‹ Les drames de l'adultèreChapitre 5 sur 24 · EUE DE BOULOGNE. S · texte numérisé non relu

EUE DE BOULOGNE. S

Très-émue, et presque honteuse de son succès trop éclatant, madame de Nancey, ^

retenir. (.!

Elle prit le bras du baron d'Alban et quitta le bal en triomphatrice, acclamée 1/

sur son passage comme une reine par ses sujets, — au temps, hélas ! si loin de y.

nous, oi!i les sujets acclamaient leur reine. .. !^

Plus d'un étudiant, cette nuit-là, revit dans ses rêves les grands yeux noirs et ç^|

les cheveux blonds de la comtesse de Nancey. (J

Elle remonta seule dans la voiture qui l'avait amenée^ et le petit baron donna \j

tout bas à son cocher un ordre qu'elle n'entendit pas. m

Tandis que le coupé roulait rapidement. Blanche, à mesure que sa surexcitation W

fébrile diminuait, ne pouvait envisager sans une sorte de vague inquiétude l'acte ^

d'incompréhensible folie qu'elle avait commis. ^^

Elle ne se repentait point d'avoir bravé le monde et mis un ridicule ineffaçable %

sur le nom détesté de son mari, mais elle se sentait déchue à ses propres yeux... — K\

Il lui semblait qu'elle venait de faire un grand pas vers l'abîme inconnu qui l'at- U

tirait... ç|

La voiture, en s'arrêtant, arracha madame de Nancey à ses réflexions absor- a

bantes. — Elle mit pied à terre, se croyant arrivée rue de Boulogne. — Elle S)

regarda machinalement autour d'elle, aperçut à sa gauche le boulevard et, en face, ^,

un escalier éclairé à giorno^ qu'elle reconnut aussitôt pour en avoir plus d'une fois v

gravi les marches, jadis, en compagnie du pair d'Angleterre. ^

C'était l'escalier conduisant aux cabinets de la Maison d'Or. ^

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L'amazoue et ses gaides du corps foulaient au pas de leurs montm-es. (Page 39.)

Blanche fronça le sourcil.

— Que signifie cela?— demanda-t-elle aux jeunes gens qui l'entouraient. — Pourquoi ra'avez-vous conduite ici?

— Mais, mon Dieu, tout simplement pour avoir l'honneur de vous offrir à souper...,— répondit le petit baron. — Vous acceptez, c'est entendu! — Prenez mon bras, comtesse, et montons.

— Je refuse, au contraire! — répliqua vivement madame de Nancey. — C'est bien assez d'une folie ce soir ! — il est grand temps de retourner chez moi...

^«i<!!^(SviS:x<3r:iaî7iSv::<55?<Srîii"^

1^ — Comtesse, voilà minuit qui sonne ! — Le comte est certainement au cercle et ^

n ne rentrera pas de sitôt... — Laissez -vous attendrir et soyez bon (jarçonl — Votre ^^

,, départ intempestif nous couperait l'appétit à tous... ce qui aurait trop de relief! — ^

^ D'ailleurs, nous ne vous garderons pas longtemps! — Un consommé aux œufs ^

1^ pochés, une aile de faisan à la gelée, une écrevisse à la bordelaise, deux verres ^

v^ de Haut-Brion tiédi et quatre de Saint-Péray frappé, combien de minutes faut-il (5

Çj pour déguster cela? — Trente à peine! — Donnez-nous donc une demi-heure... W

i^ une toute petite, et vous serez libre... \

M Dans la vie privée, comme dans la vie politique, les concessions se succèdent et /^^

S) s'enchaînent fatalement.,. ^

Jvj Blanche avait cédé pour le bal et cédé pour le quadrille, — elle céda une troisième (f^

^^ fois et consentit à présider, pendant trente minutes, montre en main, le souper de 5

î^ son escadron volant. ^ Malheureusement les minutes passèrent, rapides et silencieuses, et la comtesse, \ grisée en quelque sorte par le joyeux tapage qui l'environnait, oublia de les regar- ^ der passer. . . g

y Au moment oij elle consulta sa montre, il était une heure du matin I... S

^ — En vérité, messieurs, — dit-elle en se levant, — ce que vous m'avez fait faire ^

Xj est absurde ! — Je suis trop bon garçon, et vous en abusez ! — Que penseront mes «

ï\ gens! — Une voiture, bien vite... et bonsoir...

% — Quoi, déjà ! — bourdonna l'essaim des cocodès.

IN

îlj — Bonsoir, — répéta Blanche en quittant le petit salon et en s'élançant sur les

|3 degrés de l'escalier, oii tous ses cavaliers la suivirent en désordre, mais sans par-

^ venir à la rejoindre.

ï) ~ Prenez mon coupé, comtesse ! — lui cria le petit baron.

(.i r\Iadame de Nancey ronlait déjà vers la rue de Boulogne, dans la première venue

^ des voitures qui stationnaient le long du trottoir de la rue Laffitte.

^ L'escadron volant remonta et se remit à table.

f\ — Gentlemen, — dit II. d'Alban, —je porte un toast à notre belle fugitive qui l

k est une femme chic, s'il en fut, et aux souvenirs épatants de cette soirée ! — La g

I comtesse à la Closerie et à la Maison d'Or ! C'est là une chose obôliscale et d'un Û

1^ rcliefà tout casser! —On en causera demain dans Paris, j'ose le dire... — J ou- jfj

y, vrc une souscription, gentlemen, pour faire frapper à la Monnaie une médaille

y commémorativel...

9 La motion du cocodès fut aecucillie avec enthousiasme, et l'escadron volant

'^l continua son souper.

LA COMTESSE DE NANCEY 35 Yj

Au moment où le coupé s'arrêta rue de Boulogne, devant la porte de l'hôtel, le ^ cœur de Blanche battait avec force.

Malgré toute l'énergie de son caractère, la jeune femme avait presque peur.

Elle allait se trouver sans doute en face du comte. — Que lui dirait-il? — Que \i

lui répondrait-elle? ,^

Bien que méprisant M. de Nancey de toutes ses forces, elle ne se dissimulait 3

point que ce mari, baffoué si cruellement, serait en droit de l'écraser dans un pre- Û

mier transport de colère, et que peut-être il le ferait... >î

Mais l'audace était le trait dominant de la nature de Blanche. — Elle imposa (^

silence à son émotion, et, tout en traversant la cour, elle murmura : ^

— Eh bien ! nous verrons ! — Je suis faite pour la lutte, après tout ! —Je ne veux ?t pas avoir peur!

Et d'un pas ferme et rapide elle gravit les degrés du perron.

Le vestibule était éclairé, mais aucun domestique ne s'y trouvait en ce moment. ^

Blanche monta le grand escalier et se dirigea vers son appartement, qu'elle '^^

atteignit sans rencontrer personne. (5

— Il serait curieux, — se dit-elle en pénétrant dans son antichambre éclairée n par une veilleuse, — il serait curieux que le comte ne fût point rentré, ou qu'il b ignorât mon absence. — C'est chose possible, en somme, et je commence à U

l'espérer.

Tout en formulant la réflexion qui précède. Blanche ouvrit la porte de sa cham- â bre à coucher, et son espérance se trouva déçue. ^

M. de Nancey était là, debout auprès de la cheminée. — Il avait allumé toutes « les bougies des candélabres, et ces clartés joyeuses illuminaient étrangement sa V figure pâle, contractée, presque méconnaissable. g!

— Il devait avoir ce visage en tuant Marguerite... — pensa la jeune femme, d dont le pas, cependant, ne se ralentit point.

Le comte étendit sa main droite vers le cadran delà pendule.

— Une heure et demie ! — dit-il d'une voix à peine distincte. — D'oii venezvous?...

— Ne suis-je pas libre de mes actions? — demanda Blanche avec une hauteur insolente, car elle se raidissait en face du péril.

S — D'oii venez-vous ? — répéta ^L de Nancey.

I) — Que vous importe? ^

^ — Je suis votre m.ari !... Je suis votre maître !... — Pour la troisième fois, d'où y y( venez-vous?... a

f) 36 LA COMTESSE DE NANCEY f

^J — Ainsi, vous prétendez exiger de moi des comptes? y

f^ — Je prétends cela, oui, madame 1 S

fl — Et si je refuse? t

^^ — Si vous refusez, prenez garde! {^

^ — A quoi donc? — Me tuerez-vous? — Oui, je sais, vous tuez les femmes ! ^

Kl Blanche était à trois pas de Paul. — Elle s'arrêta, la tête haute, et elle attendit. ?i

X Les deux époux croisaient leurs regards étincelants, comme des duellistes W

c! croisent leurs épées, et chacun d'eux semblait chercher l'endroit mal défendu oià g!

i il pourrait frapper mortellement son ennemi. . /?

— Je tue qui m'insulte et qui me trompe !... — murmura le comte d'une voix 9\

^ sourde. ^t

y — Et vous croyez que je vous trompe? — demanda Blanche impétueusement. O

X — Je ne crois rien, mais je veux savoir. — C'est pour cela que je vous interroge. . . ^

(i C'est pour cela qu'il faut me répondre... H

^j — Eh bien I advienne que pourra 1 — s'écria la comtesse. — J'aurais pu céder ,^

^. à la prière, mais je résiste à la menace I Je ne répondrai pas! — Vous parlez d'in- ^

V suite et de trahison ! — C'est vous qui m'outragez ! — Ah 1 vous doutez de moi ! — S

^ Eh bien ! je n'accepte point ce doute! — La vie que vous me faites est odieuse 1 — '^

k C'était déjà beaucoup de subir votre amour!... — Vous y joignez l'injure et la x

^\ jalousie 1 . . . c'est trop et le fardeau m'écrase. — Séparons-nous, monsieur ! — Dans ^,

(^. quelques heures j'aurai quitté cette maison, n'emportant rien à vous ! rien, ~ pas i

f) même votre nom! — je vous le rends, ce nom qui ne m'aura valu que les dédains

iî et les mépris da monde! — il n'y a plus ici de comtesse de Nancey... C'est Blanche 3

U Lizely qui partira demain... 0

^ — Partir!... — murmura Paul en tremblant, car il suffisait de cette menace f

^ pour lui faire oublier soudain ses colères, ses angoisses, et les soupçons que Blan- 4

^] che ne cherchait même point à combattre. — Ainsi, c'est vrai! — Vous me haïssez

(t tant que vous pourriez vous séparer de raoj ! 0

V — Je pourrais tout plutôt que de souffrir ejicore ce que je soufTre depuis un ins- b

^' tant... — L'injustice me révolte ! —Et d'ailleurs, quel mobile m'arrêterait? V'ous ^

[9 ne m'aimez pas... — L'homme qui accuse a cessé d'aimer! — Disons-nous adieu, |)

çj monsieur le comte, adieu pour toujours, et croyez bien que je vous pardonne! ^^

(^, — Blanche, — balbutia M. de Nancey en essayant de saisir les mains de sa Ç*,

q femme, — j'avais tort... j'étais insensé... — je ne vous accuse plus, je le jure... — vJ

' Tout ce qu'il vous plaira de me dire, je le croirai... ou plutôt ne me dites rien... je v

K ne veux rien savoir... Quoi que vous ayez fait, vous avez eu raison de le faire ! mais H

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ne me quittez pas, ma Blanche adorée, ne me quittez pas !... Est-ce que je pour

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