‹ Les douze mois de l'apicultureChapitre 12 sur 14 · DECEMBRE · texte numérisé non relu

DECEMBRE

Les travaux apicoles en ce mois se résument à peu de choses. Dans quelques endroits bien abrités contre les rigueurs de l'hiver coinme il m'est arrivé plus d'une fois à Nice, il y a encore du mouvement de va et vient. Quelques fleurs tardives fournissent du nectar et invitent les butineuses aux champs, à condition que les voyages puissent se faire en plein soleil, car souvent l'ombre est si froide que les pauvres abeilles ne peuvent pas résister et elles périssent au grand détriment de la colonie qui a besoin de toutes les jeunes forces. Il est bon de rappeler ici que le soleil du littoral est souvent funeste, incitant les abeilles aux sorties inutiles et par conséquent à la consommation de miel pendant que les abeilles des pays plus froids se tiennent tranquilles et n'en consomment pas davantage.

Parmi les différentes races d'abeilles, chacune présente non seuleme ntdes différences de couleur et de caractère mais aussi de taille. Naturellement il n'est pas question des naines et des géantes, comme VApis florea et VApis dorsata, toutes deux habitantes des Indes Orientales et des îles asiatiques et qui sont des abeilles de migration, au moins pour VApis dorsata, mais bien plutôt de VApis mellifera, notre abeille do-

mestique, qui est originaire du bassin de la Méditerranée, qui ce soit la noire kabyle, la grise égyptienne, la pâle palestinienne, la jaune chypriote, la bleuâtre caucasienne, la grisâtre carnolienne, la blonde italienne ou la brune franco-européenne. L'irritabilité est d'autant plus grande pour ces différentes races qu'elles ont plus d'ennemis à combattre et à défendre leurs habitations contre des intrus plus ou- moins habiles.

Les Kabyles, les Egyptiennes et Palestiniennes ont des légions de frelons et de guêpes à combattre, c'està-dire à défendre l'entrée de leurs ruches et à tenir une garde d'autant plus vigilante que ces audacieux insectes carnivores essaient de pénétrer dans les ruches par la ruse. Un ami qui avait observé les françaises et les palestiniennes dans une ruche, s'était aperçu qu'on avait confié le poste de concierge à mes préférées, les palestiniennes. Les kabyles usent et abusent de la propolis en enduisant même les sections, sans doute pour protéger la cire contre les chauds rayons, du soleil. Les carnoliennes et les caucasiennes qui n'ont ni fausse teigne ni guêpes à combattre, sont très douces et presque molles à se défendre contre l'ennemi ; et les carnoliennes bâtissent des rayons en sections d'une blancheur immaculée par suite du climat et des habitudes tempérées. Les orientales en général, élèvent des centaines de jeunes femelles tandis que les italiennes et les françaises arrivent souvent à grand peine de cinq à vingt cellules, qui sont plus artistiquement ciselées, il est vrai, mais ne produisent pas de meilleures mères que ne le font les négligentes levantines qui ne peuvent prodiguer leur art sur les berceaux.

La cire gaufrée qu'on donne à ces différentes races, depuis la française qui est la plus grande jusqu'à l'égyptienne la plus petite des abeilles méditerranéennes, est acceptée immédiatement et sans influer en quoi que ce soit sur la taille. La palestinienne même qui est la moins difficile en ce qu'elle accepte les rayons tracés seulement, a souvent préparé les rayons pour les françaises dans mes ruchers. Mais la supériorité de la française se montre en la maîtrise en matière d'hivernage, encore naturellement amenée à cette perfection par la force des choses. Pour faire face &\3X

hivers froids c*est la nécessité qui est le seul guide, tandis que la levantine est séduite par le soleil et ne peut changer de caractère si facilement.

Toutes acceptent la cire gaufrée immédiatement, ce n'est pas après un apprentissage ou une évolution comme d'aucuns le prétendent. L'abeille qui a vécu en pays civilisé ou celle des bords du désert du Sahara ou de la Libye sont identiques pour le progrès, c'est-à-dire elles acceptent tout, pourvu qu'on n'aille pas à rencontre dp leur besoin naturel. Elles bâtiront ausi facilement dans une ruche à cadres que dans un tronc d'arbre.

La flore de décembre n'est que la continuation de celle de novembre. Néfliers au déclin et romarins continuent.

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