‹ Les Drames du villageChapitre 13 sur 60 · I.e Mulot eut un rire d’ironie · texte numérisé non relu

I.e Mulot eut un rire d’ironie

— Oui. (lit-il, j(( ue suis qu'un paysan et vous étê( une demoiselle ; mais il y a huit jours vous m’auriez épousé tout de même, tandis qu'à présent vous regardez plus liant.

Mignonne ne comprit i>a.s.

— C'est le be.au monsieur du cliàleau qu'il vous faut ! dit encore le .Mulot .avec un accent de haine sauvage... Je vous .ai rencontrés tout à l'heure vous promenant bras dessus br.as dessous comme des amoureux...

— Mi.sérablc! s’écria mademoiselle Paumelle.

Et l’indignation qu’elle éprouva fut si forte qu’elle domina son épouvante :

— Misérable! réi)éla-t-olle, sortez, sortez sur-lechamp!

Il eut un rire féroce :

— Oli! dit-il, je ne suis pas un domestique qu'on met à la porfia, et, si je in’en vais, c’est que i;<a me conviendra; mais auparavant faut que je aous embrasse'... (;a vaut bien ça.

Et, de nouveau, il fit un pas vers elle.

Mignonne jeta Uii nouveau cri, un cri do suprèm.: angoisse.

— .Mon Dieu! mon Dieu! venez à mon aide! mon Dieu, secourez moi !

Et Dieu entendit sans doute sa prière, car au moment oCi le misérable jetait scs bras à son ou, au raonjent oit, de ses lèvres hideuses et souillées, il allait effictirer le front de l'ange, un bruit se fit (]ui l'épouvanta et le fit reculer.

Ce bruit, c’était celui d’une clef qui tournait dans l.i serrure de la porte d’entrée.

C’était !a veuve qui rentrait.

Mignonne était siuvéc.

— Marianne î app da la jeune fille.

La veuve entra dans la classe et demeuM stupéfaite à la vue du Mulot.

Le Mulul avait encore la sueur au front, le visage crispé, l’é:ume à la bouche, mais il avait reculé à distance respectueuse de la jeune fille.

■Mignonne, par un effort surhumain, était redevenu.' luaitre.^se d’clle-méme.

— M.irKmiic, dit-ell,'. comme vous rentrez tard ! .N’éteignez (vis votre lanlorue cl prélez-la à monsieur... la nuit est noire... il en aura peul-i'lre besoin (mur rentrer cliez lui.

M.sis le Mulot s’élança vers la porte restée ouverte en disant :

— C'est IMS la peine! merci bien!

Pois, quand il eut franclii le seuil extérieur de l.i m lison d’école, il leco.i.piit son audace et cria :

Digluzed by ■vioogle

MADK.M01SE!.Ln MIGNONNE

NiinODDe ainsil les oiaeafll, le Mulot lui eu dtnlebiit. (Page lu.}

— Bien le bonsoir!... vous aurez biemàt de mes nouvelles, et le beau monsieur du chiUrau aussi.

Marianne, ébaliie, regardait la jeune Allé.

Mignonne écoutait le bruit des pas du Mulot, qui s'éloignait.

— Obi dit-elle alors, fermez la porte, fenncz-la bien!

Et elle tomba évanouie dans les bras de la veuve, qui ne comprenait rien b tout ce qu'elle venait de voir.

Cependant le Mulot s'éloignait du pas d'un homme ivre.

U avait des bourdonnements dans la téie, du sang dans les yeux, et il était en proie à une telle surexcitation, qu'à vingt pas de la mai,on d'école, il s'assit sur une borne, comme si ses jambes eussent refusé de le porter plus longtemps.

fl* ItVRAISOX.

Puis il mit sa tête dans ses deux mains, et des larmes de rage jaillirent au travers de ses doigts.

— Je n'ai pas de chance aujourd'hui! murmura-t-il.

Il demeura là peut-être un quart d'heure, ruminant dans sa tète des projets de vengeance et se heurtant à une impossibilité matérielle.

Se venger de M. Anatole de Hisseny e&t été facile le matin; cela devenait maintenant à peu près impraticable, puisque la Martine refusait les six mille francs dont il avait besoin pour payer la créance des Jaubert.

Enfin, il était évident que mademoiselle Paumelle porterait plainte contre lui, que toute cette affaire parviendrait un jour ou l'autre aux oreilles de la Martine.

Alors encore, qui sait si la Martine furieuse voudrait de la transaction qu'elle avait proposée?

Le Mulot, hors de lui, croyait toujours entendre ré-

sonner A son oreille ce rire moqueur de la jeune fille dcoutant sa déclaralion d'amour.

Il n'aimail plus Mignonne en ce inomenl, il la liatssait! il eût voulu pouvoir la fouler aux pieds.

Des rires et des delais de voix parvinrent jusqu’à lui.

Il leva la tête et reconnut que ces voix bruyantes et ces celais de rire venaient du café de l'IInivers, tout à riieure désert et triste.

M. Jouval était sans doute arrivé, et la bande de ses tourtisans l'entourait.

Dans l'é at de déconvenue d’esprit et de rage folle où se trouvait le .Mulot, il avait besoin de bruit pour s’étourdir.

Il SC leva, courut au café de l’ünivers et y entra.

M. Jouval était arrivé, en effet, par la voiture de dix heures, et sa cour habituelle l’entourait.

— Ah ! dit le marchand de biens eq voyant entrer le Mulot, voici notre nouveau voisin.

Le .Mulot vint s’asreoir à sa table.

Il avait un air si farouche que M. Jouval s'en aperçut.

— 0u’est-C2 que vous avez donc, jeune lioimne I lui dema.-ida-t-il.

— J’ai mal aux dents, répondit le Mulot k tout hasard.

— C’est un mauvais mal, dit le père lioutteville.

— Je sais un remède, moi, dit M. Jouval.

— Ah! fit le .Mulot d’un air distrait.

M. Jouval se mil à rire et continua r

— Je suis médecin à mes heures, tel que vous me voyez, et si ce j:une homme veut, je vais lui donner une consultation.

— Je veux bien, murmura le Mulot.

— Mais, dit M. Jouval, à une condition.

On le regarda avec un certain étonnement-

— C’est que ma consultation sera waréte.

'Et il prit le Mulot par le bras et l’emmena à l’autre bout du café.

Le .Mulot, qui pensait à toute autre chose, se laissa faire.

Quant aux autres habitués du café de l’Univers, ils se mirent è rire. M. Jouval, quand il ne proletlitU pas contre quelque chose .nu quelqu’un, était un liomme d’humeur assez joviale, et il avait même la réputation d'un gros farceur.

On pensa qu’il allait faire au Mulot quelqu’une de ces délicieuses plaisanlertes d’estaminet qui posent à tout jamais un homme comme éminemment spirituel.

On le suivit donc des yeux, lui et la prclenduo victime, mais ou se tint à distance,

M. Jouval ne riait p.ss, pourtant.

Sur son ordre on lui apporti un second verre de vin chaud et on versa du rlium à M. Maurel.

Alors M. Jouval dit tout bas ;

— Mon jeune ami, vous savez que le mal de dents 0 un autre nom.

— Ah ! fil le .Mulot avec indifférence.

— Cela s’api*IIa eacora Iq mal d'amour.

Le Mulot tressaillit des pieds à la tèto, et une li'gèrc rougeur colora ses joues.

— Là, dit M. Jouval, je vous y prends ; vous n’avez pas le mal da dents proprement dit, mais le lunl d'amour.

— Peut-être bien, murmura le Mulot.

— Si vous voulez être franc avec moi, poursuivit la marcliand da biens, vous aurez raison, car je suis iiomme de bon conseil.

Le Miilut regarda cet homme et un instinct secret lui dit qu’il avait peut-être en lui un auxiliaire.

— Alon jeune ami, continua M. Jouval, j’habite la Grande-Rue, juste en face de la maison d’école des filles.

Le àlulot, de rouge qu’il était, devint pàlc.

— Le soir, contimiq M. Jouval, je fume souvent lua pipe à la fenêtre et saiis lumière, ce qui fait que je vois tout ce qui se passe dans la rue et que personne ne songe à moi,

Le àiulüt cliangea de couleur une seconde fois.

— Vous vous promenez bien souvent depuis qunlro ou cinq jours sous les fenêtres de la maison d’école, mon jeune ami.

— Ah I vous croyez... balbutia le Mulot.

— Et j’en conclus que vous êtes amoureux.

M. Jouval avait uq soutire ;i bénin, une figure si paternelle en parlant ainsi , que le Mulot fut décidé à s’ouvriçà lui. Seqlemeni.damème qu’il avait fait un premier qiensonge à madamoiseila Paumelle, il crut, pour le bien de sa cause, deyoir ou faire un second à M. Jouval,

— Je ne m'en dé.Iis pas, dit-il franchement.

— Alt I vous voyez bien.

— Et si vous ne deviez pas vous moquer de moi...

— Mais pourquoi donc !

— Je vous dirais franchement la çho.se.

— Eh bien, parlez, mon garçon, dit M. Jouval, cl croyez bien que si je peux vous rendre service...

Ces mots achevèrent d’encourager le Mulot. D’ailleurs il était si ahuri, qu’II sc fàt au besoin confié au premier venu.

— Voici la chose, dit-il : Vous savez que la maîtresse d’école est la nièce de M. Richard, le quasimari de ma sœur.

Quasi était un joli mot. M. Jouval pensa qu’il était poli de rire un peu.

Le Mulot reprit.

— Quand ma sœur n'éüiit que domestique, j’allais déjà à ta Renardière, cette demoiselle était toute jeune, et elle jouait avec moi comme une camarade. Ça fait que peu à peu j’eiisuis tombé amoureux... i^ulemeiit, à cette époque-là, je ne me rendais pas bian compte... Et puis elle était une demoiselle, et je n’avais pas de souliers...

Mais voilà que le commandant vient à mourir, qu-e ma soeur hérite de tout... que la demoiselle n'a plus le son... moi, qui i’aiinais toujours, je me révolte... car c’est une canaille, ma sœur, voyez-vous? d’avoir amsi ontortillé co vieux bonhomme !

AiADEMOISELLB MIGNONNfe

M Jouval no répondit pas, mais il eut un moment d'inquiétude.

— .\prés? dit-il enfin.

— Alors moi, dit le Mulot, j’ai pen«é que si je piauvais réparer le tort qu'on a fait à la demokelle...

— Cette pensée est celle d’un honnête homme, dit sentencieusement .M. Jouval.

Ce fut au tour du Mulot h éprouver une légère inquiétude, et il regarda M. Jouval dans le blanc des yeux, comme .M. Jouval l’avait regardé.

Ces d:ux coquins n’avaient plus qu’une crainte : se trouver réciproquement honnêtes !...

Heureusement .M. Jouval rendit d’un mot la situa., tion plus nette.

XWIII

— Mon ami, dit M. Jouval, l’honnêteté est une belle chose, mais, comme en tout, il n’en faut que modérément.

Le .Mulot respira.

— Voyez-vous, continua le utarchand de biens, nous vivons dans un temps o(i l’argent est maître et seigneur.

— Oh ! ça, c’est vrai, lit le Mulot.

— Je ne vous blâme pas d’aimer la petite maîtresse d’école et de vouloir en faire votre femme, mais si vous faites cela, faut que la chose vous rapporte.

— Comment donc ça f demanda lo Mulot qui prit un air naïf.

— Suivez bien mon raisonnement, dit M. Jotival. Voici comme j’entends la chose.

— Voyons.

— Votre sœur a eu un enfant du vieu.x Ilichard, et elle s'est fait donner tout le bien; la petite n’a rien dit; mais, à sa place, supposez un neveu qui ail eu un peu de nerf, comme on dit, moi, par exemple !

— Ou’cst-CB que t ous auriez fait ? demanda naïvement le Mulot.

— J’aurais attaqué le testament ?■

— Ah bah 1

— Ct j'aurais peut-être gagné...

-Ohl

— C'est comme je vous le dis,

— Le commandant était peut-être bien le maître do son bien? dit le Mulot.

— D’accord, mais U pouvait épouser votre sœur,

— C’est vrai.

— Ou tout au moins reconnaître son enfant, et il n’a fait ni l’un ni l’autre.

— 11 n’a pas eu le temps.

— Soit. Mais on a prétendu qu’il avait fait un second tasiament.

Et M. Jouval regarda pour la seconde fois le Mulot dans le blanc des yeux.

Le .Mulot ne sourcilla point.

— Ce testament ne se retrouve pis. Je ne crois p.is tout ce qu’on dit; mais enfin un tribunal en tien Jr, lit peut-être compte.

— Volts croyez ?

— Par conséquent, écoutez bien le conseil que je vais vous donner, mon garçon.

— Je vous écoule, monsieur.

— Tâchez d'abord d’épouser la maîtresse d’école.

— Bon !

— Puis, quand elle sera votre femme, attaquez le testament, vous verrez que la Martine transigera.

Le .Mulot écoutait, ravi. Les paroles de .M. Jouval lui ouvraient un nouvel liorizon.

— Mais pour tout ça, dit-il, il faut de l’argent.

— B.ih! dit M. Jouval, en clignant de l’œil, quand

vous en serez là, si vous n’avez pis d’argent, venez tne trouver. ~

Lo .Mulot regarda M. Jouval, qui le regardait, et ces deux hommes se comprirent. ~

— M.1 foi ! monsieur, dit le Mulot, puisque vous me témoignez autant d'intérét, faut que je vous dise tout.

— Parlez, je vous écoute. “

— J’ai bien peur do ne jamais épouser la maîtresse d’école.

— Elle est peut-être fiéro...

— Ja crois plutôt qu’elle a déjà la tête tournée et quelle pense à quelqu’un...

— A qui donc ?

— ... Et que quelqu'un pense à elle...

M. Jouval ouvrit de grands yenx.

— Un monsieur du château, dit le Mulot

— .Mt latûle?

— Oui.

Et le Mulot, qui entrait décidément dans la voie des aveux, raconta ca qu’il avait vu et entendu, et le pou de succès de sa démarche auprès de mademoiselle Paumelle. M. Jouval, fronçanl le sourcil, l’écoula atleuti veraeut.

— Ceci est grave, dit-il, d’autant plus que .M. Anatole, qui n’a pas le sou, pourrait bien avoir déjà fait la calcul dont je vous parlais loul à l’heure,

— Ü’allaqu.-r le testament !

— Oui.

— Oh ! dit le Mulot avec un éclair de haine dans les yeux, si je pouvais lo tuer!

— Ce serait bien inutile, dit M. Jouval. Il vaudrait mieux lui faire quifer le pays... Mats comment? On lui donnerait le triple de son bien qu’il nu voudiait pas le vendre... U y a bien Iongicm|>s même que j’avais songé à acheter le château, vu que je voulais l'habiter... mais il m’a ri au nez, quand je lui en ai parlé. Il n’a p.is de dettes... Une année qu’il était très-gtné, je lui ai proposé de lut prêter de l'argent... S’il avait accepté, js le tenais... à l'échéance, U n'aurait pas pu payer, cl je le faisais vendre, mais il a refusé.

•— Bah ! d.t le Mulot, il aurait trouvé à emprunter twur vous rembourser.

,M. Jouval eut un sourire qui résumait la mystérieuse doininalion qu’il exerçait dans le pays.

— Et qui donc aurait osé lui en prêter 7 dit-il. On ne fait ici, pour l’argent bien entendu, que ce que je veux.

— Mais on dit qu'il a des dettes ?

— Une seule. Il doit six mille francs, dont il paye rég'iüèrement l'intérêt et dont on ne lui réclamera jamtis le capital.

Le Mulot demeura impassible. M. Jouval poursuivit :

— Les créanciers ne sont pas riches pourtant, ils ont bien du mal même à se tirer d'embarras, car ce sont des fermiers. Mais quand je leur ai fait offrir un bénéfice pour me céder leur créance, ils s'y sont refusés, se doutant bien que Je voulais faire vendre M. Anatole.

Le Mulot eut alors un mystérieux sourire :

— Eh bien! moi, dit-il, je connais des gens plus malins que vous.

— Comment ça ?

— Et qui ont trouvé le moyen de se faire transporter la créance sans un sou de pot-de-vin

— C'est impossible 1 exclama M. Jouval.

— C'est vrai, dit froidement le .Mulot.

On vous aura conté une histoire, dit encore

M. Jouval.

— Oh I pour ça non, fit le Mulot, car celui il qui on a transporté la créance, c'est moi !...

M. Jouval fut si abasourdi qu'il faillit renverser son verre et la table qui le supportait.

— Et cela, pas plus tard qu'avant-hier dit le Mulot.

— M.ois comment avez-vous fait 7

Le Mulot en avait trop dit pour reculer, et il aima tout auUmt se livrer entièrement à M. Jouval.

Il ne lui cacha rien.

Ki sa haine instin"'ive et féroce pour M. Anatole , ni la pensée qu'il avait eue tout d'abord d'acheter le château pour le faire partir du pays, ni la manière dont il avait été reçu par lui, ni la pensée qu'il avait eue d'acheter cette créance, et comment, prévenu par le maître Jacques de .M. de Saint-Jiillien, il avait si bien joué son rôle que le père Jnubert avait été dupe de sa bonhomie.

— Malheureusement, dit-il en achevant, je ne me suis trompé que pour une chose.

— Laquelle ?

— Je pensais que ma sœur me prêterait les six mille francs.

— Et elle vous les a refusés 7

— Oui.

— Tant mieux, dit M. Jouval qui parut charmé de ce résultat.

— Pourquoi ?

— ■ Mais j)arce que, si votre sœur s'est mal conduite avec vous, vous n'aurez plus de motif poiir la ménager plus tard, quand vous aurez épousé la maltress" d'écolc.

— Mais, monsieur, dit le Mulot, avec tout ça je n'ai pas les six mille francs.

— Je vous les prêterai.

— Vous !

— Parbleu I mais vous poursuivrez sur-le-champ et l'achèterai le chêteau, par exemple !

— Et vous croyez que .M. Anatole ne trouvera pas d'argent 7

— Pas un radis dans les environs. Et puis, je vous enverrai à mon huissier. C'est un gaillard qui mène rondement les affaires, et M. Anatole n'aura pas le temps de se reconnaître ; il sera exécuté avant d'avoir crié ouf !

Le .Mulot regarda M. Jouval. M. Jouval était sérieux.

— Ne jasons plus de tout cela pour aujourd'hui, ditil, on finirait p.ir se douter de quelque chose. Mais venez déjeuner chez moi demain matin. Et puis dormez tranquille relativement à la petite maîtresse d'école; si je me mets en tête que vous l'épouserez, vous pouvez dès aujourd'hui regarder la chose comme faite.

Le Mulot tressaillit d'aise par toute sa hideuse personne.

M. Jouval lui serra la main, ajoutant : < A demain! > et il s'en alla.

Et il s'en allait, en effet, l'esprit calme et tout entier h de nouvelles machinations ténébreuses.

Maintenant il n'avait plus besoin de la .Martine; il se moquait même d'elle; sans compter qu'il lui ferait passer quelques mauvais moments lorsqu'il aurait épousé mademoiselle Paumelle.

Du moment ofi M. Jouval, dont la fortune était trois fois plus considérable que celle de la Martine, se mettait dans son jeu, le Mulot voyait la partie gagnée.

Il revint donc chez lui en sifil dant et se dandinant, aussi joyeux maintenant que tout è l'heure il était triste et découragé

Il voyait déjà M. Anatole quittant piteusement le pays, mademoiselle Paumelle consentant à l'épouser, la Martine épouvantée de voir attaquer le testament, faisant toutes les concessions pour arriver à une transaction amiable, et il termina son monologue intérieur par ces mots :

— Je me fiche joliment de scs cinquante mille francs, à prirent I

.Néanmoins il n'est pas de félicité sans bornes, de bonheur sans inquiétude, pas plus qu'il n'est de ciel siins nuage. Iæ Mulot devait, comme on va le voir, en faire l'expérience immédiale. Comme il entrait dans la cour de llcllevue, il aperçut un être humain accroupi fan.s une postnrî bestiale, devant le seuil de la porte.

C'éLiit la Chevrette.

Elle avait pris goôt à l'hospilalilé de son homme, comme elle disait, et elle y revenait.

Elle se dressi même un peu timide, en le voyant, :ar elle était partie en se moquant de lui, et elle craignait qu'il ne ffil fâclié.

Mais, outre que le .Mulot était content, il fit tout de suite un petit calcul qui dénotait un homme pratique et qui le poussa à bien recevoir la Chevrette et h se laisser embrass“r de bonne grâce.

— Ab ! te voilà, ma chèvre, dit-il, tu tombes joliment bien aujourd'hui.

-• C'esl-y vrai 7 fit la Chevrette avec joie.

C'éUil II Tcavf ^ui rPalnit. (Parr AO.)

— J'ai flanqué la Dorothée à la porte.

— Pourquoi donc ça ?

— Oh ! des histoires... je te dirai ça.

— Ça fait que tu es tout seul }

— Oui, et j’ai pensé que si tu voulais être ma servante, ça irait tout seul.

Le Mulot, en parlant ainsi se disait ;

— Il n’y aura pas de gages h lui donner, il celle-lli. La Chevrette ne se formalisa point delà proposition,

mais elle répondit ;

— Ce n’est pas pour ça que je suis venue.

— Je le pense bien.

— Je voulais te parler.

— De quoi ?

— Rapport h Rossignol l’Écureuil.

A ce nom, le Mulot tressaillit. '

La Chevrette continua :

— Voici trois fois de suite que je le rencontre dans les ilahigues.

Les Maizigues étaient ce canton de la forêt oii on avait retrouvé le cadavre du malheureux Saurin.

— Il braconne donc par Ih, maintenant?

— Je ne crois pas qu’il braconne, vu qu’il n’a pas de fusil.

— Alors il pose des collets t

— Tu sais bien que c’est la niche aux marcassins, et on ne prend pas de ce gibier-là avec des collets.

— Alors que vient-il y faire?

— Je ne sais pas, dit la Chevrette, mais quand il m’a Mie , il s’est éloigné à toutes jambes... seulement...

La Chevrette hésita.

— Mais parle donc ! fit le Mulot avec impatience.

— Tu sais que c’est par là qu’... la chose est arrivée?

— Oui.

— Eh bien I je crois bien qu’il est en lUwIanee que c'est nous qui avons fait le coup.

Le Mulot tressaillit, son tremblement nerveux le reprit. Mais il ht banne contenance :

— Hall I dit-il, s'il parvient jamais à le prouver, il sera malin. Mais il est temps de dormir, voilà qu'il est minuit...

El il mit la grosse clef dans la serrure de la porte.

Quinze jours s’écoulèrent.

Ceux qui ont mené la vie solitaire des champs et des grands bois ont remarqué bien souvent que le calme le plus absolu précède toujours la tempête.

Le vent se tait, le ciel est rouge à l’horizon.

Pas un souffle d'air, pas un bruit.

L’oiseau s'est réfugié dans les buissons et n'en bouge ; le lièvre frissonne dans le sillon qui lui sert de gilc. Quelques corbeaux traversent l’espace et ne coassent plus , planant à des hauteurs si considérables que leurs ailes mêmes sont muelles.

Ce silence a quelque chose de sinistre.

La nature recueillie éprouve une morne épouvante. L’orage, que rien n’annonce en apparence, est proche, et chacun le devine.

Enfin, dans les bois, s’élève un murmuro confus d’abord et si vague qu’on ne Bauralt le délinir ; puis le murmure s’enfle et s'emplit et devient sonure, comme un roulement lointain de tambours mélo à des éclats de clairon.

Puis encore, tout à coup, le ciel qui él.ait bleu au zénith se couvre dj nuages gris d'abord, plombés ensuite, et qui deviennent bientôt noirs. Le corbeau qui fuyait à tire-d’aile, oiseau de sinistre augure, la fauvette-muotte en son buisson, le lièvre grelottant en son gîte ne s’étaient pas trompés.

L’orage rugit et se déchaîne, l’éclair sticcede à l’éclair; lèvent fait entendre sa grande voix; la pluie tombe soudain à torrents et bientôt la forât se joncha d’arbres déracinés, et la plaine devient une mer immense.

Ainsi de la vie.

Le calme est précurseur da la tempête, l'heure du repos précède l'heure affolée des tourments du cœur, et celui qui s’csl endormi paisible et confiant dans l'avenir s'éveille on proie aux plus mornes désespéi ances.

Ces quinze jours qui venaient de s'écouler, à la suite de ce pacte mystérieux conclu entre M. Jouval et le Mulot, avaient eu cette tranquillité du sombre présage.

L’hiver s'était adouci et le soleil de janvier avait la chaleur d’un soleil d’avril.

Les travaux des champs, repris peu à peu, absorbaient assez Iss plus oisifs do Sainl-Flurenlin, pour que le soir, le café de l’L'nivers fût veuf de ses plus beaux espriu. Ulysse, le tonnelier, achelail du gaulis en

forêt pour faire des cercles ; le père Boullcville avait quitté Saint-Florentin pour une de ses fermes ; .M. Jouval Clait à Orléans, el on ne voyait plus le Mulot.

Le drôle chassait du malin au soir avec les l>a.ssc'.s achetés aux Jaubert.

M. Ariatolo et sa vieille lame recevaient deux ou trois fuis par semaine la jeune maliresse d’école, et le bon curé Duval avait repris sa vie toute de charité et de dévouement.

Enfin on n’avait plus entendu parler, même à la Grenouillère, chez Rose Mélivière, de Rossignol , dit l'Ëciireuil.

Mignonne cl M. Anatole continuaient à rougir en se reganlsm ; et cependant le jeune el timide genlilhommo n'était jamais sor 1 avec la jeune fille des bornes du plus profaiid respect.

Mademoisollo PauniClIo ii 'avait parlé à personne, pas même au curé de ce dangereux lètc-à-téie qu’elle avait eu aantc le Mulot, et elle avait fait jurer à la veuve qui lui servait de femme de ménage de n’en jamais ouvrir la bouche.

Néanmoins , bien que le Mulol , n’eût pas reparu , semblable à la foiiveiie qui craint l’orage. Mignonne avail des pressciitimenla el des tristesses sans nombre.

Presscnlimenls tl trlalesses vaguement partagés par M. Anatole de Mis-ciiy, qui n'avait jamais été plus mélancolique.

La Renardière élail également devenue un foyer d’appréhensiona rayslérieuses.

La Dorothée, chassée par le Slulot, y était revenue.

l4 Martine, en apprenant cet acte d’énergie de son frère, avait éprouvé une Violente colère qui n'était [as dépourvue d'inquiétude.

Le .Mulot n'avait plus reparu.

I.a Martine , ombrageuse comme toutes les consciences timorées, se disait depuis quinze jours f Il

manigance quelque cliosc contre moi!

Si le Mulot élail revenu un beau malin, il aurait eu [leul-èlrc les six mille francs el autio ch.tse avec. Mais le Mulot [araissait ne plus se souvenir de sa sœur. Il' parLiit à la chasse dj grand matin, ne revenait que fort tard et n'avait pas repris de servante.

La Clievretle était revenue deux ou trois fois, par bonds et sauts, comme une véritable Elle sauvage qu’elle éuiil.

■Mais elle s’en était allée comme elle était venue, satisfaite d'avoir vu son homme, d’avoir mangé dans des assiettes avec une cuiller et une fourohcUe, cl ne (Icmandanl rieti de plus.

On continuait à voir le .Mulot do lemps en Icnips au café de l'Univers.

Mais il fais:iit un détour pour ne point passer devant la maison d'école.

Mais, si Ulysse le tonnelier ou le père Qoutleville, toujours flalleur, eng.igeaieiit la conversation sur mademoiselle Paumelle ou M. Anatole de Misseny, il leur tournait le dos.

Ce calme annonçait une tempête prochaine, et la tempête devait bientôt éclater.

madi-:moiseî,le mignonne

Elle camincDça comme tous les orages, par,un'sigiie précurseur.

Les corbeaux fuyant à tire-d'aile sont les hérauts des bouleversamciils de la nature.

Un petit homme vêtu de noir, portant tinjmulcpoêk gra:s33i« sur la téie et porle-fcuiile de maroquin sous le b.-as, con luisant un méchant ti.bury attelé d'un maigre cheval, fut le premier messager de cette tempête morale.

Cet ho.mme entra dans Saint-Florentin à quatre heures de relevée, comme disent les gens de justice, et prit le chemin du château.

Cela se passait un samedi , jour de marché à Saiut- Florenlin.

Comme on avait gagné la fin de janvier, les jours avaient grandi et la nuit était loin encore.

Le vieux tilbury, le maigre cheval et le petit homme passèrent devant le café de Tltiivers.

M. Jouval ét'iit sur la porte.

11 échangea un salut avec le petit homme.

Un salut amical et un sourire à faire frémir.

Pendant sa marche è travers la grand'rue, etteore encombrée de bestiaux, de sacs de grains et de charrettes h fourrage, le petit homme reçut vingt coups de chapeau.

Mais ces saluts n'avaient rien d'amical, ils étaient plutôt la manifeskition d'une terreur secràlc.

En même temps, fermiers, valets de charrue, bourgeois et marchands murmuraient tout bas ;

— Chez qui va-t-il donc, .M. Ijîi,se.nu ?

Et on le suivait des yeux avec anxiété.

Jamais homme jouissant du triste renom de jettatore et traversant une ville de l'Ilalie méridionale n'avait été regardé avec plus d'épouvante.

— Oii peut- il donc aller, M. Loiseau? répétait-on:

Et cotte question retentit aux quatre coins du café de l’Univers.

En même temps, on regardait M. Jouval avec un redoublement d'in(|uiétude, comme s'il y eût en entre lui et le mystérieux personnage quelque accointance plus my^téri3use encore.

MaU M. Jouval qui tenait beaucoup è sa popularité, devina le sentiment public et répondit ;

— Ma foi! Je n’en sais rien... ce n’est pas pour moi ciu'il iravaille.

On respira plus k l'aise dans le café.

M. Jouval poursuivit.

— Ce pauvre Loiseau, il ne se fait pas jeune tout de même.

— Puisse-t-il crever comme un chien, et le plus Wt serait le meilleur ! grommela un paysan dans un coin.

C'était un campagnard qu'on ne voyait k Saint- Florenth que les jours do marché.

M. Jouval hau-sa les épaules :

— Chacun son métier, dit-il,

— Oh! c'est égal, monsieur Jouval, et sauf votre respect, voyez-vous, dit le père Boutleville, ce brigand de Loiseau fait son métier un peu trop bien. Lè où les

autres inedent trois mois, il aboutit en trois semaines. C'est un coquin fieffé, entre nous.

— Mais pourquoi donc ra ?

— Parce que tous les moyens lui sont bons, reprit le paysan, et pour cinquante francs il n’est jras géné de vous faire deux cents francs de frais.

— Il faut que les huissiars vivent, dit M. Jouval. S’il n’y avait pas de débiteurs, il n'y aurait pas d'huissiers.

Le grand mot était donc Ikciié.

Cet homme devant lequel on s'inclinait avec un sentiment de terreur, et qu'on ac&impagnait ensuite de maléJictions et de sourdes menaces, était un huissier.

.Maître Loiseau, successeur de maître Cabrol, Imissier audiencier près la justice de paix et les tribunaux, le plus redoutable officier minisiériel du département, riiorame qui sa chargeait des causes désespérées, c'est-k-dire des débiteurs insolvables, et en tirait de l’argent.

En province l’huissier est bonhomme d'or.Iinaire.

C'esI souvent un jovial garçon, chasseur, pécheur, bon vivant, qui quelquefois tire d’affaire, en lui prêtant de l’argent, le pauvre diable qu'il est obligé de poursuivre.

.Mailre Loiseau n'avait jamais eu semblab'.e répulatioD.

Depuis trente ans qu’il exerçait, il n’avait jamais eu une heure de pitié.

Quand il entrait dans un village, on ét'iit certain que le soir en entendrait des sanglots et des cris de désespoir.

Tous les eonsonima leurs s’étaient précipités du fond du café sur le seuil de la porte pour le suivre des yeux.

•Mai.s, tout k coup, ce fut un cri d'étonnement, presque de stupeur.

L’affreux tilbury venait d'entrer dans l’allée d'ormes centenaires qui conduisait au château.

Que pouvait aller faire .M‘ Loiseau chez M. Anatole de Misseny f

Il y eut comme un frisson général , et ce frisson gagna même ceux qui n'étaient p.is les partisans du château.

Le père Boutleville, un peu ému , se hasarda k dire :

— M. Anatole n’a pourtant qu’une dette de six mille francs.

— C'est bien assez pour que Ixoiscau Iravaille, ricana M. Jouval.

— Et comme c’est les Jaubert qui sont les créanciers...

— Vous vous trompez, dit M. Jouval. Les Jaubert sont mal dans leurs affaires; .M. de Saint-Juillen les poursuit, et ils ont été obligés de vendre leur créance.

— A qui donc? demanda le père Douueville.

M. Jouval feignit de ne pas avoir entendu la que^ lion.

— Ça ne fait rien, dit un paysan, Si M. Anatole a besoin de six mille francs, il les trouvera...

— Et chez qui donc ? fil M. Jouval.

En même temps U se redressa et jeta autour de lui

un véritable regard d'oiseau de proie qui fit baisser les yeux à tout le monde.

Grands ou petits cultivateurs, pauvres ou riches, M. Jouval les tenait tous.

U avait su prêter de l'argent à tout le monde, et on savait bien qu'il ne fallait pas jouer contre lui.

— Hé 1 hé I monsieur Jouval, fil Llysse le tonnelier d'un ton rusé, auriez-vous par hasard envie du château ?

— Ça se pourrait bien, répondit M. Jouval.

lin nouveau frisson parcourut l'assemblée, et les partisans de M. Anatole de Misseny estimèrent qu'il était perdu I

Cependant les liôles du cliàleau vivaient dans une quiétude parfaite.

Mademoiselle de Misseny rêvait toujours d'une héritière pour son beau neveu et stimulait le zèle de mademoiselle Paumelle qui travaillait avec ardeur h la tapisserie commencée.

Anatole était trop heureux de la présence de la jeune fille au château pour ne point s'abandonner à un optimisme complet.

Seule, mademoiselle Paumelle avait parfois des Iristesbca inexplicables et des pressentiments qui deiiHiuraient inexpliqués.

Parfois, fermant les yeux, elle revoyait la hideuse figure du .Mulot toute griiiiaraiilc et animée par le cynisme dos passions brutales.

Alors elle avait peur...

Mais â qui confier ses craintes et ses terreurs?

lu moment elle avait songé îi s’ouvrir au bon curé Duval Cl à lui raconter celle étrange scène dont la maison d’école avait été le théâtre.

Mais un sentiment de pudeur et d’orgueil, tout è la fois, faisait aussitôt monter le rouge à son front.

A la pensée qu'il lui faudrait avouer que le Mulot avait osé lever sur elle un regard effronté, Mignonne sentait se révolter tout son être, et sa fierté souffrait si cruellement qu'elle gardait le silence.

Le samedi, jour de marché, les écolières avaient congé à partir de trois heures.

Mademoiselle Mignonne était donc venue ce jour-Ià plutôt qu'à i'ordinalre.

Quand cUe entra dans le salon, elle aperçut M. Anatole assis à l'un des coins de la cheminée, lisant.

A l'autre coin, mademoiselle de Misseny s'était endormie dans son fauteuil.

La vieille demoiselle dormait.

On avait déjeuné un peu plus tard qu'à l'ordinaire, et la sieste quotidienne, qui finissait ordinairement à deux heures, durait encore à trois et demie.

M. Anatole mil un doigt sur ses lèvres.

Mignonne entra sur la pointe du pied.

Les deux jeunes gens se saluèrent en rougL^sant ; puis M. Anatole reprit son livre, et Mignonne, qui ne

faisait pas plus de bruit qu'ua papillon, alla chcrclter le métier à tapisserie derrière le vieux paravent à dessins chinois qui abritait la vieille demoiselle des courants d’air.

Celle dernière dormait si paisiblement et si bien que tout ce remue-ménage ne l’éveilla point.

Il est vrai que Mignonne glissait sur le parquet avec la légèreté d’une petite fée.

Elle plaça son métier entre la bergère de la vieille demoiselle et le fauteuil de M. Anatole; puis elle s'assit devant et prit son aiguille et sa laine. M. Anatole coqlinuait à lire ; mais sans doute il ne tirait pas grand profil de sa lecture, car son regard {«ssant souvent au dessus de son livre allait caresser furtivement la chevelure blonde et le front candide de Mignonne.

Mignonne travaillait acUvement et ne levait pas les yeux.

Cependant comme la vieille demoiselle dormait toujours, Anatole sc décida à parler :

— Mademoiselle, dit-il tout bas, quel est le fauteuil auquel vous travaillez en ce moment?

— C'est le onzième, monsieur , répondit Mignonne.

— Comment l il y en a dix de faits.

— Oui, monteur.

— Et plus qu’un à faire ?

— Oui, monsieur.

Anatole soupira, puis, après un silence :

— Mais le canapé n’est pas achevé?

— Oh l de bien peu s’en faut; avant la fin de Thiver. dit Mignonne, tout sera terminé.

Anatole soupira encore, puis il sembla faire un effort et dit en souriant :

— Connaissez -vous rhisloir© de la reine Pénélope î

— Certainement, dit Mignonne, elle défaisait la nuit ce qu’elle avait fait le jour de sa broderie.

— Vous devriez bien l'imiter.

— Et pourquoi donc? deman la naïvement Mignonne.

— Mais parce que ce meuble n'est nullement pressé, dit Anatole.

Mignonne rougit, puis baissant les yeux :

— Ce n'est pas ce que dit mademoiselle votre tante.

— Ma tante rêve des choses impossibles, reprit brusquement Anatole.

Mignonne ne répondit pas.

Ce silence piqua le jeune gentilhomme.

— p'aUleurs, dit-il, je ne veux pas me marier.

Mignonne eut un battement de cœur, et sa main

poussa raiguiile avec une ardeur fébrile.

U y eut un nouveau silence entre les deux jeunc> gens.

M. Anatole le rompit encore.

— Ma tante, dit-il, rève pour mot une alliance de nom et d’argent. Elle voit tout cela à travers son imagination et son cœur. Mais les héritières de notre lêmp.s recherchant peu un mari pauvre, si honorable que son nom puisse être ; cl quant à moi, j’e.stùnc qu'un galant homme qui est pauvre ne doit point épouser une femme riche. C’est uo marché ; et le ma-

MADF.MOISF.U.K MIGNONNE

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