À I.A SALLE DAI-MES. K
(^ L'entresol occupé par Grégory dans une des plus belles maisons du boulevard ^^
f. Haussmann n'avait rien de princier, —mais nous savons que cet appartement ^]
Kl n'était qu'un pied-à-terre. y
V II se composait d'une antichambre, d'un salon assez vaste, d'un fumoir, d'une f^
^ salle à manger, — oii le Valaque mangeait bien rarement, — d'une chambre à ^
n coucher à laquelle attenait un grand cabinet de toilette, et d'une autre pièce dont 'à
î:\ nous connaîtrons bientôt la destination.
§ L'ameublement du salon, de la salle à manger et du fumoir, quoique élégant et non dépourvu d'un certain cachet artistique, ne mérite pas les honneurs d'une
^ description détaillée.
& La chambre à coucher, tendue de cretonne capitonnée de style Pompadour, el
\ garnie de sièges couverts de la même étoffe, manquait absolument de sérieux ;
(l mais on ne pouvait imaginer quelque chose de plus coquet, de plus réjouissant à
h l'œil, et surtout de plus féminin. — En foulant le tapis épais de cette pièce, où des
M parfums trop capiteux saturaient l'atmosphère, on se serait cru transporté dans le
V cabinet de travail d'une de ces jolies personnes à qui, — s'il faut en croire une
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— Tu semblés fatigué, mon fils... — fit Gregory de sa voix railleuse. — Page Gl.
y. chanson trop connue, — il sera beaucoup pardonné parce qu'elles auront beau- J^
i< coup aimé. -S)
a Le cabinet de toilette était du même style et de la même école. — Toutes les (?^
g recherches, toutes les superfluités du moderne confort s'y trouvaient réunies. — ^
â Le chiffre et la couronne du prince étincelaient, peints ou gravés, sur les porcelai- (^
1^ nés, sur les montures d'ivoire des brosses de toutes les tailles, sur les flacons de ';)
i cristal remplis d'eaux de senteur, sur les boîtes d'argent où les houppes de duvet ^
n de cygne dormaient au sein de la veloutine, etc., etc. g
g fiO LA COMTESSE DE NAKCET f)
[^ La dernière pièce du logis, — celle dont nous avons promis de parler, — offrait vî
n un caractère tout spécial et qui n'était pas efféminé, tant s'en faut. U
K) De vieilles tapisseries des Flandres à personnages mythologiques couvraient les |o
Q murailles. — De longs divans, très-bas, à la mode orientale, laissaient absolument (?„
i) vide le milieu de la chambre. §
V*. Une console, placée entre les deux fenêtres, supportait des boîtes à pistolets de lî
ji toutes les formes, depuis le pistolet de tir — grand modèle — jusqu'aux pistolets il
S de salon. a
(■J; Ces derniers ne devaient point rester sans emploi, à en juger du moins par une r^,
^ petite cible à cercles rouges et blancs, avec sa mouche noire au centre, campée sur ^
(ij son pied de palissandre en face de la console. k^
Û Le long de la tapisserie, dans dix endroits, se voyaient des trophées de fleurets y
I? mouchetés et démouchetés, de sabres, d'épées de combat, de gants, de masques, ^
n de plastrons, — tout l'appareil de l'escrime enfin, comme dans la mieux installée h
g des salles d'armes. ^
(^ C'est qu'en réalité le Valaque avait fait une salle d'armes à son usage particulier (^|
y de la pièce que nous venons de décrire, et dont nous allons franchir le seuil, en fj
,^ compagnie de nos lecteurs, le lendemain du jour oii la comtesse de Nancey, voilée ^
o mais résolue, était entrée furtivement pour la première fois chez l'homme qu'elle U
i\ aimait ou du moins qu'elle croyait aimer, ce qui, — dans certains cas, — revient ^
(^ absolument au même. h
i) Huit heures du matin sonnaient à la petite pendule de Boule placée sur la che- f)
^ minée de la salle d'armes. 8
Grégory et Cleveland, — l'un debout, l'autre assis, — tous deux un fleuret à la
--1 vj.n^g,uij CL v^iicvcioiuu» — i. Lia ueuuui, 1 autre aï^bli^, — luus ueu\ uii iiiiureL a la u
„y. main, se reposaient après un assaut. ^
C^ Le prince, — entièrement vêtu de flanelle blanche et chaussé de sandales, — ne a
*^ portait m masque, ni gant, ni plastron. ^
v^V' Sa figure était calme et reposée, sa respiration égale ; — pas une goutte de sueur (^
^1 ne perlait à la racine de ses clieveiix. — On eût dit qu'il venait de quitter son lit.— S
[^ Il regardait Cleveland en soii:riant. k^
g Le jeune Anglais, — à demi étendu sur le divan et la poitrine protégée parle [^
g classique plastron de peau de daim rembourrée, — avait ôté son masque et, tout ^
Q essoufflé, essuyait son Yisage ruisselant et cramoisi. &
y,^ —Tu semblés fatigué, mon fils..., — fit d'une voix railleuse Grégory, qui \}
f^ tutoyait Cleveland dans l'intimité. (t
n —'Te suis brisé... moulu !— répondit l'Anglais. — Je n'en puis plus... J'expire... ){