JANVIER
Il n'y a pas grand' chose à faire au rucher, sinon de visiter simplement l'extérieur pour replacer les couvercles qui auraient pu être dérangés par le vent, et pour veiller à ce que la pluie ou la neige n'incommodent pas les abeilles, en un mot veiller au confort extérieur au moins, puisque la température empêche de découvrir les ruches.
L'apiculteur doit profiter de ce mois de repos pour relire les journaux apicoles et les ouvrages qui lui donnent le plus de satisfaction, et qui viennent corroborer les remarques et les observations faites dans le courant de l'année. Il ne se laissera pas influencer par des idées qui ne lui semblent pas en accord avec la pratique, car il ne faut pas oublier que ce qui peut être utile dans une région peut être nuisible dans l'autre, comme par exemple la pratique de mettre les ruches dans les caves, très utile dans les pays à long hiver, mais néfaste dans le sud.
La théorie est absolument nécessaire en apiculture comme en toute autre science, mais la théorie sans pratique ne vaut pas plus que la pratique sans notion exacte sur la vie et les mœurs des abeilles.
Il est indispensable d*être progressiste en apiculture comme en toute chose, cela ne veut nullement dire que les idées anciennes soient à rejeter. Pour être à la hauteur de son temps il faut choisir la bonne lecture et savoir distinguer entre les mots et la pratique.
Nous avons en France beaucoup de périodiques apicoles, parmi lesquels il faut citer en premier lieu V Apiculteur de la Société Centrale d'Apiculture, 28, rue Serpente, Paris (6«), qui fut fondé par M. Hamet en 1856 et qui, malgré les bonnes leçons, est resté un peu conservateur et exclusif, mais tout apiculteur français devrait le lire. Un nouvel organe r Apiculture Nouvelle y 142, faubourg Saint-Denis, Paris (10^), n'est que dans sa deuxième année, mais en ouvrant largement ses pages à toutes les opinions, il aura certainement de nombreux souscripteurs. La Revue Internationale , à Nyon (Suisse), est aussi un des meilleurs journaux apicoles en langue française.
Les livres sur TApiculture sont aussi nombreux qu'instructifs, et il est difficile d'en donner plus que quelques indications, comme « L'Abeille et la Ruche », par Langstroth-Dadant ; « L'A. B. C. », de A. L Root, etc., etc., et nombre de livres français de France, les deux ci-dessus étant traduits, et nous venant de l'Amérique du Nord, le pays où l'apiculture est le plus en honneur, surtout au point de vue pécuniaire.
« The Honey Bee », traité anatomique et physiologique de l'abeille, par M. Th. W. Gowan, a été traduit dans plusieurs langues, ce qui est la plus forte recommandation. Un ouvrage portant le même titre a été imprimé en Amérique et aux frais du gouvernement des Etats-Unis dont l'auteur Frank Benton est très connu partout. Il vient d'accomplir un voyage autour du monde à la recherche d'abeilles et plantes.
Les plus grand progrès datent de l'avènement de la ruche à cadres mobiles, en ce sens que l'homme a su observer les mœurs et diriger les travaux à son avantage. Aristote observait déjà les abeilles dans l'antiquité, les anciens Egyptiens cultivaient les ruches fixes, les Romains comptaient les ruchers parmi les agréments utiles de leurs campagnes. Les Numides en tiraient un revenu appréciable. Les Corses payaient les impôts à Rome par le produit de leurs ruches. Swam-
merdam et Réaumur étudiaient ces insectes, mais ce n'est que depuis Taveugle Huber, le génie français de l'apiculture, que cette branche douce de l'agriculture a pris un nouvel essor par l'invention de la ruche à cadres. Il est vrai que la Révolution de 1789 a causé un arrêt momentané mais pas oublié de l'apiculture rationnelle moderne.
La ruche à cadres mobiles a été inventée par le russe Prokopovitsch et introduite par Debeauvoys, en France; par Langstroth, en yVmérique, et par Berlepsch, en Allemagne, à peu près simultanément, vers le milieu du XIX® siècle, avec l'invention de l'extracteur en 1867, par Hruschka, de l'enfumoir par Quinby, de la cire gaufrée par Mehring, le plus grand pas en apiculture a été fait depuis quatre mille ans que l'abeille a été domestiquée.
Des millions de kilos de miel autrement perdus ont été recueillis pour le plus grand bien de l'humanité, donnant ainsi un des produits les plus purs et le mettant à la portée de tout le monde. L'invention de la cage postale perfectionnée par mon ami et maître en apiculture, Frank Benton, a beaucoup contribué au grand développement du commerce des abeilles pendant les dernières vingt-cinq années.
La ponte commence lentement pendant ce mois et le noyau engourdi des abeilles en hivernation commence à s'étendre.
Flore de Janvier. — Le romarin est toujours en fleur. Par les journées tièdes les buissons sont très visités par les abeilles. Par ci, par là ,et dans des endroits abrités, dans les baies chaudes, quelques timides commencements de thym.