‹ Les Drames de la forêtChapitre 12 sur 29 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Une galerie de portraits volés à t'ullot.

Nous devons peindre pour les , lecteurs ces bizarres personnages, qui doivent souvent se montrer dans le cours de ce récit; et pendant que dans un coin du salon, Misère, appuyé sur l’épaule de Martial, lui dit à l’oreille leur nom et leur passé, nous allons présenter physiquement chacun d’eux.

Celui qui se trouvait en face de Marcassin et de Fraîcholle était bancal. Il avait revêtu la cuirasse flamande et le casque salade à croix d’or des gardes d’évêchés ; dans ce casque riait une hideuse figure remplie de fausseté, de ruse et de bassesse, surmontant un corps difforme, mais cachant comme sous un masque une force énorme ; le front, étroit et haut, entouré de cheveux plats, raides et roux d’une rougeur éteinte, donnait un singulier reflet à l’œil ; sous des sourcils droits et minces, dans un enfoncement, on apercevait une tache grise : c’était l’œil. Mais, pour qui aurait pu l’étudier, que de choses dans cet œil éclairé par un point noir, imperceptible et aigu comme une pointe cherchant qui frapper! Jamais on ne pouvait plonger dans ce regard toujours fixé sur un nez long et crochu, semblant, par sa courbure, directement causer à une bouche énorme, meublée de dents blanches et croisées. Tel était celui que, peutêtre à cause de son œil, on avait nommé la Couleuvre.

Le misérable qui dansait avec lui s’était travesti dans une robe lamée d’argent, si commune aux grandes dames du moyen-âge. Il formait avec son compagnon un contraste frappant : un géant, mais un géant fait avec art, sauf la tête, qui manquait d’intelligence, quoique belle et remplie de bonté. On se demandait comment cet homme avait pu s’égarer dans celte bande ; mais en suivant ses grands yeux veloutés se coulant vêts Fraîcholte, on s’expliquait tout : Calouchon était là par amour.

Une troisième figure attirait bientôt l’attention : c’était un grand vieillard à l’air triste, semblant s’amuser par ordre. Rencontré en tout autre endroit on l’aurait pris pour un magistrat : front superbe, entouré de cheveux blancs abondants et soyeux; l’œil rempli de douceur ; le nez d'un dessin très-pur ; la bouche était mince... il est vrai qu’avec le menton c’était toute une révélation : celui-ci par sa forme accidentée et bossue semblait dans chaque pli de la peau et sur chaque bosse, cacher et montrer tous les vices et tous les crimes. Ce placide coquin s’était glissé dans la longue robe rouge et doublée d’hermine d’un président de Cour.

Un autre qui faisait la roue en dansant était de taille moyenne, maigre comme un vendredi ; sa tête semblait vissée dans le corps, on pouvait compter les vertèbres de l’épine du dos; atteint de calvitie, sa mine allongée lui donnait une tête d’oiseau : ses yeux noirs et petits enfoncés sous J’arcade sourcillière semblaient des yeux de chats, le nez droit était petit, les oreilles immenses, longues, pointues et donnant au vent comme les focs d’un cotre, la bouche fine était dégarnie... Celui-ci était coiffé d’un turban effilé et décoloré, une vieille relique des croisades; il était vêtu d’un pourpoint de buffle, dans lequel il faisait l’effet d’une aiguille dans un étui.

Son nom était inexplicable; en raison de sa maigreur extrême il s’appelait la Bonbonne...

Rien au monde ne peut peindre la danse macabre à laquelle les coquins se livraient, rien ne peut rendre le bruit que produisait le heurtet les cliquetis d’armes et d’armures.

Quand la danse avait commencé. Misère avait dit à Ni ni :

— Ne reste pas ici toi, va rejoindre la Coq-Blanc.

Celle-ci avait obéi; elle s’élait relirée, et les hommes

transformant le chœur, chantaient en dansant une vieille chanson des bords de la Seine :

« Tas de diicards, tas de flambards, etc., etc. »

Misère dit à Martial :

— Allons nous coucher, demain nous leur parlerons, tu vois que jee sont des hommes capables de tout.

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