SCENE X
Mad. SAINTE CLAIRE (accourant) , LE CAPITAINE,
btc. CLAIRE,
Hé bien, mesdames, avais-je tort de vous dire que
bientôt (5 'arrêtant ). Un officier, ! ( à pari ). Oh
comme il est joli !
LE CAPITAINE, La séduisante petite mine !
Ste. CLAIRE. ;
Comme il me regarde !
t E CAPITAINE.
Je suis enchanté , charmante sœur , de vous avoir rencontrée. Je suis un missionnaire chargé d'opérer des conversions , et je m'applaudirai de vous avoir au rang de mes prosélitea.
Ste. CLAIRE.
(A pan) Il a de l'esprit. (Haut). On aurait pu choisir un apôtre moins dangereux , et il eût été difiicile d'eq trouver un plus aimable.
Je ae cherchais pas un compliment,
Stp. CLAIRE.
Aussi , n'en n'est-ce pas un que j'ai prétendu vous faire^ %.E CAPITAINE ( Voulajit lui prendre les mains ), Adorable , en honneur.
Ste. CLAIRE.
Laissez donc ; vous oubliez qu'un missionnaire ne doi^ parler qu'à l'esprit.
LE CAPITAINE
Il ne lui est pas défendu d'intéresser le cœur. .
Ste. CLAIRE.
A la bonne heure. Le mien ne prend encore aucun inr tOrét à tout ceci.
LE CAPITAINE
Çueile insensibilité \
Ste. CLAIRE.
On est insensible j parce qu'on n'adore pas raonsleux ^ la première vue.
LE CAPITAINE
Oh, je n'exige pas cela.
Ste. CLAIRE, Mais vous y comptez un peu 1
LE CAPITAINE
A vous dire "vrai , je croyais
Ste. CLAIRE. -
N*avoir qu'à paraître pour opérer une conversioiSh
LE CAPITAINE, La vôtre ne me semble pas très-facile,
Monsieur juge sainement.
LE CAPITAINE
Mais je n'en désespère pas*
Ce serait nn désespoir un peu prématuré,
LE C A P I T A I N E, CIiarmauLc rclii;ieuse ?
Ste. CLAIRE, Aiîu^Llo dragon ?
LE C A P I T A I N E
Les momeus sont prérieux. Tticlions de nous entendre.
Ste. CLAIRE.
Bien volontiers. Parlez, je vous écoute.
LE CAPITAINE
Vous pensez bien que je ne suis pas ici selon saint
Benoît.
Ste. CLAIRE.
Cela se devine , et de reste.
LE CAPITAINE
Çue je ne peux pas y rester éternellement.
Ste. CLAIRE. .
Vous seriez bien k plaindre d'en avoir seulenient îa pensée,
LE CAPITAINE
Le cloître vous ennuie ?
A Li mort.
LE CAPITAINE
Il faut en sortir , et a l'instant.
Ste. CLAIRE.
En sortir,) 'y compte ; à l'instant , c'est une autre affaire.
LE CAPITAINE ( montrant la muraille ). Je suis arrivé par -là, nous partirons par le même chemin,
Sie. CLAIRE.
Je crains les chemins dlMlciles, et vos intentions apostoliques ne me jcasbureut pas du tout,
LE C A P I T A I N E
Mes intentions! mais je vous jure que je n'en ai aucune qui puisse. ... ,
Ste. CLAIRE.
J'en ai , moi, ot dont je ne m'écarterai point. Le C a r I T A I N E.
Peut-on, sans être indiscret, vous demander quelle* 6ont ces intentions?
Ste. CLAIRE.
Je n'ai jamais rien dissimulé. I,a vie monnstiq[ue ne mo convient pas du tout , vous pouvez, en juger ; j'ai résolu tle me rendre k moi-même, vous le croirez aisément j mais je n'employerai que les irioyens avoués par la dé-» cencc , et je me <^ardei''ai bien d'aller courir les champs, avec un dragon , et un dragon de votre tournure
LE CAPITAINE (à part).
Voiliile plus aimable petit latin que j'aie vu de ma vie» Ste. CLAIRE ( à pan ).
.: Voilà le plus dangereux missionnaire que je passe rencontrer.
LE C A P I T A I N E
Ma sœur ?
Ste. CLAIRE.
Mon frère ?
LE CAPITAINE
Je voulais vous convertir , tl je crois que c'est vous qui ine conveitirez.
Ste. C L A I R E.
Vrus allez attaquer mon amour-propre j je vous déclare que je n'en ai point.
Charmante, et point d'a,mou;: - propre ! Voua êtes une femme accomplie,
( -^3 ) St?. C L A I R F.
^ Vous revenez à votre bu(.... par un dctour , finesse ànulile.
LE CAPITAINE, Je n'emp](àe ni finesse , ni détour. La tête me toun-^ ^t je crois que j'.i le cœur aussi vivement attaqué que 1 esprit. ^
Ste. CLAIRE.
Votre état est alarmant ! heureusement ce mal subit ne sera pas de longue durée.
LE CAPITAINE
Qui vous l'a dit ?
Ste. C L A I RE .
Je le présume.
Et si vous vous trompiez ?
Ste. CLAIRE.
Ce serait un triomphe trop flatteur ! Vne petite religieuse voir un vainqueur à ses pieds !
LE CAPITAINE
Ah vcus me persiiiiez ! Revenons; j'ai été jusqu'ici passablement libertin.
Ste. CLAIRE.
Je le crois.
Mais je renonce à mes amours de garnison, et ie mo )ette a corps-perdu dans la réforme.
Ste. CLAIRE.
£t vous le dites d'un ton à persuader le contraire.
LE CAPITAINE
Ce n'est pas k mou ton , cVst à mon cœur qu'il Aiut croire, '■
Sto. C L A 1 R E.
Écoute?,, monsieur iv dragon, vous me parlez, ieVciis reponds; («race à mon élonrderie ^ me voilà passabieinerifc compromise. Je i^ois que cette conversation nous meneraib trop loin : je vous salue , et ]e vous quitte. LE C A P I T AINE.
Un moment. Il sera toujours tenis de nous qiii'tor, et bien-tôt , peut-être , il ne le sera plus de prendre tertc^ins arran<^emens, , . .
Ste, CLAIRE.
Des arrangemens , l'expression est forte*
Et si ceux que j'ai k vous proposer , accordaient votre cœur et votre diîlicatesse?
Ste. CLAIRE,
Cela me paraît difficile.
LE C A P I T E I N E
Bien de plus aisé. Vous quittez cette niaisou , vous rentrez, dans le inonde : qu'y ferez-vous ?
Ste, CLAIRE.
Je ne sais,
Avez vous des parens ?
Ste. C L A I R E.
Hélas , non.
LE CAPITAINE
TJne jeune personne de votre ai2,e, ne saurait vivre iso* !ée. Il faut tenir k quelque chose , et le mariage est le moyen le plus sur d'imposer siK"nce aux m<'c!ians; voilà pour la d/dicatesse : il vous faut un mari jeune, en>* joué , qui ne vous lie que par la tendresse , qui n'ait (Pcmpiro que ]Kir les plaisirs -, V(Mlà pour lo r(ï>ur:jf serai ce^ mari là ; je levé toutes les dilncuUés , je vous épouse oe soir , c'est un aHaive conclue,
Ste,
f .5) SLe. CLAIR E.
Vous allez un peu vÎlP.
LE CAPITAINE
Nos inoluens sont comptés, un militaire est presse d© ^ouir, et nous nous marierons aujourd'hui, parceque jo puis être tué demain.
\ oilà qui est parfaitciuent arrangé.
L E C A P 1 1 A I N E, T\'est- il pas vrai ?
Ste. CLAIRE.
Si c'est une plaisanterie, elle est trop forte; si ce projefi est sérieux, il est insensé.
LE CAPITAINE Je fais l'amour gaîment et je ne plaisante pas, et loin quil y ait de la démence k vous aimer , plus)e vous vois, plus je me trouvé ras nnable.
Ste. CLAIRE Voilà bien le plus s;nj;ulier hasarda... mais penses donc que nous ne nous connaissons point. LE CAPITAINE Je crois au conlràirô que nous nous connaissons beau«
'<Joup.
Ste. CLAIRE.
Que je ne posséda absolument riert.
LE CAPITAINE
N'y moi non plus, je s.iis dans toute l'étendue du moî ■un capitaine sans culottes.
Sle. CLAIRE,
Et que je suis d'une étourderie
LE CAPITAINE
Oli , de ce côté là, je n'aurai rien à vous reproclierii Voiia voyez que nous tenons d'éjà P^n àPautre par lea
rapports les plus frappaiis , et si l'amour que vous m'aveï inspire était un de ces coups sirupatlii jucs. . . . Monsieur le capitaine, le désir de la liberté, si naturel a mon âiTC »l'fspoir de la recouvrer bientôt , m'ont exalté la léte à un point que je n'tii scu d'aujourd'liui n'y ce que j'ai tait , n'y ce que j'ai dit. Nous venons d'avoir un entretien, qui n'a pas le sens commun, et que ma situation seule peut rendre excusable aux yeux de la raison. Ouelque soit l'opinion que vous avez cozicue de îuoi , quelques soient vos intentions , je vous déclare que vous ne m'arraclierea plus un mot et que je vous attends au parloir : c'est là , qu'en présence de madame l'Abbesse , je parlerai avec la francliise que vous me connaissez , je îne nomme madame sainte Claire souvenez vous en, et prenez voire parti. ( elle sort. )