à l'écart, disparait en même temps que lui.)

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