‹ Les douze génies [poèmes scéniques]Chapitre 10 sur 16 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

HOMÈRE, HÉLÈNÈH, SOPHROSUNEH SOPHROSUNÈH

Hé bien ! Votre entretien bientôt finira-t-il ?

Vous savez, vous, jeune homme, il faudra faire en sorte

D'éviter, désormais, le seuil de notre porte.

HOMÈRE

Mais...

HÉLÈNÈH, à sa mère

A quoi bon crier ? Nous venions justement De conclure tous deux, gravement, tristement, Que son amour ne serait plus qu'une chimère, Le jour où je serais semblable à...

(Elle hésite sournoisement.)

SOPHROSUNÈH

HÉLÈNÈH

...ma mère !

SOPHROSUNÈH, à Homere

Impertinent !

lOI

HOMERE A HELENEH

Mais non... bien au contraire...

HÉLÈNÈH, r interrompant

Or, moi J'ai dit : Mon bien-aimé, je n'entends être à toi, (Tant je t'aime !) que si je reste en ta prunelle Comme je suis : gardant ma jeunesse éternelle !

SOPHROSUNÈH

Vous avez dit cela ? Bon ! Vous avez bien dit,

Et je vous le redis, entendez-vous, bandit !

Oui, si ma fille, quand elle atteindra mon âge,

Vous semble conserver... (J'en étouffe de rage !)

Ce dont vous prétendez... (Tout tourne et devient bleu !)

Que mon visage à moi... (Que je respire un peu !)

A cessé d'être orné... (Ma tunique, au col craque !)

Hé bien, dans ce cas-là... (Oh î Mon cœur se détraque !)

Vous obtiendrez sa main, mais pas avant, bandit !

HOMÈRE, très grave Voulez-vous répéter ce que vous avez dit }

SOPHROSUNÈH

J'ai dit que... — Voyez l'air qu'il prend, cet imbécile !..,

J'ai dit que si tu fais cette chose facile :

(Oh ! Tu peux écouter, je parle clairement !)

Qu'à jamais Hélènèh garde ce front charmant.

Ce front pur, ce front blanc, sans l'ombre d'une ride.

Ces cheveux ondoyants, cet œil d'azur limpide.

Tu pourras l'épouser !

HOMERE

C'est bien !... Mais dites...

SOPHROSUNÈH

Quoi ?

HOMÈRE

Si je fais, pour moi seul, ce prodige ?

SOPHROSUNÈH

Pour toi ?

Comment ?

HOMÈRE

Si je te prouve, et sans qu'un doute existe. Que pour moi sa beauté, sans plus changer, subsiste ; Que je ne la verrai plus jamais autrement Que telle qu'elle est là, debout, en ce moment; Qu'une autre vision ne doit pas, moins suave, Remplacer celle-là que cette heure en moi grave. Par le Styx, par l'Hadès, dites, le jurez-vous, Je serai votre fils — je serai son époux ?

(Son ton solennel impressionne Sophrosunèh. Elle se tait. — Hé le ne h éclate de rire.)

HÉLÈNÈH

Certes s'il est certain que jamais mon Homère Ne me verra semblable à toi, ma bonne mère...

Comment !

HÉLÈNÈH

S'il accomplit ce prodige inouï

De me garder ainsi que je suis aujourd'hui, Devant les yeux toujours... Si j'en suis sûre, sûre ! Si c'est certain, certain !... Hé bien, je le lui jure. Par le Styx, par l'Hadès, par tous les dieux, par tous. Quoi qu'on dise ou qu'on fasse, il sera mon époux !

HOMÈRE, très solennel C'est juré par le Styx, par l'Hadès.

soPHRosuNÈH, riant, à Héleneh

Et je jure Avec toi ! Que les dieux punissent le parjure !

{A Homère.) Si tu fais ton prodige, elle t'appartient ! — Si !

[A Héleneh,) Rentrons, rentre à présent...

HOMÈRE

J'ai vos serments !... Merci !

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