‹ Les douze mois de l'apicultureChapitre 6 sur 14 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Les colonies sont au grand complet. La république ailée est dans sa gloire : Mère au grand épanouissement, pondant 1.000 à 3.000 œufs par jour, en proportion de la flore et de la population pour soigner les œufs et les larves. 30 à 40.000 ouvrières, peut être considéré comme bonne population. Chaque ouvrière a son travail assigné par le bon sens, il n'y a aucune contrainte exercée individuellement ; c'est parce qu'il y a des œufs que les nourrices les soignent ; c'est parce qu^il y a des cirières qui font des cellules que la mère y pond ; c'est parce que le printemps invite les butineuses au festin qu'elles se précipitent à la recherche de nourriture si nécessaire à ces milliers de bouches augmentant journellement ; c'est parce que la propagation de la race a besoin des divers êtres que les mâles gros mangeurs sont nourris pour être vigoureux, et assurer ainsi une race vigoureuse. L'harmonie est complète, un pour tous, tous pour un dans ce modèle d'agglomération d'êtres vivants, où il y a égalit^

absolue, où chacun doit fournir exactement la somme de travail qui lui est assigné par la constitution de son corps pour le bien général.

« Provence ! Provence ! Ecoute bourdonner les « ruches, et mets aux lèvres des enfants qui viennent « au monde avec du soleil dans la tête, du ciel au « fond de leurs yeux, le miel sacré des époques bénies « dont tu as gardé l'empreinte divine ! Provence ! Pro- « vence ! » — Frédéric Mistral.

Les milliers de mâles sortent aux heures chaudes de la journée, parce que le soleil les fait sortir, et, craignant les courants d'air, ils font des rassemblements entre les montagnes à 100 ou 200 mètres d'altitude, invisibles à l'œil nu, mais assez rapprochés pour être entendus. C'est par le fort bburdonnefent que les vierges sont séduites et vont faire un tour de valse au milieu de ces gais promeneurs. La chasse à la vierge se fait dès l'arrivée, et quelques minutes plus tard, l'acte régénérateur étant accompli, la femelle rentre au logis pour ne plus en sortir. Quatre jours plus tard, la ponte commence et continue aussi longtemps qu'il y a des fleurs et des abeilles pour porter le nectar et pour soigner les œufs.

L'amour des abeilles pour la femelle fécondée est limité, car si la fécondation était ratée, cette femelle ne remplissant pas ces devoirs intégralement, est mise à la porte, et une nouvelle femelle préparée en agrandissant les cellules contenant des œufs fécondés.

Mai est le grand mois de l'essaimage, quoique des essaims peuvent déjà sortir en avril. Quand la ruche est trop pleine, les abeilles s'entendent pour trouver un nouveau logement. Il n'est pas rare de voir quelques centaines d'abeilles préparer un logement trois à quatre jours d'avance. Si on peut placer une ruche avec de vieux rayons dans le rucher, on peut trouver un essaim qui aura choisi ce logis au printemps, h la grande joie de l'apiculteur.

Il arrive quelque fois que l'on laisse des rayons contenant toutes sortes d'impuretés, dans le rucher ; si donc un bon essaim, pesant 3 kilos ou au-dessus venait à prendre possession de cette ruche, les abeilles, avides de travail, et guidées par le sens si développé en elles de la propreté, nettoieraient les résidus de pollen, voire

même du couvain pourri, avec d'autant plus d'énergie que la population est plus grande. La ruche ayant contenu du couvain pourri (bacillus alvei) peut donc être utilisée, après avoir été exposée au grand soleil, cet antiseptique par excellence, pendant une saison d'été, mais c'est très dangereux quand même. Cette maladie terrible, mieux connue comme cause et marche que le Vertige ou Mal de Mai, n'est pas encore suffisamment étudiée quant à la manière de la guérir. Beaucoup de prudence, beaucoup de patience, et beaucoup de raisonnement, avec une propreté méticuleuse, sont les moyens de l'enrayer ; au moins, ne jamais entrechanger le matériel et, mieux encore, éloigner la maladie du rucher. Après des années d'études, un tout petit pas est fait, et le bienfait sera publié dès que l'auteur aura trouvé le remède qu'il croit avoir découvert.

Flore de Mai. — Acacia et oranger, esparcette, marlonnier, vipérine, thym, sainfoin, sauge, niarrube, tilleul, trèfles, pour le miel. Pavots, cyste, chardons, poireaux, thé des Alpes, -dent de lion, sinapis, bouillon hlanc, pour le pollen.

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