‹ Les Drames de la forêtChapitre 25 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Où Jean-Baptiste Aumoy rachète ses fautes.

Cadet avait conduit Jean-Baptiste Aumoy au salon lorsque la comtesse y entra. On juge de l’embarras du paysan devant sa tante. Nous l’avons dit, Orphise était très-belle encore ; elle était imposante dans sa grande robe brune.

— Monsieur, fit-elle, on m’a dit que c’était un parent qui demandait à me voir.

— Oui, madame, je suis. . . votre neveu.

— Mon neveu !

— Je suis Jean-Baptiste Aumoy, d’Autry.

Orphise regarda aussitôt le paysan, elle ne s’était

pas trompée, on revenait encore pour la même affaire. Le regard qui enveloppa Jean-Baptiste contenait tant de mépris qu’il en rougit jusqu’aux oreilles. . .

— Ah ! c’est vous, monsieur; c’est vous qui avez remis entre les mains d’un tiers un testament prétendu olographe du comte d’Aumoy. . .

— Comment, madame, vous savez . . .

— Que venez-vous me proposer, monsieur...

Dites vile ; je préfère finir avec vous. . . Vous vouliez vendre ce testament... ou — c’est d’un sentiment qui vous honore — perdre par un scandale ceux dont vous portez le nom. . . dites votre prix, monsieur.

Rien ne put rendre l’accent de la comtesse'; confus, ne sachant comment se tenir, n’osant lever les yeux, Jean-Baptiste restait écrasé par ce mépris calme. . .

— Jevousécoute, monsieur mon neveu, dit Orphise.

— Mais, madame, vous vous méprenez absolument sur mes intentions ; je viens tout repentant vous dire : J’ai été assez misérable pour livrer ce secret à un nommé Claude Martial, et je viens chercher, avec vous, les moyens de l’empêcher de s'en servir. . .

— Que me dites-vous la ? fit la comtesse surprise.

— Je vous dis la vérité, madame ... car je suis bien malheureux de ce qui est arrivé.

La comtesse, étonnée de ce qu’elle entendait, était très-embarrassée ; elle ne savait si elle devait croire aux regrets de son singulier parent; d’un autre côté, elle se trouvait gênée de savoir dans son secret ce jeune homme.

Elle avait besoin de penser un peu à la ligne de conduite qu’elle devait suivre; elle voulait, en outre, s’assurer de la valeur des déclarations de Jean- Baptiste.

Elle prit le parti le plus sage, celui d’écouter, d’observer, en faisant parler le jeune homme.

C’était facile, Jean-Baptiste Aumoy ne venait pas faire de la diplomatie ; il venait, plein de remords et de regret, jugeant plus sainement sous les conseils de Fraîchotte, la repentie, depuis le jour oùelleavait vu la mort d’aussi près. Il venait, disons-nous, avouer franchement à sa parente qu’il acceptait l’héritage de son oncle tel qu’il était : c’est-à-dire nul pour lui ; et il venait se mettre à la disposition de la comtesse pour placer Martial Caulot dans l’impossibilité de nuire.

Orphise lui dit :

— Pour croire maintenant à la sincérité de vos déclarations, je suis prête à vous entendre.

— Sur quoi, madame?

— Sur ce que vous avez fait avec ce. . . misérable. Parlez. Je sais déjà, et jugerai ainsi si vous êtes franc et si j’ai en vous un ami ou un ennemi.

En disant ces mots, Orphise lui désigna un siège et en prit un elle-même.

S’étant assis, Jean-Baptiste commença:

— Madame. . . ma tante. . . voici la chose. L’oncle d’Aumoy avait un jour fait un testament qui déclarait que, sachant ne devoir pas avoir d’héritier, il voulait que sa fortune retournât à sa vraie famille.. .j’entends dire par là, à ceux qui portent son nom ... Ce testament, mon père en avait une copie, et il savait l’endroit où il est.

— Le comte avait remis à votre père une copie de ce testament?

Jean -Baptiste fut un instant embarrassé; mais pensant que les moyens employés étaient inutiles à la cause, il n’en parla pas; il répondit:

— Oui, madame ma tante; ce brouillon fut remis à mon père, et, de plus, mon oncle dit à mon père que l'original se trouvait dans tel et tel endroit.

Le côté difficile du récitétait passé, et Jean-Baptiste s’étant essuyé la bouche continua :

— A la mort de mon pauvre père, je fus appelé près de lui. Il me dit ce que je viens de vous conter, et que lorsque votre fils atteindrait sa majorité j’aie à taire valoir mes droits. Il ajouta que la chose offrait line difficulté, c’est que nous n’avions en main que la copie du testament, lequel était dans un endroit qu’il m’indiquait dans la maison de notre oncle. . . Or, il fallait être prudent, le testament pouvant avoir été détruit, ou si la chose était sue, ou pouvait le détruire; il fallait, avant de rien commencer, se procurer ce testament, tout entier de la main du comte d’Aumoy.

— Que fîtes-vous? demanda vivement Orphisc.

— Je vous le dis, mon père m’indiqua un vieux juif, habitant près Sedan, sous le nom de Claude Mdrtial... Il me dit que si -je faisais l’affaire de moitié avec cet homme, j’étais certain de la réussite, il se chargerait de tout et en cas d’insuccès je ne courrais aucun risque.

La comtesse était devenue rouge, puis pâle, en entendant prononcer le nom de Martial; se domptant, froide, elle demanda :

— Votre père connaissait cet homme?

— Oui, madame. . . ma tante.

— 11 vous a dit ce qu’il était?

— Non, pas lui.

— Pas lui ! répéta la comtesse en fronçant les sourcils.

— Non, madame, mon père ne le consulta que comme homme d’affaires, j’ai su ailleurs que c’était un coquin ... et c’est pourquoi je viens vers vous. . . C’est bien plus encore, madame... ma tante, vous allez voir . . . écoutez-moi.

— Continuez, dit la comtesse.

— Mon pauvre père mort, je m’occupais de mettre en ordre toutes nos petites affaires de famille ; je me souvins de ce qu’il m’avait dit, et un jour j’allai chez cet homme... je lui offris l’affaire, il accepta aux conditions que je lui posais... il se chargeait de s’emparer du testament... Depuis cette époque, j’ai changé d’idée sur les conseils d’une jeune femme. . . veuve, que j’aime et à laquelle j’ai conté cela... J’ai voulu tout reprendre... je n’ai jamais pu voir mon homme et chaque fois il m’a fait répondre que l’heure de s’occuper de cela n’était pas venue, qu’il laissait l’affaire de côté etquele moment arrivé il me ferait venir... pour nous entendre définitivement. . . Je crus à cela, car nous n’avions rien risqué. . . Ce-

pendant, toujours sur les conseils de mon amie, je vous adressai de temps à autre une lettre anonyme qui vous invitait à veiller. . .

— Ah! c’est vous.,.

— Oui, madame. . . ma tante, et vous n’avez rien vu?...

— Rien !...

Orphise avait attentivement écouté Jean-Baptiste ; en l’observant, elle vit que le brave graçon ne mentait pas, il avait compris à temps la lâcheté, l’infamie dont il allait être le complice, et il revenait trèsfranchement pour essayer de réparer le mal probable. Plus calme en se sentant un allié aussi utile, elle dit aussitôt :

— Alors, cet homme n’a entre les mains qu’une copie du testament?

— Oui, madame, une copie de ma main. . .

La malheureuse femme respira. . . Une copie, ce n’était rien, moins que rien, elle demanda:

— Et vous savez que ce testament existe véritablement?

— Il existe. . .

— Et vous savez où il était placé. . .

— Oui, madame.

— C’est ici !

— En cette habitation, dans la chambre de mon oncle le comte ; derrière le panneau de tête du lit, il avait, dans la boiserie, fait faire une cachette, qui se trouve dans les sculptures dechêne occuper le milieu.

— Venez, venez, dit vivement Orphise.

Elle traversa les couloirs absolument déserts à cette heure, suivie par son neveu ; elle ouvrit les appartements de son mari; malgré lui, le paysan se découvrit en entrant. Elle entra dans la chambre devenue une chapelle et s’agenouilla aussitôt. . . Aumoy restait à la porte, la bouche ouverte, étonné de trouver un autel où il croyait voir un lit. . . et sous le coup d’une secrète terreur. . .

Ayant prié, la comtesse se releva et lui dit :

— Venez...

11 obéit... Ils trouvèrent tout de suite la cachette ; en partant hâtivement, les voleurs l’avaient mal fermée...

La comtesse fouilla... elle était vide. Jean-Baptièle chercha à son tour.

Orphise se releva découragée et Aumoy dit :

— Ah ! le coquin, il est venu 1...

— Je suis perdue, dit la comtesse.

— Pas encore, ma tante... ce n’est pas tout et, au reste, j'aime mieux le dire ici.

Et étendant son bras sur l’autel, il dit :

— Madame la comtesse, mon oncle Jean-Michel n’est pas mort d’accident, je le jure! il est mort assassiné par ce coquin-là... et j’en ai la preuve...

Orphise tressaillit et devint livide, et craignant que la phrase qu’elle entendait n'en voulût dire beaucoup plus que ce qu’elle exprimait, elle se tut. Les mots : « J’ai des preuves ! » résonnaient terribles et mena-

çants à son oreille. Elle pouvait se perdre par un mot imprudent; elle resta silencieuse et attendit.

Jean-Baptiste continua :

— Oui, madame, oui, j’en ai les preuves; celui qui a assassiné le comte, c’est celui qui tient aujourd’hui le testament.

— Venez, dilOrphise, désireuse de ne pas rester plus longtemps dans ce lieu etcraignantqu’un esprit invisible ne vînt ajouter un autre nom à l’accusation.

Aumoy la suivit; il entra avec elle dans le grand salon.

Plus calme, et de l’endroit où elle se retrouvait et de l’allure de son neveu, qui semblait la plaindre et non l’accuser, Orphise lui dit :

Causons sérieusement.

— Je vous écoule, madame.

— Ce testament, alors, a été volé par lui ; il est entre ses mains, et il peut faire savoir à tous ce qu’il contient?

— Oui, madame.

— Que croyez-vous qu’il faille faire, pour éviter la honte de cette. . . calomnie?

— Il faut lui faire immédiatement savoir que vous allez l’accuser de l’assassinat du comte.

— Que lui importe cette.accusation . . . il y a prescription.

— Comment, prescription?

Et Jean-Baptiste resta tout coi, les yeux fixes, la bouche ouverte.

— Oui, il y a plus de vingt ans. . . et il ne craint plus rien.... rien que le jugement de l’opinion publique, ce qui lui importe peu.

Le paysan réfléchit longuement, puis il répondit :

— Pardon, nous pouvons prouver une chose : c’est qu’il a assassiné pour voler... et alors, on peut ne pas le punir pour le meurtre, mais on l’empêchera de profiter du vol.

— On verra le testament.. .

— Il est faux, et la preuve, c’est que j’en ai un semblable.

— Que dites-vous?. . .

— Je dis que j’ai le brouillon du testament écrit par le comte. . . le brouillon, où le dernier paragraphe est biffé. . . Je puis bien dire, moi, que c’est lui qui a fait un faux en l’ajoutant. . .

— Non, ce n’est pas un moyen... c’est la vérité qu’il faut. . . Quelle preuve avez-vous du crime?

— Un témoin, une femme qui, alors enfant, a tout vu, tout entendu.

— Et cette femme?

— Cette femme est prête à tout pour vous, madame. . . elle sait bien des choses sur le misérable.

— Où est-elle?

— A l’heure où je suis ici, elle est chez les agents.

— Quels agents?

— Les agents de police.

— Que fait-elle là ? demanda Orphise, effrayée.

— Elle raconte ce qu’elle sait sur le misérable, et elle s'offre à le livrer au plus tôt à la justice.

— Elle raconte ce que vous m’avez dit?

— Non, madame ; elle ignore ce que contenait le testament. . . Ce qu’elle sait, c’est qu’il a assassiné votre mari, et elle m’a fait jurer de vous le dire pour que vous en obteniez vengeance.

— Il est trop lard ! dit la comtesse.

— Non madame. . . Oh ! vous n’êtes pas sa seule victime. . . il s’est marié, et sa femme est disparue... il a voulu tuer celle dont je vous parle, et celle-là, madame, n'a jamais osé dire qu’elle l’avait vu un matin, dans les bois de La Grandville. . .

— Le jour du crime?

— Oui, madame.

— Cette femmdy était?

— Elle y était.

— Et elle vous a conté ce qu’elle a vu ?

— Oui, madame.

— Ce qu’elle a entendu ?

— Oui, elle m’a tout dit. . . Oh ! c’est un fameux gueux, allez !

La comtesse, pâle, hésitait à faire une autre question ; enfin, se domptant, elle dit :

— Vous pourriez me retracer cette scène de la dernière heure?

— Si vous le voulez, et dans tous ses détails.

— Oh ! je vous en prie !... dites, dites 1

La comtesse s’accouda et cacha son visage dans ses mains pour écouler.

— Vous pensez bien, madame, que ces secrets-là

çà reste gravé dans la mémoire de ceux qui y étaient; or, la personne que je vous dis m’a tout conté; elle était enfant alors, elle avait treize ans, elle élait en service chez des bourgeois à Issancourt, elle allait un malin à Neufmanil... elle avait marché vite, l'enfant, elle était fatiguée et se reposait sous bois lorsqu’elle vit déboucher deux chasseurs Le bois où

elle se trouvait était réservé... craignant d’être grondée si on la voyait là, elle se cacha... alors elle vit, à dix pas, ce que je vais vous dire...

La comtesse, haletante, écoutait.

— Le premier qui marchait était M. le comte, il était de mauvaise humeur parce qu’il n’avait rien rencontré depuis le matin... il chassait sans chien. Celui qui le suivait était le garde Martial Caulot. Lison le regardait et vit qu’il examinait les cartouches de son fusil... le comte, fatigué, s’arrêta un moment et se plaignit à son garde de ce qu’il l’avait mal dirigé... Martial, ennuyé de ses reproches, lui répondit sèchement et en haussant les épaules : « Je n’en suis pas cause. » Vous savez quelle nature fière avait l’oncle ; en voyant les façons de son domestique il dit, du ton hautain que vous savez : a Sais-tu, Caulot, que je n’aime pas tes réponses, que j’aime encore moins les gestes qui les accompagnent ; tu deviens trop libre chez nous, mon garçon, et dans l’intérêt

de tous il est utile, je crois, que tu nous quittes... » Vous voyez d’ici l’allure noble de l’oncle Michel... Mais le coquin fut insolent, il répondit dédaigneusement.

La comtesse écoutait, attentive.

Jean-Baptiste continua :

— Il haussa encore les épaules et dit : « Parce que vous me payez pour faire mon service, est-ce que, mon travail fini, je dois subir encore votre mauvaise humeur... » Le comte se retourna tout d’un coup et, fixant son garde, il lui dit : « Tu dois subir ce qu’il me plaît... au reste, je veux te parler une bonne fois... M me la comtesse est trop bonne pour toi ; elle se souvient trop qu’elle t’a connu enfant... et cela me déplaît... je trouve que maintenant tu es de trop chez nous, je ferai pour toi le nécessaire, mais tu partiras de la maison... M’as-tu compris? » demanda le comte; alors Martial releva la tête et lui répondit : « J’ai compris que vous venez de décider votre mort, monsieur Michel... On ne me chasse pas comme un laquais, moi, et je ne quitte les gens que lorsqu’ils sont morts. » Et, en disant ces mots, le misérable mit le comte en joue... et...

Orphise suivait, sur le visage de Jean-Baptiste, les impressions de son récit, et, pour employer une figure familière mais juste, elle buvait ses paroles. Le

vovant hésiter, elle lui dit :

— Achevez, achevez...

— C’est que... c’est embarrassant.

— Embarrassant... Et, en répétant ce mot, elle sentit le froid se glisser dans ses veines... Martial avail parlé ! Courageusement elle se dressa, s'imposa d’être forte et dit :

— Dites. Pour me défendre, il faut que je connaisse les calomnies.

— Au reste, madame ma tante, je ne vous connaissais pas, je vous connais, maintenant, et je connais le gueux... ce qu’il a dit a peu de valeur... je continue : U mit le comte en joue ; l’oncle, plus rapide, saisit son fusil et l’arma pendant que le bandit disait : « Michel, si je suis venu chez toi, c’est que ta femme m’y a fait venir. » Et il rit au nez du comte... « Misérable! cria celui-ci en l’ajustant, meurs donc, chien enragé, de la main de celui qui t’a nourri. » Il tira ! mais le coquia resta debout et éclata de rire en lui disant : « Grand niais, tu croyais donc que j’avais laissé du plomb dans tes cartouches? » Le comte, alors furieux, perdu, saisit son fusil par le canon et se précipita sur le garde pour lui casser la tête d’un coup de crosse... Martial fit feu de ses deux coups et votre malheureux époux tomba foudroyé.

La comtesse, l’œil fixe, avait tout écouté; quand Jean-Baptiste eut achevé son récit, elle pensa :

— Il n’a pas dit un mot, lui !...

Voyant qu’elle ne parlait pas, qu’elle restait immobile, perdue dans ses pensées, Jean- Baptiste continua :

— La petite le vit alors s'assurer qu”il était bien mort; mais, effrayée de ce qui venait de se passer sous ses yeux, elle se sauva en rampant; quand elle sortit du bois le garde était sur la route, il n’y avait pas à hésiter ; se sauver, c’était risquer un coup de fusil... marcher calme c’était le salut, elle marcha donc et, comme les gens qui ont peur, elle se mit à chanter.... Il l’accosta, lui demanda d’où elle venait, et, la voyant calme, il la laissa passer...

La comtesse pensait toujours. Jean-Baptiste la regarda une minute, puis lui dit :

— Maintenant, madame ma tante, vous savez la vérité... Que voulez-vous faire?

— Ce que je veux faire !... lit-elle comme sortant d’un rêve.

— Oui. . . Il faut se décider vile. . .

Orphise releva la tête, et se faisant forte pour le mensonge, elle dit :

— De la calomnie, il reste toujours quelque chose; cependant je dois, pour mon fils, braver la calomnie.

— Oh! madame, je vous connais, maintenant, et dans le pays tout le monde est comme moi... Après nos déclarations, personne ne croira cet homme.

— Que me conseillez-vous donc?

— 11 est déjà accusé ailleurs. . . Dénoncez-le ici, il sera arrêté demain, et il ne tardera pas à être condamné.

— Je ne voudrais m’adresser à la justice qu’à la dernière extrémité.

— Que voulez-vous faire alors?

— Vous êtes bien mou ami, dites-vous?

— Ohl madame, c’est lorsque j’aurai racheté le mal que je vous ai fait, que je serai récompensé par celle que j’aime. ..

— Vous ferez ce que je vous demanderai pour atteindre ce but. . .

— Je vous le jure l Parlez !

— Voici ce que vous allez faire. . . Sous deux jours vous verrez ce misérable. . .

— Moi ! fit Jean-Baptiste avec une grimace.

— Il ne faut que vous et moi dans cette affaire. . .

— Vous avez raison 1 . . .

— Vous lui direz que vous savez qu’il est venu me trouver. . .

— Il est venu !...

— Oui!... Et que s’il ne rend pas le testament volé, au risque du scandale, je le dénonce comme assassin.

Vous lui conterez ce que vous m’avez conté, et vous lui direz que vous avez un témoin de son crime.

— Vous me disiez qu’il y avait prescription...

— C’est vrai ! mais son but à lui est tout entier dans les accusations portées contre moi, et ce que cette jeune fille a entendu détruit tout... A l’heure suprême, pas une accusation contre moi n’est sortie des lèvres de mon mari...

— C’est vrai!... Eh bien, vous avez raison... c’est è une bonne idée, çà... J’irai... et avec un gas de chez

moi, pour plus de sûreté... et nous verrons bien. . .

Traqué là-bas, ici... et autre part... nous verrons bien s’il en réchappe... Madame ma tante, je me relire.

— Et quand saurai-je ce que vous avez fait?

— Après demain je vous reverrai... et ce sera pour vous demander mon pardon.

— Vous l’avez déjà...

— Au revoir, madame ma tante

Et le gars sortit.

Quand la porte se fut refermée, Orphisc se laissa eboir dans un fauteuil. Immobile, l’œil fixe, de grosses larmes coulèrent sur ses joues, et un rire amer crispa sa bouche, puis elle dit à mi-voix :

— La femme de bien!... quel châtiment !

Page 1