AVRIL
C'est le moment d'aider les abeilles dans leur grand développement, soit en donnant des rayons gaufrés, soit en recueillant ou empêchant les essaims naturels. Un essaim naturel est désagréable pour plusieurs causes. 1° Parce que généralement l'essaim sait d'avance où il veut aller, et le propriétaire n'est par conséquent pas sûr de l'avoir. 2^ C'est une perte de temps que d'attendre le bon vouloir de la sortie, qui peut s'étendre à plusieurs jours, selon la température. S*' L'essaim naturel peut persister à ne pas rester dans la ruche offerte par le propriétaire, au cas où il est capté. C'est donc le moment de faire les essaims artificiels, ce qui est la manière la plus sûre pour Vexpert de multiplier le nombre de ses ruches, sans risquer de perdre d'essaims. Le moyen le plus sûr de réussir est de préparer une ruche garnie de rayons gaufrés, en ayant soin d'ajouter un ou deux rayons contenant des œufs et des larves operculées, couverts de jeunes abeilles autant que possible, et une bonne provision de miel ; ainsi préparée, la ruche doit être mise à la place de celle dont on veut tirer l'essaim, par une belle journée ; les rayons seront bientôt couverts par les butineuses qui reviennent à l'emplacement occupé par la ruche souche ; celle-ci perd la population équivalente à un essaim, et la formation sera complète des deux côtés, sans perturbation. Si la ruche souche a déjà des cellules maternelles operculées, l'opération réussira
d'autaût mieux qu'il n'y a pas de perte de temps pour préparer ces cellules, qui seront d'autant plus vigoureuses qu'elles sont constituées par une forte population, qui avait des matériaux à profusion. La nouvelle colonie peut être renforcée en ajoutant quelques jours après, des rayons contenant des larves avancées, si les arrivages de butineuses ne se sont pas faits aussi abondants qu'on l'aurait espéré.
Dans les colonies bien constituées, on peut faire bâtir des rayons gaufrés avec la plus grande facilité, pendant ce mois, sous la poussée naturelle d'augmentation de population, en proportion exacte avec la flore et la température.
Les mâles se sont développés et multipliés en vue de l'essaimage, et ont leur utilité incontestable dans la colonie ; entraîneurs, chauffeurs et protecteurs de la mère pendant le vol nuptial, en s'offrant en holocaustes involontaires aux oiseaux et insectes de proie attirés par le bourdonnement nuptial. Quoique ces mâles aient leur utilité dans l'économie générale, il est bon de surveiller leur trop grande multiplication. Le rayon gaufré doit être utilisé le plus largement possible au printemps, époque où les abeilles bâtissent le plus facilement En quarante-huit heures, un rayon peut être très bien complété, les cirières recevant tous les soins possibles et imaginables. Les fleurs mellifères tentent les abeilles butineuses aux champs, et, pour se débarrasser le plus vite possible du doux fardeau, les cirières, accroupies et festonnées, surchauffées dans des groupes, reçoivent ce surplus, qui est bientôt transformé en lamelles de cire et utilisé à la confection des rayons gaufrés. Les abeilles persisteront quand même à bâtir les grandes cellules dans des vides possibles, et il est utile de les laisser faire un peu ; c'est un stimulant nécessaire ; la ruche, complètement dépourvue de ces « gros mangeurs et gais fainéants », semble manquer d'entrain. Naturellement, on ne peut guère compter sur l'utilité de la présence des mâles que pendant 3 à 4 mois de l'année, selon la prolongation de la flore.
C'est aussi le moment pour certains quartiers de nourrir les colonies pauvres en miel, et de développer ainsi la population pour la miellée possible en Mai. Il
faut six semaines de nourriture suivie pour arriver à un résultat appréciable. La nourriture doit être donnée selon le but en quantités variant entre un et plusieurs hectogrammes donnés le soir. Que cela soit miel ou sirop de sucre, il faut donner chaque espèce non mélangée, et si c'est possible, légèrement tiède, pour ressembler le plus possible au nectar chauffé naturellement par les rayons du soleil. La nourriture la plus saine est sans aucun doute du miel provenant de ruches saines. Dans le doute, un sirop de sucre est seul à recommander, deux parties sucre, une partie eau, un peu de sel ou une cuillerée de vinaigre lui donnant un goût agréable aux abeilles. Consistance à peu près du miel liquide.
Flore d'Avril. — Fèves, genêt épineux, cognassier, acacia, diospyros sur le littoral, thym et bourrache encore en fleurs, suivant Téloignement de la mer. Fin de la bruyère.