XVI
(^ LE BILLET AN ON Y ME. (h
\S La porte de l'orcliestre faisant face à celle qui conduisait aux places occupées lî
?) par le Valaque et par Gleveland était voisine de la baignoire numéro 7 et restait U
'c il
i^ ouverte pendant l'entr'acte. ^
(} Presque tous les spectateurs avaient quitté leurs fauteuils pour aller causer au a
*^ loyer ou faire des visites dans les loges. — Quelques-uns cependant, plus pares- ^
a >eu\ ou fatigués, tournant le dos au rideau baissé, lorgnaient les galeries ou lisaient ?»
V, le iournal du soir. "J
}? Grégory avisa parmi ces retardataires un jeune homme de sa connaissance, le a^
n salua de la main et, feignant de se croire appelé par lui, se dirigea de son côté. h
K\ Cette manœuvre lui permit de se retourner sans affectation en côtoyant la bai- S)
^ gnoire numéro 7, et de jeter un rapide coup d'œil au travers du grillage. ^
i) M. de Nancey s'effaçait dans le coin le plus sombre et se cachait de son mieux le ;;
y^ visage avec sa jumelle. Malgré cette double précaution, il suffit d'un regard au vî
p^ Valaque pour reconnaître le mari jaloux. !^
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Grégory se dirigea vers la baignoire n. 7. — (Page 60.)
Sa figure n'exprima rien de la surprise que cette découverte devait lui causer. — Il échangea une poignée de- main et quelques paroles avec le jeune homme dont la présence avait servi de prétexte à son exploration; puis, l'entr'acte touchant à sa fin et les spectateurs revenant à leurs places, il regagna la sienne.
Le succès du second acte ne fut pas moins complet que celui du premier, pour les auteurs, pour le corapooiteur et pour la reine Coricodète.
A peine le rideau tombé Grégory prit par le bras Cleveland, que le triomphe de son idole grisait littéralement, et lui dit :
ïi^2^c5ïl<:
U =- Venez avec moi ... x°
/^ =^ Où me conduisez-vous? — demanda le jeune Anglais. h
^) — Faire une visite à la comtesse... — Ne manquez pas de lui baiser la main... ^
^ «"La comtesse est bien jolie..., -^inurmura Cleveland, — mais Clorinde est ^
f) plus belle encore... n'est-ce pas?... f)
Vî = C'est un autre g-enre... —répliqua Grégory d'un ton moqueur. —Les avis vt
U sont partagés. U
ki îl franchit le premier le seuil de l'avant-scène, et, tout en saluant, il glissa bas s\
(4 et vivement ces mots dans l'oreille de Blanche : (?„
^ «. Ne cherchez pointa comprendre, et faites ce que je vous dirai de faire... Il f)
0 le faut 1 i
U Puis, tout haut, il ajouta : U
Il — Madame la comtesse, mon ami Gleveland sollicitait l'honneur de vous pré- ^
h senter ses respects et je me suis permis de tous l'amener... h
KJ — Ici, comme che« moi, M. Gleveland est le bienvenu..., — répondit Blanche èj
?^ en tendant au jeune homme sa main ganté»^ sur laquelle, conformément à la ^^
f) recommandation de Grégory, il appuya ses lèvres. îJ
^ -— Jevx)Us assure, comtesse, — reprit le Valaque, — que ce soir, cl par wtre
U faute, je ne reconnais plus mon ami...
^ — Comment cela, prince? — demanda madame de Nancey en riant. è\
p„ =- Les raj^nnemenls magnétiques de votre beauté exaltent sa nature anglaise, (h
f) où 'àliAbitU'de le calme domine... — Save^-vous ce qu^il me disait tout à l'heure? ^
Vî Madame de Nanc^v secoua la tète aN-ec un petit mouxTement de dénégation Iî
U coquet. U
d — Il me disait, — poursuivit le Valaque — (et je répète ses propi^s paroles) : — ^
^ {( Je voudrais être aux temps de la chevalerie, où les dames récompensaient le |?
c^ vainqueur du tournoi en lui 'octroyant leur écharpe, un ruban de leur coiffure, F)
:* quelque chose enfin qui gardait comme un reflet de leur beauté ! — Je sens que je ^^
y serais mvincible en champ clos, et que je ferais mordre la poussière aux meilleurs î^
r! chevaliers du monde, rien que }>our conquérir une fleur du bouquet de la com- ^
h tesse ! » — Que pensez-vous d'un tel langage au temps d'opérettes où nous Aiwns ? h
j'j — Je pense que c'est du dernier galant, — répondit en souriant madame de ^
^o Nancey, — et wesswr Gleveland aurait été digne d'entrer dans la lice en portant ^^
V les couleurs de la dame pour laquelle il était prêt à si glorieusement combattre. . . r)
X' — Eh bien! comtesse, — reprit le prince, — n'êtes-vous point d'avis qu'en ^
• h pareille occurrence l'intention doit être réputée pour le fait, et qu'il serait génc- U
Ci fïs
v1 reux à vous de récompenser votre chevalier par le don de la fleur qu'il ambi- [>i
^ — C'est mon avis, prince... et je le prouve... ^\
h ]\Iadame de Nancey choisit dans son bouquet un boulon de rose blanche. f]
,^ — Les reines de beauté, — continua Grégory, — ne dédaignaient point de cou- ^^)
(i ronner de leur propre maia le vainqueur de la lice. — Faites comme elles, madame (5
p. la comtesse... attachez vous-même cette fleur... f.
^N — Pourquoi non? — répondit Blanche. ^
h Cleveland occupait la place 011 nous avons vu Grégory s'asseoir pendant le der- r,i
^ nier entr'acte. ^)
(^^ Madame de Nancey se pencha vers 1 ni , et délicatement, du bout de ses doigts ^'
iJ effilés, fixa le bouton de rose à sa boutonnière. "^
^ Le Valaque, au troisième plan, dans la pénombre, braquait sa jumelle sur le ^
U grillage de la baignoire numéro 7, et s'assurait ch^ visif que le comte ne perdait r',
^ aucun détail de ce qui précède. g
(^ Cleveland, rouge comme une pivoine^ laissait faire et ne comprenait rien à la {j
f) petite scène dont il était le. héros. ti
vt Cette scène s'achevait à peine quand arrivèrent les tumultueux cocodès de l'esca- ^
]{ dron volant, et Grégory, certain d'avoir atteint son but, quitta la loge en emme- ^i
ii\ nant avec lui Cleveland, après avoir dit tout bas à Blanche : n
(^ — Ne venez pas demain, il y aurait danger... {^
^ Constatons-le tout de suite, et pour n'y plus revenir, la réussite du troisième i)
(1 diCte des Poules de la Coc/ii?ic/nne ïut aussi vive que celle des deux premiers. — JÀ
U Péragallo, bon juge en ces matières, annonça que la pièce dépasserait la cen- jl
^ tièrae représentation en faisant le maximum des recettes, et sa prédiction se i\
h réalisa. §
il - I
K\ Laissons s'écouler deux jours et prions nous lecteurs de nous accompagner de ^
?» nouveau dans la salle d'armes de l'entresol de Grégory. Gj
r) Il était huit heures et quelques minutes du matin. ^
^ Le Valaque et Cleveland venaient de faire assaut.— Le jeune Anglais pratiquait J^^
U maintenant la botte secrète aussi bien que son professeur, et celui-ci, malgré son n
cj habileté de premier ordre, ne parvenait pas toujours à parer le coup terrible qu'il ^,