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CHAPITRE V

Entre le loup et le renard.

Jean -Baptiste Aumoy, plus léger de cœur par sa confession, partit aussitôt pour retrouver Fraîchotle, il arriva le soir. Celle-ci l’attendait, elle lui raconta que toutes ses déclarations avaient été très-attentivement écoulées par M. Jeandry, qui lui avait rccomê mandé le plus grand secret, d’autant plus qu’on voulait s’emparer du misérable, et éviter un procès scandaleux* gênant pour eux puisqu’il montrerait

les vices (l’une administration qui permettait dix années d’impunité aux crimes les plus flagrants. Le chef Jeandry avait donc recommandé le retour irnmédiaf au foyer, le secret absolu, et de se tenir prêt ail moment où on aurait besoin d’elle ou de Jean- Baptiste. Le soir même ils partirent, dans la nuit ils arrivaient à Autry, et le lendemain matin, Aumoy seul partait pour Sedan.

Arrivé vers midi, il se rendit à Balan et frappa à la porte du père Martial. La vieille Bavet vint ouvrir, en reconnaissant le gars, elle dit aussitôt :

— Notre monsieur n’est point là, il est en voyage.

— Vous me dites toujours la même chose.

— Faut-il pas que je vous dise des choses qui ne sont pas.

— C’est ce que vous faites, puisque des gens du pays m’ont dit qu’on l’avait vu ce matin.

— Il est reparti... et voilà tout...

La vieille allait fermer la porte, mais Jean-Baptiste avait prudemment passé sa jambe et l’en empêcha...

— Ah çà, vous allez m’empêcher de fermer, vous.

— Absolument, fit Jean-Baptiste qui, l’écartant, entra dans la cour et ferma la porte derrière lui.

La vieille Bavet s’écria furieuse :

— Voulez-vous sortir, ou j’appelle au secours.

— Faites-le donc ! Je verrai le père Martial.

— Je cric au voleur, si vous ne sortez pas...

Aumoy restait calme devant la vieille qui criait si

fort qu’une fenêtre s’ouvrit... Martial parut.

— Qu’est-ce donc que ces cris? demanda-t-il.

— C’est le mauvais garnement que vous savez, qui m’a frappée pour entrer...

Martial, voyant Jean-Baptiste, lui dit :

— Ah ! c’est vous; je ne puis vous recevoir aujourd bui... je n’ai rien de nouveau... revenez dans huit jours...

— Pardon, monsieur... aujourd’hui, je ne viens pas pour moi, je viens de la part de M me la comtesse...

— M me d’Aumoy! fit vivement Martial; montez. Et il ferma la fenêtre et vint ouvrir la porte pendant que la vieille Bavet, furieuse, dirigeait le paysan en grognant :

— Il est fou, maintenant, notre maître ; il dit oui, il dit non ! et au premier mensonge qu’on lui dit il croit!... Allons... montez-là! vousl...

Martial, dans le premier costume qu’il portait lorsque nous l’avons retrouvé à Balao, c’est-à-dire le père Martial, ouvrit à Jean-Baptiste, le fit asseoir et se plaça devant son bureau, à contre-jour suivant son habitude. Malgré sa force sur lui-même il ne pouvait se dompter entièrement; on sentait à ses gestes fébriles l’impatience curieuse qui le dévorait, il dit très-vite :

— Votre affaire était en marche, et probablement la comtesse vous a fait appeler.

Le paysan se tenait sur ses gardes; il avait besoin, lui aussi, de certains renseignements.

— Justement, fit-il ; vous avez été la voir?...

— Oui!

— Elle espère que vous n’avez pas le testament entre les mains.

Martial se dirigea vers sa chambre sans dire un mot et tira la porte sur lui.

Le paysan se leva aussitôt et regarda par le trou de la serrure. Il vit Martial pousser un meuble de toilette, lever deux carreaux et tirer une petite caisse de fer qu’il ouvrit et dans laquelle il prit un portefeuille.

Le paysan n’eut que le temps de reprendre sa place.

Martial entra; il ouvrit le portefeuille, en lira un papier timbré et le montra à Jean-Baptiste en disant :

— Le voici . . . Vous voyez que je me suis occupé de l’affaire...

— Oui, je vois...

— Eh bien ! que vous a-t-elle dit?

— Elle veut entrer en arrangement.. .Elledemande le secret le plus absolu, et combien vous voulez de ce papier...

— Mais nos conditions sont toujours les mêmes, n’est-ce pas?

— Comment cela?

— Nous partageons.

— Oui, eh bien?

— Eh bien ! je veux tout, et je vous donnerai la part convenue.

Ceci n’cst pas un arrangement.

Quel est celui que vous croiriez acceptable?

-- Je voudrais quevousfixassiez le prix auquel vous abandonneriez cette affaire et me rendriez ce testament.

— Vous voulez une réponse absolue?

— Absolue.

— A aucun prix... dit lentement Martial.

— Que dites-vous là?

Je dis mon dernier mot sur cette affaire... Mon prix, c’est M me la comtesse d’Aumoy qui le saura. . . seule, lorsqu’elle me fera demander...

Jean-Baptiste se mordit les lèvres, mais ayant conscience de l’appui qu’il avait contre le coquin, il résolut d’agir comme lui, c’est-à-dire de parler franchement; il dit donc :

— Ce testament sera lettre morte alors, dès que je serai sorti d’ici...

— Que ferez-vous?

— Je ferai une renonciation au bénéfice de ma tante...

Martial éclata de rire, Aumoy devint rouge jusqu’aux oreilles.

— Vous êtes jeune, monsieur Jean -Baptiste, vous oubliez que j’ai un traité signé par vous et que j’ai le droit de réclamer des indemnités...

— Mais je vous les offre.

— Non pas, je veux qu’un tribunal statue. . .

— Vous voulez le scandale.

— Vous l’avez dit; tout, ou le scandale.

Jean-Baptiste était de son pays, la colère lui montait au cerveau; il avait été calme jusque-là, mais en lisant bien au fond de l’âme de boue du coquin, il avait peine à se contenir, il se dressa et la voix haute il dit :

— Voici la vérité, monsieur Martial Caulot...

Martial, en entendant ce nom, se leva à son tour,

et serrant vivement le testament, il se tint sur ses gardes.

— Oh! je vous connais, continua Aumoy, se plaçant devant lui les mains dans ses poches. J’ai vu ma tante et je lui ai demandé pardon du mal que je voulais lui faire et je lui ai dit qu’à tout prix je rachèterai ma faute. Monsieur Martial Caulot, vous refusez de me rendre le testament... que vous avez volé?

Les dents serrées, l’œil plein d’éclairs, Martial dit :

— Je refuse !

— • Eh bien! en sortant d’ici, je vais faire ma renonciation; puis je vais chez le procureur et je lui déclare que mon oncle, Jean-Michel d’ Aumoy, a été assassiné par son garde, Martial Caulot, pour lui voler un brouillon de testament.

Martial était devenu livide; il allait s’élancer sur le paysan pour éteindre dans sa gorge, en l’étranglant, la terrible accusation.

Mais Jean-Baptiste avait froidement tiré de sa poche un revolver, et il en faisait sortir la tige d’arrêt.

Martial recula en disant :

— Vous mentez! vous n’avez pas de preuves... Celle qui m’accuserait se perdrait elle-même... elle s’est perdue en vous le disant.

Jean-Baptiste haussa les épaules.

— Vous croyez que c’est ma tante qui m’a conté çà, et vous dites qu’elle se perdrait, la sainte femme. Allons donc ! elle est au-dessus de vos calomnies !... Celle qui me l’a dit, vous l’avez déjà voulu tuer, et cependant vous n’aviez pas reconnu en elle l’enfant qui chantait sur la route de Neufmanil, en sortant des bois de La Grandville, où ellevenait de vous voir assassiner votre maître, le comte Michel.

Martial était attéré de ce qu'il venait d’entendre.

Jean-Baptiste continua froidement :

— Vous voyez queje vous connais bien, et que j’avais pris mes précautions, je n’ai pas l'intention de vous tuer... mais e suis résolu à me défendre.

— Enfin, que voulez -vous?

— Je veux d’abord que vous m’écoutiez... Je sais que vous avez connu une malheureuse fille qui se nommait Fraîcholte, je sais qu’un jour vous l’avez voulu tuer en la jetant d’un toit ; je sais que quelques mois avant cela vous vous êtes débarrassé de votre femme, c’est-à-dire que vous avez prétendu qu’elle était morte à Nice, aussitôt vous avez vendu les biens et vous êtes venu vous installer ici sous le costume que vous portez... Votre femme n’a jamais été à Nice et jamais depuis on ne l’a revu ... Je sais dans tousses détails l’assassinat commis par vous sur mon

oncle d’Aumoy. . . et je sais que vous êtes à la tête d’une bande soi-disant de contrebandiers, mais véritablement de brigands,..

En entendant l’Ardennais, le coquin grinçait des dents et ses ongles s’enfonçaient dans la paume de ses mains.

— Mais que voulez-vous?

— Je veux que vous me rendiez le testament, je veux vous l’acheter plutôt.

— Et si je vous le rends, vous vous tairez...

— Je n’ai pas dit cela... fit Jean-Baptiste jouant toujours avec son arme.

— Hein !

— Je vous achète pour remplir ma parole... parce que ma parole c’est quelque chose, je vous dois. . . mais du moment où vous serez payé, nous sommes dégagés... et je ne vous le cache pas — je suis loyal — je n’hésiterai pas à vous dénoncer pour mettre à l’abri ma tante d’Aumoy et Fraîchotte que je protège.

— Ah! vous me dénoncerez...

— Demain !

Martial pensa quelques minutes. Si Jean-Baptiste n’avait pas été armé, il n’aurait pas hésité : il en savait trop pour vivre, il l’aurait étranglé. . . de tout côté il était perdu. Si Aumoy faisant un esclandre il était immédiatement arrêté , la comtesse risquait d’être perdue, mais il l’était égalemcnl,et Martial tenait avant tout à sa peau. Rien ne l’assurait qu’en re-

fusant de rendre le testament le paysan ne se servirait pas de son arme. Il eut un méchant sourire que Jean-Baptiste ne vit pas, et relevant la tête, il dit :

— Je veux bien céder... mais voici mes conditions.

— Dites !

— Avant demain vous ne vous occuperez pas de moi. . .

— C’est entendu !...

Jean-Baptiste ne risquait rien, la chose était faite.

— Et vous me donnerez trente mille francs?...

— C’est trop, je ne le puis... j’ai sur moi juste la moitié de cette somme... et donnant donnant...

— Si vous n’avez que cela, je suis forcé d’accepter... donnez !

Jean-Baptiste compta les quinze billets qu’il tira de son vieux portefeuille. Martial les compta à son tour et donna le testament... Jean-Baptiste regarda la date, la signature... et, l’ayant soigneusement mis dans sa poche, il dit :

— Vous avez été bien inspiré, monsieur Martial... J’étais décidé à vous brûler la cervelle si vous me l’aviez refusé...

Martial sentit un froid lui parcourir le sang... Jean-Baptiste lui dit en se retirant :

— Maintenant, un dernier mot, je suis loyal, moi. Loup, je vous ai arraché les dents ; garde à vous, les chiens sont lancés...

Martial releva vivement la tête, Jean-Baptiste était déjà dehors.

— Que veut-il dire, fit-il inquiet les chiens

ne me trouveront pas! et tu verras bientôt que je peux mordre...

Il réfléchit quelques minutes et dit à mi-voix :

— Sa menace me dit clairement qu’il n’est pas prudent de sortir... le niais croit qu’il a le vrai testament! les sots, ils pensent qu'on me blesse et que je ne me venge pas!... Je pars de cetle maison; si je suis poursuivi ou pris, une perquisition sera faite par la police... ce papier devient une pièce de conviclion et va à son adresse en les frappant... sinon je reviens... et revenant, c’est moi qui retrouve le papier. C’est cela...

Et, sortant de sa poche un petit portefeuille, il y prit le testament.

— Le voilà, le papier que vous vouliez avoir... Vous l’aurez, mes bons. Et en disant ces mots il plia le vrai testament, le mit sous une large enveloppe sur laquelle il écrivit :

« Papier de famille.

» Pour remettre au plus tôt à M. le capitaine de Braux,

à Nouzon. »

Et il alla placer cetle lettre dans la cachette de la chambre que nous connaissons, pensant :

— Comme il ne restera rien ici, ils ne manqueront pas de fouiller le parquet; s’ils ne trouvent pas le papier, j’ai la ressource de le prendre tôt ou tard ;

mais, forcément, le jour où on le trouvera, je serai vengé !

Il remettait le carreau, lorsqu’il entendit frappera la porte secrète du magasin; il se leva aussitôt et alla ouvrir en disant :

— Enfin, le voilà !

Marcassin entra.

— Salut, patron ! dit-il. A.-t-on de l’ouvrage pour ce soir?

— Oui, et un travail très-pressé... Va vite chercher les hommes.

— Tous?

— Oui... et que tout le monde soit ici dans une heure.

— Ici ?... Il y a donc du neuf?

— Va vite, tu le sauras.

— J’y cours... Une bonne affaire, patron?

— Mais oui... cours... une grande affaire et un grand danger...

Marcassin répondit, joyeux :

— Ah !... à la bonne heure au moins, on va s’amuser !

Et il sortit aussitôt pour aller chercher ses compagnons.

Nos lecteurs ont appris, par Jean-Bapliste, que Fraîchotte avait été faire sa déclaration ou plutôt sa déposition à l’agent Jeandry. Les renseignements de la Lison étaient précis, ils corroboraient ce qu’avait dit Misère. Il ne s’agissait donc que de s'em-

parer au plus tôt du misérable; l’agent en cherchait les moyens lorsqu’une personne vînt frapper à son cabinet, il fit ouvrir par Misère, et une femme de quarante à quarante-deux ans entra. . . La mise de la nouvelle venue dénotait la plus profonde misère. . .

— Que voulez-vous, madame? demanda l’ancien associé de Martial.

La femme releva la tête et, voyant Misère, elle jeta un cri et se recula stupéfaite en disant :

— Vous ici ! vous !

Il sembla à Misère qu’il connaissait cette voix, il prit la femme par la main et l’emmena devant la fenêtre.

— Mais, sangdiou ! je ne me trompe pas... C’est Mm» Vandelowen !...

— Vous ici ! exclama encore la malheureuse toute tremblante... Vous, son complice !

Misère n’était pas embarrassé; son chef savait le rôle qu’il avait joué; il était seulement surpris.

— Madame, fit-il sans que son mensonge amenât la moindre rougeur sur son front, je croyais, en servant celui que vous savez, faire votre bonheur à tous les deux...

— Monsieur, je sais qui il était, qui vous êtes... et c’est ce que je viens déclarer ici . . .

— Voyez comme çà se trouve, ma pauvre dame, vous me prenez pour un méchant homme ; vous l’avez dit : pour son complice... J’ai été sa dupe... et la preuve, c’est que c’est moi qui l’ai dénoncé.

La veuve Vandelowen, la femme de Martial, regarda le ehef ; voyant que celui-ci acquiesçait de la tête, elle se rassura.

— S’il est quelqu’un qne je m’attendais à voir ici, assurément ce n’est pas vous.

— Vous me croyiez morte?...

— Je ne vous l’aurais pas dit... mais Je coquin l'avait assuré; vous étiez morte, disait-il, à Menton, près de Nice... et, à la suite de votre décès, il a vendu tout et est revenu s’établir en France...

— Mais, qui est madame? demanda M. Jeandry.

— Vous l’entendez. . . madame est la femme légi tirne de ce Martial. . .

— Ah! mon Dieu !... cl vous venez, madame?. . . interrogea le chef de la sûreté.

— Je viens vous demander vengeance et protection.

— Vous pouvez compter sur nous. . . mais ditesnous ce qui s’est passé.

On donna un siège à la malheureuse femme, qui raconta aussitôt son étrange histoire.

Quatre ans après son mariage, quatre ans seulement après, elle sut avec quel homme elle était liée. . . Des papiers trouvés dans la chambre de son mari lui avaient appris qu’il avait été au bagne pour vol, et qu’il l’avait épousée sous un faux nom. . . A la suite d’une explication qui dégénéra en dispute, elle dit qu’elle allait faire casser son mariage. Martial l’avait alors frappé à ce point qu’elle était res-

tée quelques heures sans connaissance... Quand elle revint à elle... elle n’avait plus sa raison... La malheureuse femme supposait que cette aliénation mentale était le fait du misérable, qui lui avait, pendant sa syncope, fait prendre un breuvage terrible ... A la suite de constatation des médecins, il fut décidé que M“ e Martial serait enfermée dans une maison de santé du côté de Menton ... Le lendemain son mari l’emmenait. . . il ne revenait de ce voyage qu’au bout de trois mois, ayant envoyé dix jours avant la nouvelle de la mort de la malheureuse. . . Elle resta six ans dans une maison de fous, la raison lui revint cependant après cinq années de traitement. Elle sut alors qu’elle avait été inscrite dans la maison sous un nom qui n’était pas le sien et passait pour uue parente de M. Martial, rentier à Balan. . . Elle se tut, craignant qu’une indiscrétion n’amenât de nouvelles rigueurs. On écrivit à Martial de venir la chercher. Au bout d’un an, personne ne se présentant, on allait, après un dernier avis, la rendre à la liberté; c’est alors que le misérable vint. Au lieu d’être, ainsi qu’il l’avait dit, dans le Midi, elle était dans une maison des Ardennes. Elle refusait de partir avec lui, mais on n’écoute pas les malades. Le soir, il l’emmena, elle tremblait près de lui, et non sans raison. . . Sur la route d’Autry à Grandpré, vers huit heures du soir,après avoir regardé si la route était déserte, il se précipita sur elle, elle voulut se sauver, mais il la rejoignit dans un champ et la

frappa de son bâton ; elle tomba, et il la laissa pour morte... recueillie par des paysans d’Autry, mais craignant que Martial ne revint le lendemain, malgré ses blessures, elle se sauva le matin et entra à l’hospice de Vouziers, d’où elle sortait le matin de ce jour.

On juge de l’effet que produisitsur le chef de la sûreté cette affreuse histoire. Il s’était levé, et il dit à la malheureuse :

— Alors, vous êtes sans ressources ?

— Absolument, fit-elle en rougissant.

— Je vais vous donner quelque argent. . . mais ■comme il faut que tout ceci reste secret, afin de ne point donner l’éveil au misérable que nous voulons prendre, vous vous rendrez à Sedan, dans un hôtel que je vais vous indiquer, celte nuit, et vous vous tiendrez à notre disposition... Surtout, ne sortez pas. . . ne craignez rien, mes gens auront des ordres ce soir, ils veilleront pour vous protéger. . . et, dans quelques jours, vous aurez retrouvé votre position et vous serez vengée.

M. Jeandry reconduisit la pauvre femme, après lui avoir donné une centaine de francs.

Misère restait dans le coin de la fenêtre, comprenant que sa vue n’était guère agréable à M me Martial, et par cela même très-embarrassé de sa contenance devant elle.

Quand M. Jeandry revint, il dit à Misère :

— Voyez votre œuvre. . . et ne vous sentez- vous pas bien coupable ?

Le vieux forçat ne répondit pas.

Le chef reprit :

— Je vois qu'il faut en finir avec cette affaire. Cet homme est redoutable, et si nous ne nous pressons, il peut nous échapper, lui et les siens, pour recommencer ailleurs.

— C’est mon avis, monsieur Jeandry, il faut en finir vite.

— Nous partons ce soir, et demain matin nous commençons... Je vais écrire quelques ordres... faites préparer les bagages. . . nous partons pour Sedan.

Pendant que M. Jeandry écrivit, Misère s’occupa du départ.

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