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POPULATION ET RUCHE

La population normale d'une ruche est composée d'une mère unique, de 30 à 40.000 ouvrières, et pendant la belle saison de quelques milliers de mâles tolérés tant qu'ils sont utiles. Exceptionnellement le nombre des ouvrières peut dépasser le chiffre ci-dessus donné.

La mère elle-même n'est tolérée qu'autant qu'elle rend le service nécessaire au progrès de la colonie.

Pour remplacer une mère on fait préparer des cellules maternelles par les ouvrières rendues orphelines à cet effet. Les œufs qui donnent éclosion à des ouvrières sont de principe féminin, mais étant donné l'étroitesse de la cellule, les organes génitaux sont atrophiés après que la larve y a été enserrée pendant deux semaines. Pris à temps, c'est-à-dire pendant les trois jours de l'état d'œuf ou même pendant les trois premiers jours de l'éclosion de la larve, et à condition d'élargir ces cellules et donnant une nourriture spé-

eiale, les abeilles peuvent transformer la destination de l'ouvrière en celle de femelle complète. Au bout de seize jours au plus tard la nouvelle femelle sort de la cellule. La découverte de ce phénomène est due à Schirach en 1767.

Dès la naissance d'une nouvelle femelle, les autres cellules contenant des femelles sont arrachées et la seule échappée se prépare au vol nuptial qui se fait dans les airs entre le quatrième et le trentième jour. Cette fécondation unique suffit pour la vie entière. Le semen est réservé et ne féconde les œufs qu'immédiatement avant la ponte. Ces œufs fécondés ne donnent naissance qu'à des ouvrières. Les œufs non fécondés par ce semen donnent naissance aux mâles, d'où cette situation bizarre, d'êtres ayant seulement un grandpère. C'est facile de se rendre compte de ce phénomène en prenant une femelle d'une race étrangère au pays qu'on habite. Les mâles du pays féconderont la femelle, la progéniture ouvrière sera bâtarde, et les jeunes mâles ressembleront à la mère.

C'est l'abbé Dzierzon, le grand apiculteur polonais, mort le 26 octobre 1906, à l'âge de 96 ans, qui a découvert cette loi de la nature en 1835, publiée en 1845 et connue sous le nom de « Parthénogenèse ».

Le temps régulier pour une ouvrière d'éclore est de vingt-et-un jours et elle va au travail à l'intérieur dès qu'elle est sèche et qu'elle a mis un peu d'ordre à sa toilette ébouriffée par la détention prolongée dans une cellule si étroite. Si la mère n'est pas remplacée à temps, que les œufs d'ouvrières viennent à manquer, les abeilles peuvent pondre des œufs de principe masculin et dans leur désespoir elles forment de grosses cellules semblables aux cellules maternelles, mais qui ne peuvent donner naissance qu'à des mâles, ces colonies orphelines ne sont pas faciles à guérir, les vieilles abeilles pondeuses s'obstinent souvent à vouloir continuer ce rôle de pseudo-mères. On appelle une telle colonie bourdonneuse.

Les mâles mettent vingt-quatre jours pour éclore. Hs sont absolument incapables de butiner, ce n'est donc pas par fainéantise s'ils ne font pas ce travail, mais simplement conformément à leur constitution.

Le logement le plus conforme à la commodité des

abeilles est celui que Thomme ne peut atteindre, soit dans des creux d'arbres, de rochers, etc.

Nos ruches à cadres mobiles ou nos ruches fixes Ae sont faites que pour pouvoir piller les abeilles avec plus ou moins d'art et conformes à notre commodité personnelle.

La ruche la plus utile dans nos pays chauds et surtout dans les pays sud de la Méditerranée où j'ai débuté, est la ruche pastorale que nous avons adoptée en modification de la Langstroth, dont elle n'a conservé que les principes.

Le cadre, base de la ruche a vingt-neuf centimètres de haut sur vingt-cinq centimètres de large. Il y a vingt-six cadres de la même dimension par ruche, divisés en deux parties de même grandeur intérieure, communiquant librement entre elles.

Un tablier recouvre les cadres supérieurs et un couvercle mobile recouvre le tout. Le tablier a sa grande utilité en ce que les abeilles ne peuvent coller les rayons directement au couvercle et par ce fait d'empêcher les abeilles de s'irriter dès qu'on soulève le couvercle.

Le déplacement des ruches peuplées ne doit se faire qu'avec beaucoup de précautions. S'agit-il de les déplacer pendant la belle saison ? On ne peut alors le faire qu'à condition de les déplacer de quelques pas, afin de ne pas perdre les butineuses, qui connaissent mieux l'emplacement occupé par la ruche, ou à plus de trois kilomètres; en effet, à cette distance les abeilles ne reconnaissent plus la région.

En tout cas, il faut faire les déplacements pendant la nuit. Si on doit les déplacer dans le jardin, on agira avec prudence, et tous les soirs ou tous les deux soirs on ne reculera que peu à la fois. Mais si on change de pâturage ou qu'on revienne vers l'hivernage, on s'approche de la ruche avec l'enfumoir, quand toutes les abeilles sont entrées au logis, après le coucher du soleil, et on fait entrer les ventileuses stationnant autour du trou de vol. On ferme l'entrée à l'aide d'un liteau et on examine si la toile métallique des trous d'aération, dont toute ruche pastorale doit être munie, est libre de propolis. Le nettoyage de la propolis rend les abeilles furieuses, il faut donc fixer le cou-

vercle pour les empêcher de sortir pendant le voyage.

Le voyage se fera toujours pendant la nuit, pour plusieurs causes : d'abord, pour éviter la grande chaleur du soleil, qui peut causer Fétouffement des abeilles et Teffondrement des rayons ; ensuite, pour la sécurité de la bête attelée à la voiture transportant les ruches et pour l'homme accompagnant, ainsi que pour les passants, en cas d'un accident.

Les abeilles sont généralement fort en colère par les divers mouvements de la voiture ou de la bête de somme, et on ne doit pas perdre de vue le danger continuel auquel on est exposé en négligeant les précautions.

A l'arrivée à l'endroit voulu, on dépose les ruches et on. donne aux abeilles quelques moments pour se calmer, puis, ayant éloigné chevaux et aides superflus, on ouvre les guichets, en ayant soin d'enfumer légèrement pour empêcher les abeilles de se précipiter au dehors avant de bien connaître le nouvel emplacement et d'attaquer quiconque se trouve sur leur chemin.

La forme de la ruche pastorale Baldensperger frères a été adoptée en Palestine en 1883, où nous voyagions entre Jafîa et Jérusalem quelquefois avec cinq cents ruches. Il fallait trouver une forme qui remplit plusieurs buts à la fois. Huit ruches en deux cubes sont d'une grandeur et d'un poids suffisants pour être portées par un chameau. Le cadre résiste à une très grande chaleur. Pas besoin de fils de fer pour fixer les rayons gaufrés. Un seul homme peut bien porter une ruche d'un poids total de quarante kilos quand il n'y a pas de miel. Maintes fois une ruche a donné audessus de cent kilos en une saison. Cette forme a été adoptée dans le Levant à cause de nos succès. Aussi bien en Algérie que dans les Alpes cette forme a été employée par nous de préférence et pour les mêmes causes déjà signalées. Elle est aussi adoptée par des apiculteurs de mérite, avec satisfaction entière, dans les Alpes-Maritimes, depuis nombre d'années.

Ce petit ouvrage a été divisé en douze mois, donnant un aperçu des travaux de l'année et quelques remarques utiles sur la flore sans avoir la prétention d'être une liste complète des fleurs mellifères que chacun peut ajouter selon la région qu'il habite.

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