A MOUE
f) Nos lecteurs savent d'avance ce que répondit Alice à la question du comte de V
i Nancey. |
U A mesure que parlait la jeune fille, Paul sentait se dissiper le brouillard qui h
f^ depuis le commencement de sa maladie s'étendait comme un voile entre lui et le S)
g passé. ^
1^ Les moindres circonstances du duel dans le chemin creux se représentèrent fj
vî nettes et distinctes à son esprit, jusqu'au moment oii l'épée de son adversaire g
u avait, comme un fer rouge, traversé sa poitrine. U
c\ Il revit Blanche, seul témoin du combat, attachant sur lui son reaard fixe et »
V U (? cruel. — Il l'entendit crier à Grégory : ^
S) « — Je t'aime et je le hais 1... Tue-le I... » 8
(^ — Et i'adorais cette femme 1 — se dit-il tout bas. — Mais c'est alors que j'étais «
V en délire! — Quel philtre m'avait-elle versé? — Par bonheur c'est fînil... — Je la «
h Paul, en se disant ce qui précède, ne s'illusionnait point. La chaîne était bien g
f\ véritablement brisée et le charme rompu. Son cœur, oîi Blanche ne régnait plus, ^
(^ s'en allait désormais tout entier vers Alice. vt
r) Gomment expliquer cette agonie si brusque de la passion dévorante qui semblait V
^ ne devoir jamais finir, puisque les dédains, les insultes, les trahisons de Blanche g.
U étaient des aliments pour elle? ô
^ C'est dans la maladie du comte qu'il faut chercher la première cause de cette ^
n guérison morale. — La fièvre du corps, sans doute, avait été l'antidote homœopa- jtj
g thique de la fièvre de l'âme. — En brûlant le sang dans les veines de Paul, elle u
(g avait cautérisé les blessures faites à son cœur par un amour insensé et malsain. ("J