‹ Les drames de l'adultèreChapitre 21 sur 24 · IN · texte numérisé non relu

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y Cette cause était la première, la principale peut-être, mais ce n'était point la g

>5 seule. (Îf

n Alice, elle aussi, jouait un grand rôle dans le phénomène que nous constatons. t/

i^ M. de Nancey, même pendant ces journées si longues oii la souffrance et le ^

^ délire obscurcissaient son intelligence, subissait à son insu l'influence de cette a

■() jeune fille, charmante et pure comme Marguerite, qui se penchait sur lui et le ^

[^ regardait avec ses grands yeux, humides de compassion et de tendresse. ^

v| L'amazone de la tapisserie occupait sans cesse la pensée de Paul dans ses accès i^

j\ de passagère folie. — Or, cette chasseresse c'était Alice, toujours Alice. J^

f^ Nous devons ajouter que chez les hommes en général, — et en particulier chez J{

^^ ceux qui sont doués d'une organisation passionnée et sensuelle, — la femme pré- y\

{$ sente prend bien vite et forcément la place de la femme qui n'est pas là. — Le cœur ^

j^ de ceux qui ressemblent à Paul de Nancey, — et ils sont nombreux, — a l'horreur %

\ du vide. 8

Y\ Blanche avait chassé de ce cœur l'image de Marguerite, — l'image de Blanche M

g s'effaçait à son tour, et celle d'Alice entrait rayonnante dans le temple profane qui n

{^ s'ouvrait pour la recevoir. [S

i^ A partir de l'entretien de la jeune fille et du blessé, la fièvre, le délire, les hallu- J)

[^ cinations, disparurent absolument et la convalescence commencée fit des progrès (^

M rapides. v

n Uue semaine s'écoula. — Paul, quoique bien faible encore, put quitter son lit et \

{^ franchir, soutenu par Alice et par madame Lafène, la courte distance qui séparait /.i

^ ce lit d'un fauteuil placé pour lui près de la fenêtre entr'ouverte. J)

(^ Cinq ou six jours plus tard il lui fut possible de descendre un moment au jar- §

j^ din. — La force revenait avec l'appétit. — M. de Nancey reprenait bonne mine, et v

i< la barbe soyeuse et fauve, qui maintenant encadrait son visage et modifiait le \

a caractère de sa physionomie, lui donnait quelque chose de sérieux et le rendait en n

g somme plus charmant qu'il ne l'avait jamais été. ï\

8 Paul savait qu'on n'avait trouvé dans son portefeuille ni le passe-port dont il i^

i s'était muni en quittant Paris, ni la lettre par laquelle Blanche lui annonçait son %

\ départ avec le prince. ^

A II devinait à merveille que Grégory, le croyant mort, avait fait disparaître ces !^

f) " ■ LA COMTESSE DE NANCEY ' 173 ^

vt papiers afin de rendre plus difficile, sinon même impossible, la constatation de ^

U l'identité du cadavre abandonné dans le chemin creux. Vi

i^ M. de Nancey ne se sentait point désireux de rentrer de sitôt en France oii rien u

^ ne le rappelait. §

^ Il écrivit à Paris, afin de se faire envoyer un nouveau passe-port, des malles ^^

?t de linge et de vêtements, et des traites sur les banquiers de Hombourg et de (5

§ Francfort. fi

^ Ces lettres écrites, il attendit. " ï\

nt^ Sa convalescence était assez avancée désormais pour lui permettre de quitter la ^

^ demeure oii des soins affectueux l'avaient rappelé à la vie. ^^

(^^ La discrétion et les plus simples convenances exigeaient qu'il parlât de son \s

V départ; il le savait bien, mais il ne se sentait pas le courage d'aborder un tel sujet J^ ^ d'entretien... i\ U Si on allait le prendre au mot? — Si ses hôtes, tout en lui témoignant un regret n S\ poli de se séparer de lui, ne faisaient rien pour le retenir? i) ^ Il lui faudrait donc s'éloigner de cette maison qui désormais pour lui devenait (g f) l'univers?... — il faudrait s'en éloigner en y laissant son cœur?... car il aimait 1^ yt la douce Alice... — Oui, pour leur malheur à tous deux, il l'aimait d'un immense J^ U amour!... g s\ Qu'espérait-il de cet amour? g (l Pouvait-il admettre la pensée odieuse de reconnaître par une séduction la tou- ^ f) chante hospitahté qu'il venait de recevoir?... — Se proposait-il de payer une dette 1^ u sacrée en déshonorant cette famille?... v^ ^ Plus d'une fois, hélas I nous avons vu le comte de Nancey descendre bien bas. — x^ ^ Il n'était point cependant assez misérable pour combiner froidement une pareille n (? infamie. — Il respectait Alice en l'adorant, et c'est la meilleure preuve, ce nous ^ k semble, que véritablement ill'aimait... Mais il ne pouvait l'épouser, puisque sa {) (?y femme était vivante. «

V Encore une fois, que voulait-il donc? Çj >! Lui-même ne le savait pas. — Il cédait, une fois de plus, à la passion que sans j>! U cesse il avait prise pour guide. — Incapable de résister à ses entraînements, il s'en- ri K\ gageait en aveugle dans un chemin dont l'unique issue était une action infâme. — 0 (5 Tout entier aux enchantements de ce chemin, il se cachait le but à lui-même... (jj f) — Aveugle, avons nous dit. — Aveugle, non, mais pis que cela ! Il fermait volon- 1^ y tairement les yeux pour ne point voir. ^ U Personne ne savait mieux que Paul être aimable lorsqu'il le fallait. — Or, ri

f) 174 LA COMTESSE DE NANCEY ^

Vî ayant un grand intérêt à s'assurer la bienveillance de madame Lafène, il n'avait 8

U rien négligé pour plaire à l'excellente femme, et son succès auprès d'elle était U

^ complet. k'

(^ Ne pouvant plus se passer de lui, elle envisageait avec une véritable terreur h

^ l'époque, — heureusement indéterminée, — oîi il parlerait de quitter l'Allemagne. ^

lî M. Lafène, lui aussi, se trouvait sous le charme. — Les manières simples et élé- %

u gantes du jeune homme, sa conversation vive et brillante, l'enchantaient d'autant v

a plus qu'il était depuis de longues années, — lui. Français, — en contact avec des >!

h Allemands, et que ce» derniers, — tout amour-propre de nationalité mis à part, h

^ — soutiennent mal la comparaison avec nos compatriotes. ^

(^ Le digne commerçant, — modifiant ses vieilles habitudes, — revenait chaque (^,

V jour une heure plus tôt afin de retrouver son hôte et, comme il le disait lui- fj ^ môme, afin de se retremper auprès de lui. £\ h Nous avons parlé, dans l'une des pages précédentes, de i'éclosion du cœur U h d'Alice. — Nous avons montré le premier germe de l'amour se développant dans s\ (^^ ce cœur ingénu, loyal et pur... — il est presque superflu d'ajouter que cet amour g f) avait grandi bien vite. — Alice aimait de toutes ses forces, — elle aimait pour la f) VI première et pour la dernière fois de sa vie. vt U Souvent, presque chaque jour et parfois pendant des heures entières, Paul et la w ^ jeune fille se trouvaient seuls ensemble, tantôt au salon, tantôt dans le jardin. ^ g Pas une parole d'amour ne s'échangeait alors entre eux, mais leurs regards se à ^ parlaient si leurs lèvres restaient muettes, et rien n'est dangereux comme ces longs ^ Il silences oh l'on entend deux cœurs battre ù 1" unisson... 8

V De quelle façon justifier l'étrange imprudence de madame Lafène, autorisant ou V M tout au moins tolérant ces tête-à-tête si pleins de périls entre son hôte et sa nièce? ^ À L'excellente femme avait un grand tort (que nous ne nous sentons guère, Çi ^ cependant, le courage de lui reprocher), celui de juger les autres d'après elle- |) (^ môme. — Sa vie déjà longue, 011 on n'aurait pu trouver ni une faute, ni une 0 y défaillance, ni môme une tentation, la rendait confiante. — Elle ne croyait point v x^ au mal. — Nous savons en outre qu'elle s'habituait difficilement à considérer Alice kj h comme une jeune fille. — Pour elle sa nièce était toujours une enfant. — Gom- U è\ ment donc se serait-elle mise en garde contre un danger dont elle ne soupçonnait ç\ (^, point l'existence? ft

V Un soir, après dîner, les maîtres de la maison, Alice et Paul étaient réunis dans f) M le jardin. On prenait le café sous les ombrages d'une salle de verdure ornée, à m 'a son point central, d'une table ronde en pierre polie. K

J^ Il ne faisait pas tout à fait nuit, mais le crépuscule devenait de plus en plus ^

/j sombre. y.

^ — Mon cher comte, — dit M. Lafène, — il est certaine question qui m'est venue S

^ vingt fois sur les lèvres et que la discrétion a fait rentrer vingt fois. — Lui per- Ç\

^^ mettez-vous de sortir ce soir? ^

^ — Je le permets, n'en doutez pas!... (^

M — Môme si cette question est indiscrète?... et j'ai grand'peur qu'elle le V,

f^ — J'y répondrai quand même... a

^^ — Dites-nous donc alors quels étaient les motifs du duel auquel nous avons dû §

(^ la joie de vous connaître... Ce duel avec le Russe, mari d'une si jolie femme... §

J^ M. Lafène souligna ces derniers mots par l'intonation, à peu près comme l'aurait u

^ pu faire Geoffroy, l'excellent comique du Palais-Royal. ^

n — Les motifs les plus simples, — répondit Paul sans hésiter. — Le comte La- n

g banoff et moi avions eu, à Cologne, une discussion très-vive à propos d'une cause |^

(g futile. J'affirmais la prédominance des chevaux anglais sur les chevaux russes... il ^

y la niait. — Quelques mots du comte m'avaient froissé. J'y voyais presque une pro- 8

J^ vocation. — Je ne la relevai pas, cependant. — Le hasard me remit le lendemain .^

n en face du comte à Hombourg. Il me regarda d'un air moqueur, en souriant. — fi

ij\ Je ne pouvais supporter cela. — Je le lui dis. — Vous savez le reste. n

(g — Ah ! grand Dieu ! — s'écria madame Lafène, — be faire tuer ou tuer son pro- (i

i) chain pour moins que rien... pour des chevaux... pour un mot... pour un sou- ^

[^ rire... quand, cinq minutes auparavant, on ne s'était jamais vu! — Mais c'est de ji

y^ la folie toute pure! y

'\ — Ainsi, cette dame si jolie?... — insista M. Lafène. ^

(j — Je ne la connaissais pas... /l

^ — A propos, comte, êtes- vous marié? §|

(v( Il se fit un silence. ul

y. Alice devint pâle comme une morte, tandis que le visage de M. de Nancey

iN s'empourprait ; mais la demi-obscurité cacha la pâleur de l'une et la rougeur de

l'autre.

^ — Non... — répondit Paul d'une voix changée. — Je suis veuf...

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UONSEIL DE FAMILLB.

A son hôte lui demandant: — uÉtes-voîis marié?)) — Paul avait répondu: « Je Sîiis veuf. . . »

Pourquoi ce mensonge?

C'est que M. de Nancey connaissait bien la nature loyale d'Alice. — Il avait la certitude que la jeune fille, dût-elle en souffrir, dût-elle en mourir, briserait son cœur plutôt que de le laisser au mari d'une autre femme.

En entendant la réponse du comte, l'enfant respira, et, ne pouvant dominer l'émotion joyeuse qui débordait en elle, elle se jeta dans les bras de sa tante et couvrit ses joues de baisers.

— Chère petite fille, qu'as-tu donc? — s'écria madame Lafène un peu surprise de cet accès d'expansion que rien ne semblait motiver.

Alice, un peu confuse, murmura :

— Je n'ai rien, matante... — Je vous aime... voilà tout... Paul de Nancey, lui, avait compris...

Le lendemain la tante et la nièce se trouvaient ensemble. — Madame Lafène parlait du comte, et, selon son habitude, ne tarissait point en éloges. Alice l'écoutait avec ravissement.

— Oui, certes, c'est le plus aimable jeune homme que j'aie rencontré jamais 1... — conclut la bonne dame en terminant. — Si distingué, si bien élevé, si reconnaissant de ce que notre bonne étoile nous a permis de faire pour lui.». -~ N'est-ce pas, petite?...

^cS^ôïvi<3i>^<j^<2iVS5K

Les maltreB de la maison. Alice et Paul étaient réunis dans le jardin. (Page 174.)

— ùà\ oui, ma tante...

— Nous sommes heureuses de l'avoir connu, — continua madame Lafène, — et cependant mieux eût valu qu'il ne mît point les pieds chez nous...

— Pourquoi donc cela, ma tante?...

— Parce que nous avons pris l'habitude de sa société... On ne s'ennuie jamais avec lui... Il parle de tout avec tant d'esprit... il cause vraiment comme un ange...

— Eh bienl ma tante?

— Eh bien ! ma nièce, la maison nous semblera vide quand il sera parti. . .

âS

f) 178 LA COMTESSE DE NANCEY S)

VT — Gomment, parti ? ~ murmura la jeune fille avec une stupeur douloureuse, — ds

l< il va donc partir? v

^ — Il n'en a rien dit, mais c'est malheureusement trop certain... — Te figu- R

g rais-tu que M. le comte de Nancey passerait sa vie près de nous? — Il a sa fortune ri

§ en France, sa famille, ses amis, ses habitudes... — Un jour ou l'autre il voudra g

(î retrouver tout cela... Quoi de plus naturel?... —J'admets qu'il ne nous oubliera §

U pas tout à fait, car il est plein de bons sentiments... J'admets qu'il pensera quel- v

^ quefois à nous... qu'il nous écrira même... — il n'en sera pas moins à deux ou ^

h trois cents lieues de Hombourg, et nous ne le reverrons plus... n

S) La pauvre Alice sentit son cœur gonflé défaillir. J)

VJ Comme la veille, mais pour une cause bien différente, elle se jeta dans les bras (^

V de sa tante, et appuyant son visage sur l'épaule de l'excellente femme, elle se mit 8

M à sangloter amèrement. \S

h — Miséricorde ! — s'écria madame Lafène très-surprise et très-effrayée, — voilà /l

g maintenant que tu pleures ! — Qu'est-ce qui te prend, chère mignonne? r\

^^ Alice ne répondait pas. — Sa poitrine se soulevait. — Des larmes de plus en (g

S plus abondantes inondaient ses joues pâlies. %

vî — Ma chérie, mon enfant, ma petite fille bien-aimée..., — reprit la bonne \i

U dame, —je t'assure que tu me fais peur... — Qu'ai-je pu dire qui t'afflige ainsi? Û

sj — D'oîi vient ce gros chagrin?... — Alice, mon bijou, parle-moi... réponds-moi... Y\

g veux-tu?... ^ r

f) — Ma tante, — balbutia la jeune fille, incapable de cacher plus longtemps ce qui g

(t se passait en elle, — ma tante, il va partir, il va partir... et je l'aime!... §

u Jamais, non, jamais, stupeur ne fut comparable à celle de madame Lafène en ^

c\ entendant ces mots : — Je l'ainip! ^

^^ Etait-ce vrai ? était-ce possible?... -—Quoi! cette Alice que si peu de temps h

J) auparavant elle endormait sur ses genoux, cette Alice dont une poupée brisée ou JA

C» quelque oiseau échappé de sa cage causaient les uniques soucis, cette Alice, deve- §

V nue tout à coup jeune fille,, avait un cœur prôt pour l'amour et prêt pour la souf- 0 M france, et ce cœur, elle venait de le donner 1 ^ h La digne tante, brusquement mise en face de la réalité, ne pouvait en croire ses M ^ oreilles. — Elle devait se tromper ; elle avait mal compris sans doute. ij) (^t — Tu l'aimes ! — répéta-t-elle. -~ Que nous dis-tu là? — Qui aimes-tu ? (^ S —Lui. ' a ^. — Le comte de Nancey? ^ Vïf ]i — Oui, ma tante. "i Vx

xesfcftSBOPiSi-

liA COMTESSE DE NANCEY 179 a

— Et... depuis quand? (^

— Depuis toujours... y ^ — Atonâgel... g ^ — J'ai seize ans passés. ri ^^ Madame Lafène dénoua doucement l'étreinte à la fois caressante et convulsive i^ (5 des bras qui l'enlaçaient, et éloignant un peu de son épaule la mignonne tête § « d'Alice, elle regarda ce doux visage, adorable toujours quoique baigné de larmes, y. u et ces grands yeux tristes et limpides dont les longs cils gardaient des perles sus- ^ (^ pendues. g ^ La lumière se fit alors dans le cœur tout maternel de l'excellente femme. — Ce L) (s n'étaient plus là des yeux d'enfant. — Leurs prunelles chastes et profondes débor- ($

V, daient d'amour infini... j)

fw M

J? — Et lui? — murmura madame Lafène en poussant un gros soupir, suprême i^

n tribut payé à ses illusions envolées. — Et lui, t'aime-t-il? j\

i^ — Je ne sais pas... n

§ — Il ne t'a rien dit? g

^^ -Rien... g

[^ — Jamais un mot? ^

n —Jamais!... et cependant j'espère... et si j'ai raison d'espérer... si véritable- M

i-\ ment il m'aime, il restera, n'est-ce pas, ma tante?... n

y — Il est certain que s'il est amoureux de toi... s'il te demande en mariage... fJ

^^ cela modifiera bien les choses... ^

is •=— Sa femme... moi !... — murmura la jeune fille dont les larmes se séchèrent S

^j comme par enchantement... — Oh! ma tante... ma chère tante, le croyez-vous? "^

u — Mais, pauvre petite mignonnette, comment veux-tu que je croie quelque n

f} chose, moi qui ne me doutais absolument de rien? — C'est un bien gros secret que (l

j^ tu viens de me confier! — Il faut de la prudence, ma chérie... beaucoup de pru- L)

^ dence. — Je causerai ce soir avec ton oncle... c'est .un homme qui connaît le Q.

y, monde et la vie mieux que nous... — Il t'aime tendrement... il veut que tu sois v

jx heureuse. — Il nous guidera, mon Alice, et nous serons sûres, guidées par lui, de 1^

n, suivre la voie la plus droite et le plus honnête chemin... ' fi

ij\ — Oui, ma tante... i\

§ — Et, jusqu'à ce soir, ma chérie, évite sans affectation de te trouver seule avec §

1^ le comte... — C'était très-bien quand tu étais une enfant... quand, du moins, tu Ô

^ me semblais telle... Mais, maintenant que te voilà une jeune fille, ça ne serait plus ^

>i convenable. .. — Tu feras ce que je te dis, n'est-ce pas ? — Tu me le promets? n

»e*^;î)ioec:5>roû~

— Je le promets et je tiendrai parole.

M. Lafène, fidèle à ses nouvelles habitudes, revint de Francfort une heure environ avant le dîner.

Sa femme, désirant se débarrasser le plus tôt possible d'une responsabilité qui lui semblait trop lourde, l'attendait à la grille. — Elle s'empara de lui et l'emmena dans la partie la plus reculée du petit parc, sans répondre un mot, chemin faisant, aux questions qu'il lui adressait.

Madame Lafène, ayant atteint certaine grotte construite en rochers artificiels,— grotte dont nous avons signalé l'existence, — pénétra sous la voûte et se laissa tomber sur un banc rustique en s'essuyant le front, car elle avait marché vite et il faisait chaud.

— Ma chère amie, — dit le mari en s'asseyant à son tour, — m'apprendrez-vous enfin ce que signifient vos allures mystérieuses?... On croirait, à vous voir, qu'il se passe dans notre maison quelque chose d'énorme et que vous allez me révéler un prodigieux secret...

— Ne riez pas! — répliqua madame Lafène, — gardez-vous-en bien, car vous avez deviné juste 1 II se passe ici quelque chose de grave...

— Et de fâcheux? — demanda vivement le mari.

— Cela dépend...

— S'agit-il d'Alice?

— Oui.

— Parlez vite î

— Alice aime le comte de Nancey...

M. Lafène fit un brusque haut-le-corps.

Elle aime le comte! — s'écria-t-il. — Cela peut être grave, en effet. — Mais

dites-moi, comment avez-vous deviné?...

Je n'ai rien deviné... je n'ai rien vu... C'est Alice elle-même, pauvre cher

ange, qui m'a appris ce que je sais.

— Et le comte, lui, aime-t-il Alice?

Elle l'ignore, mais elle l'espère. M. de Nancey est un honnête homme, et,

s'il aime, il n'a point parlé. — Que faire?

Suivre le droit chemin, comme toujours, et m'expliquer avec le comte... —

Je lui parlerai dès ce soir... — Je ferai appel à son honneur. — C'est un honnête homme, vous l'avez dit... Il comprendra ce qu'une démarche nette et franche comme la mienne a d'honorable pour lui. — Hélas! j'ai grand'peur que notre douce Alice se soit fait des illusions. — Elle est jolie, je le sais bien, elle sera riche, mais

elle est de famille obscure, tandis que lui il est le comte de Nancey l — Je suis certain d'ailleurs, d'après ce que m'a dit un banquier de Francfort, que la fortune de notre hôte est très-considérable, plus considérable que la nôtre.

— Qu'importe tout cela si le comte aime Alice?

— Oui, certes, s'il l'aime... Mais l'aime-t-il? — La question est là tout entière... Elle sera résolue ce soir.

— Ah! mon ami, je suis bien tourmentée! — Pourvu que la chère mignonne n'ait point à souffrir de tout cecil — Commencer à seize ans, ce serait vraiment trop tôt 1

— A seize ans les blessures du cœur se cicatrisent vite... Et, d'ailleurs, nous serions là pour la consoler... Nous l'aimons tant!

Le dîner, ce jour-là, fut singulièrement triste. — Une visible contrainte y régnait malgré les efforts des maîtres de la maison pour ne point sembler préoccupés.

Paul, très-inquiet, s'était aperçu dans l'après-midi que la jeune fille évitait sa présence. — Elle paraissait agitée, et ses paupières, un peu rougies, prouvaient clairement qu'elle avait pleuré.

— Que signifie cela? — se demandait M. de Nancey. —Comment pourrait-on savoir déjà qu'hier au soir j'ai menti?...

Le repas achevé, M. Lafène passa son bras sous le bras de son hôte, en lui disant:

— Si vous le voulez bien, mon cher comte, nous allons descendre au jardin et fumer un ou deux cigares. — J'en ai rapporté d'excellents. Ce sont des planteurs^ provenance directt^ de la Havane...

— A vos ordres..., —répliqua Paul, et, tout bas, il ajouta : — 11 va me parler d'Alice l...

i^<^<ss?(^^si,

K !8i LA COMTESSE DE NANCEY {

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