V . U Ôt avait enseigné
^j ' — Tu en sais aussi long que moi. .. ,— dit Grégory en posant son fleuret, — l'im- ^ .
?t prudent, quel qu'il soit, qui croisera le fer avec toi est un homme mort ! (*
V — x\lûrs, je peux me reposer? — demanda Cleveland. V
^ — Oui, mon fils... — Ote ton masque et ton plastron, bois ce \erre de vin de ^
h Porto pour te remonter après tes fatigues, et causons. .. — Le moment est venu de k
$\ te mettre au courant de mes petits projets. F)
i^o L'Anglais fit un signe d'adhésion, vida la tulipe de verre de Bohême remplie %
f) d'un hquide transparent dont les années avaient pâli la pourpre, la remplit de v
V' nouveau, la vida derechef, et, faisant claquer sa langue en connaisseur satisfait, ^
U vint s'asseoir sur l'un des divans à côté du prince. a
£\ — J'ai confiance en toi, mon fils... une confiance absolue..., — reprit ce der- s>
(?^ nier en frappant sur l'épaule de Cleveland, — et cela pour la meilleure de toutes (?,
f) les raisons; — ton intérêt personnel me répond de ta discrétion et de ta fidélité... fj
vj — Je t'ai connu dans un e}ife)' de Londres oii la chance te maltraitait fort... — Tu ^
Ij m'as inspiré de la sympathie... Je trouvais en toi un gentleman de bonnes façons, U
f,' dévoyé tout à fait par la sévérité d'une famille un peu trop puritaine... — C'était s\
Ù; intéressant... — Je t'ai arraché aux griffes delà police anglaise en payant à ta (?,
f) place une traite de deux cents livres sterling, enrichie par toi d'une signature j?
\\ non moins fausse que médiocrement imitée... — Un faute doublée d'une mal- y
es ^>.
u adresse!... î;
^! — Certes, vous avez été généreux, — interrompit Cleveland avec quelque amer- ^
h tume. •— Mais pourquoi me rappelez-vous ces choses ? (^
h) — Pour te démontrer péremptoirement que tu es à ma discrétion ; car enfin ce S)
(» que j'ai fait, je pourrais le défaire, ayant gardé la traite fausse ! — Donc il me suffi- 8
y rait d'un mot pour t'expédier à Newgate et de Nexvgate à Botany-Bay. .. Û
ç. — Ce mot, vous ne le direz pas... s\
h — Cela dépend de toi. — Sers-moi bien et nous serons quittes... ou plutôt c'est r?
à moi qui deviendrai ton débiteur. — Alors je te payerai ma dette en te rendant le ^
(?t dangereux billet et en te donnant une fortune. . . Vt
f) — Vous savez bien que je suis prêt à tout... V
Vî — Je le sais... j'en suis sûr... et je vais t'apprendre ton rôle. — Il est d'ailleurs ^!
U le plus simple du monde... — Demain tu ne sortiras pas, tu laisseras ta clef sur ta h
KJ porte et tu verras, vers les deux heures, une femme entrer chez toi voilée et très- ^
(^ émue... V?
il) LA COMTESSE DE NANOEY 83 i)
^ — Une femme ? — riposta Cle veland . ^
Vj — Oui, la comtesse de Nancey. n
r\ — Qu'y viendra-t-elle faire ? iN
(^ — Me chercher. y
^è — ^<^"^ y ^^^^^ donc? ^
(ï — Je n'y serai pas. — Gesse de m'interrompre, et écoute... — Avant que la \S
y^ comtesse ait eu le tenips de t'interroger, le comte à son tour arrivera, sachant que ^
u sa femme est chez toi et par conséquent furieux. — Tu t'élanceras au-devant de u
f^ lui et tu lui défendras de passer. — C'est alors qu'il te provoquera^ qu'il te soufflet- (.i
°^ tera peut-être. — En ta quahté d'insulté, tu auras le choix des armes... — Tu ^
^° choisiras l'épée; vous vous battrez le lendemain, et l'issue de la rencontre est [^
y indiquée d'avance 1 — Une heure après la mort de M. de Nancey tu recevras y
^ de moi ton billet faux, une somme de cinquante mille francs, et l'engagement ^
n bien en règle de t'en payer en outre cent mille le jour de mon mariage avec a
i> la comtesse, c'est-à-dire dans moins d'un an... — Il ne me reste rien à t'appren- K\
^ dre... — Ton avenir est entre tes mains... — Va-t'en, mon fils, j'ai beaucoup à [^
t) faire. v
^ Cleveland s'en alla fort ému. — Jusqu'à cette heure il avait pris médiocrement îiu ,^^
il • y]
n sérieux les insinuations de Grégory. — Maintenant, il fallait agir I — Tuer froide- /i
n ment un homme en duel, quand ce duel n'est autre chose qu'un assassinat, cela 'o\
fi trouble les plus résolus. Mais le moyen de désobéir? D'ailleurs l'obéissance, c'était (^'
^^ la liberté reconquise, c'était cinquante mille francs tout de suite et cent mille un ^)
|à peu plus tard !... Enfin, et surtout, c'était Clorindel [^
y, Il n'hésita plus... ^
i\ Grégory, — aussitôt après le départ de Cleveland, — passa dans sa chambre à i,\
(é coucher, s'assit devant un petit bureau en marqueterie et écrivit ces quelques (^
Ij/) lignes sur du papier très-mince, propre à être plié menu, glissé dans une main et ^
(^ caché dans un gant : \^
V. ((Impossible chez moi, très-chère. —Le comte a des soupçons. — Demain, à tj
^ ((deux heures, au Grand-Hôtel. — Demandez Cleveland. —C'est moi qui vous ^
n (( recevrai. — Je vous aune I n n
}^ Il prit ensuite une autre feuille de papier sans initiales et sans couronne, et K\
^ d'une écriture contrefaite, absolument méconnaissable, il traça ces mots : (g
"v (( Mari complaisant ou mari aveugle... Lequel des deux? — (Choisissez ! — Si c'est °^
y^ (( complaisant, grand bien vous fasse I — Si c'est aveugle, un ami va vous ouvrir )^
g (( les yeux. g
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(il
«La comtesse, — que vous suivez vainement depuis quelques jours, — sera «demain à deux heures au Grand-Hôtel, chez Cleveland, son amant. — Laissez-
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« la monter, montez derrière elle, et, s'il vous faut une certitude, on vous la pro- ^^ « met complète. )) ^
Grégory glissa sous une enveloppe le billet anonyme, et, de la même écriture k[
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