‹ Les Drames du villageChapitre 19 sur 60 · I.a Ma» tine descendit à son tour à peine vêtue · texte numérisé non relu

I.a Ma» tine descendit à son tour à peine vêtue

I Par une bizarrerie inexpliquée de l'élément destructeur, le feu s’élail développé dans les granges avec ' une rapidiU' et une violence vertigineuses, tandis qu'il couvait lentement, sournoisement, sans odeur et sans fumée , dans l’écurie du vieux clteval , au-dessus de la<iuelle pissait le grand escalier de la Renardière.

On croit plus volontiers aux accidents qu'à la malveillance.

On ne soupçonna donc tout d'abord qu'un accident dfi h l'imprudence de quelque garçon de ferme qui serait entré en fumant dans les greniers à fourrages.

I Personne ne pensa tout d'abord qu'une main crimi- ' n'allé avait en mémo temps mis le feu dans le château.

Les gardes du voisinage et les gens des fermes V misincs étaient accourus en moins d'une heure.

L'un deux , enfourchant un clicval , avait galopé jusqu'à Surry, oè il avait lui-méme sonné le tocsin.

î.a Martine et .Michel organisaient le sauvetage.

Il ne Lillait plus songer à préserver les granges, ntais bien le château.

Tous le? efforts se concentrèrent sur le monceau de

bois qui , placé mitre la ferme et le bAtimeiit de maître, pouvait ^e^vir de trait d’union.

Mais, tout h coup, une fumée noire, épaisse, accompagnée de namm(*clies, sortit violemment de l'écurie du vieax cheval.

— I.a Renardière brûle aussi ! criait-oii de toutes parts.

— Mon fils! s’écria in Martine avec un accent d’épouvante.

Et elle s’élança vers l’escalicr que les flammes et la fumée commençaient à envahir.

Michel voulut la suivre, mais les flammes le repou:»sèrenr, et on le vit redescendre les dievcux et la barbe à m dtié roussis.

L.1 Martine seule était parvenue en haut de resc'*!ier et pénétrait dans la cliainlire de son fils.

Ce fut en ce moment que le cun* buval arriva sur le lieu du sinistre.

Michel avait eu honte de son peu de courage en voyant la Martine s'élancer bravement à travers les flammes pour sauver soa fils.

Il rtwintà la charge, arriva aux trois quarts de Tes* calicr; puis, suffoqué par la fumée, brûlé jusqifaq vif, il fut obligé do battre de nouveau en retraite.

[In homme aussi courageux que Michel (t'élüiM;» il son tour sur les pas de la Martine.

C’i tait Rossignol.

Mais on le vit bientôt retomber h qioUlé aaphyüié,

Kl dès lors personne n’osa plus tenter poUc péril* Icusc ascension.

L’escalicr était en flammes, et le.s marches craquaient et se tordaient une à une.

Seule, la Martine était parvenut; jusqu'au premier étage et avait pu gagner la chambr * de son fils.

ün la vil bientôt reparaître à une croisée, tenant le petit Auguste dans scs bras et app-.-Iaiu au secours d'une voix dësespcrcie.

.Mais la terreur s’était emparée dos plus hardis.

L'escalier allait crouler, les flammes muniaicnt maintenant jusqu’aux fenêtres et envclujipaient le bâlimeni tout entier.

Le brigadier Lebouteux lui-méme, qui ce|iendaiU était un lionimc courageux cl dévuué, s’écria :

— C’est s'exposer à une mort inutile. 11 n’y a plus moyen de les sauver.

Mais tout à coup une voix retentissante se fit en< tendre.

Une voix mMe, sonore, la voix d'un homme qui avait dû être habitué nu commandement.

— Place î place I disait le curé Duval.

11 était descendu de cheval, avait noué par derrière les pans de sa soutane, et il fendait la foule amassée sous la fenêtre au haut de laquelle apparaissait la .Marlim* au dt^espoir, partant convulsivement dans ses bras un enfant h <irmi mon.

— Place ! répétait le curé, qu’on me cherche une corde, je les sauverai !

Le vieillard avait redressé sa courte taille, son ceil était plein d’éclairs.

Le soldat avait reparu dans le prêtre.

— Ah ! s’écria Michel, le bon Lieu est avec nous.

Le feu avait laissé intact un petit bâtiment dans lequel se trouvaient différeTiis instruments aratoires, et une do ces grandes charrettes à roues élevées qui servent à transporter des pièces de bois en forêt.

Ces charrettes sont toujours |>ourvues de grosses cordes tiesllnées à lixer le chargement et qui son; d’une certaine longueur.

Michel courut !i la charrette cl revint avec ces cordes.

l.a Martine criait toujours :

— I.aisscz-uioi m>urir, moi, m^is sauvez enfant !

Le curé s’empara des cordes, les roula autour de son corps et réiM’ia :

— Place ! place !

— Monsieur \a curé ! s’écria Rigorne, monsieur 1»* curé ! an nom du ciel... niais vous allez périr !

Le curé ne l’entendit point ou feignit de ne {>oint l'entendre.

On Ig vit s'élancer au milieu des flammes et gravir rtJSC«lier.

[1(1 momenl il s'arrêta suffoqué, un moment on crut qu'il rebrousserait chemin comme les autres...

Mais la foi chrétienne était en lui et l’amour de l’hunianité le poussait.

On le vit continuer son ascension à travers les croé * séea qui éclairaient ta cage de l’escalier cl qui flam- I lioyaleiH laqtCâ les lueurs de l'incendie.

I Puis il disparut...

I Le feu avait-il terrassé l’apôtre on le coucJiant as- I phyxié sur la dernière marche?

! A\ait-il pu gagner le corridor et arriver jusqu'à la i M.irtine?

Ce fut un mystère terrible pendant cinq minutes. — une étcrikilé !

Toutes les jioitrines retenaient leur respiration, tous I les yeux étaient fixés sur l'escallcr enflammé.

Bigorne lui-même avait cessé de se lamenter, et $ef cheveux jaunies se hérissaient de terreur.

Tout à coup un bruit épouvantable se Gt.

C’i'tail l'escalier qui s’écroulait, rnlraluant avec lu* une partie du plan 'her <lti premier étage.

Un cri d’épouxaute retealit.

i'uis, après ce cri-là, un .autre.

Mais un cri de d'enlliDUsiasme, de délire !

Ou venait de voir le curé Duval à la fenêtre, auprès de la Martine, lordaiit dans scs mains, pour les étei.n- (Ire, les pans de sa soutane qui avaient pris feu.

Alors le vieux prêtre, l’apôtre cmiragfux, le soldai quin’av.aiî fait que clnii^cr d’uniforme, attacha l’un dos bouts de la corde à ronlablcmenl de la croisée...

Et ce fut effrayant cl suWime h la fois de le voir sai.sissant avec un de scs bras la Martine, qui tenait

MAhKMOISELLE MIGNONNE

toujours son enfiint, sc cramponnnnl tic Tautro main :i la cor>ie, se lancer hardiment dans le vide et descendre lentement, avec ce lourd fardeau, au milieu des namnjcs qui renvironnaient.

Une foiH encore, loiiles les poitrines balUiient; un silence de mort se fit dans cette foute anxieuse, et, pendant tout le temps que celte grappe humaine se trouva suspendue dans l’espace, on n’cntcndil plus que Ici mugissements du vent et le crépitement des Hommes.

Co fut une nouvelle éternité de trois minutes.

Enfin le curé toucha le sol.

Hélait noir, horriblement brCilé; mais la Martine était sauvée.

Quant à l’enfant il [loussait des cris affreux, que l'on crut un moment arrachés par la terreur.

Mats soudain la Martine affolée attacha sur lui un regard hébété, hagard, stupide, et s’écria :

— O mon Dieu l son pauvre petit corps n’est plus qu’une pluie.

En effet si les vêlements dont le curé et la Martine étaient couverts les avaient préservés jusqu’à un certain point dos morsures du feu, le petit Auguste, que sa mère avait pris dans son lit, n'avait que sa chemise, et son corps demi-nu. si rapide qn’etM été leur passage à travers les flammes, avait clé cruellement alleint,

La Martine l'avait repris dans ses bras et l'inondait de ses larmes.

La Renardière n'élail plus qu’un monceau de ruines fumantes.

La maison de maître, les communs, la ferme, les bâtiments d’exploitation , tout avait été la proie dos flammes.

Quand vint le jour, la population forestière des environs, accourue pendant la nuit avec ce zèle qui caractérise les habitants des campagnes, k de ceriaines heures sinislre.s, put contempler rimmensité du désastre.

.Mais là n'clait pas le coin ic plus navrant du tableau.

Pour le voir, il fallait pénétrer dans le pavillon qui SC trouvait au bout du parc et que, par conséquent, l’élément destructeur n’avait pu alieindre.

Là une scène plu.> poignante et plus sinistre se déroutait silencieusement.

C’éLiit dans ce pavillon qu’on avait transporté le petit Auguste.

Comme l’avait dit sa mère, dans l’élan de .sa douleur, son pauvre petit corps n’était plus qu’une plaie.

Longtemps il avait jeté des cris déchirants; longteoips aux prises avec la douleur, il avait essayé de se crampunrîcr à la vie.

Maintenant il ne criait plus, il ne se tordait plus dans d’iiorribles convulsions.

Pàlti. r<EÜ vitreux, r«»spirant à i>eine, le pauvre enfant venait d’entrer dans cette phase de la dernière iicure oCà commence l'agonie.

U regardait sa mère et ne reconnaissait plus qu'elle.

Silencieuse et farouche, l’œil sec, prête elle-même

à .avoir le délire, la Martine contemplait son enfant avec le regard brillant de la folie.

Quelquefois, son œil allait chercher le prêtre agenouillé auprès du lit de camp dressé à la hâte.

L’abbé Duval avait été un moment chirurgien.

Un moment, il avait essayé par tous les moyens en son pouvoir de disjniter la frêle créature à la mort.

L’homme avait été vaincu dans cette lutte suprême.

Alors le prêtre s'était mis à genoux, et il priait.

Autour de lui, derrière la mère abimrc dans sa douleur sans bornes, Michel, Bigorne et quelques autres ^e^vUcu^s du château, demeuraient immobile.^ et mornes, suivant d’un regard éperdu les progrès rapides de cette agonie sans délire, de cette vie qui s’en allait vers la mort, sans secousse et terrassé*» par une prostration inflide.

Et cependant, le soleil montait radieux à l’horizon, éclairant à la fois ce tas de cendres qui avait eu nom la Henardière, et le visage de cet enfant qui allait mourir et dont rnûl presque éteint se fixait obstiné* ment sur sa mère.

Les oiseaux chantaient dans les grands arbres. On eût dit une matinée de jirintemps, tant i’air était doux.

Le prêtre priait toujours.

L'i Martine se tenait à deux pas du lit, n’osant plus effleurer de ses lèvres le froiu de sun fils.

De temps en temps le prêtre interrompait sa prière pour examiner le petit moribond.

La vie s’éteignait peu à jieu et se retirait insensiblement de son regard, la 5»eulc chose qui vécèt encore en lui.

Fuis il vint un moment oh le prêtre secoua la tête et Ht à tous ceux qui se trouvaient là un signe que chacun comprit

L’heure fatale approcliait.

Tout le monde se mit à genoux.

Seule, altière dans sa douleur, la mère, aux yeux desséché:?, demeura debout.

Peut-être avait-elle perdu momentanément la conscience de ce qui se passait autour d'elle.

Le prêtre étendit alors ses deux mains sur la tête do l’enfant et récita lentement les prières des agonisants.

L’œil du petit moribond eut un dernier éclair d'intelligence.

Scs lèvres serrées s’entr’ouvrirent

Un nom, un souffle plutôt, s’en échappa :

— Maman!

Puis l’œit s'éteignit, la bouche demeura ouverte et le corps immobile.

L’enfant éhiit mort.

La Manioc était toujours debout. On l’côt dite pétrifiée.

Elle ne vcr.sail pas une larme, elle semblait no plus savoir ce qui se passait autour d’elle et, regardant toujours son fils, elle paraissait ignorer qu'il fût mort.

Le prêtre la prit dans ses bras et lui dit :

— Pleurez, mon enfant, pleurez ! les larmes montent au pied du trône de Dieu et apaisent sa colère.

Et lui-même U essuya scs yeux humides.

LKS DRAMEvS DU VILLAGE

La jusücô divine venait de frapper ia mère coupable; mais clémente, en sa sévérité, elle avait repris à la terre Tenfant du viedlard débauché et de la femme perdue, pour en faire un ange du ciel.

Comme si elle n’avait attendu que le nioineut où le prêtre lui ouvrirait ses bras, la Martine fondit tout à coup en larmes.

Puis elle se jeta sur le corps de son fils, le couvrit de baisers brûlants, l’appelant par son nom et répétant d'une voix délirante :

— Non ! Dieu n'a pas pu me le reprendre !... non ! il n’est pas mort !...

— Ma fille, disait le curé Duval, les vues de la Providence sont impénétrables. Votre fils est au ciel... Prier et pleurez, pauvre mère! Dieu vous pardonnera vos fautes.

Ce mot de pardon retentit douloureusement au fond du cœur de la Martitie.

Elle s'arracha du lit mortuaire, promena un regard désolé sur tout ce monde silencieux et morne qui l'entourait, et, tout à coup, son regard s'arrêta sur Rostùgnol.

Rossignol, le prétendu assassin de Saurin, Rossignol, le paria qu'on chassait de partout.

Rossignol qui, toute la nuit, avait fait des prodiges de courage et d’abnégation et s’était multiplié pour ainsi dire, essayant de sauver cette maison d'où lui étaient venus la honte et le désespoir !

Alors celte mère que la justice divine venait de frapper, courbant un moment la tête sous le diàüment, SC redressa cclciiréc du rayon sublime du rc> peniir.

Elle marcha droit à Rossignol et s’agenouilla humblement devant lui ;

— Avant que Dieu ne me pardonne, dit-elle, il faut que les hommes m’aient pardonné.

Tout le monde tressaillit; Rossignol lui-mème sentit ses yeux se remplir de larmes.

La Martine avait retrouvé soudain cette voix sonore et presque impérieuse des anciens jours.

— h!couiez-moi tous, dit-elle, écoutez-moi... et que ceux qui sont à la porte entrent pour entendre ma confession !

Le curé la regardait et ne savait pas encore où elle en voulait venir.

l a Martine, demeurant à genoux, continua ;

— Cet homme, que vous voyez, qu’on a traîné en prison, qu’on a accusé d’un assassinai, était innocent.

Un murmure d’étonnement couvrit un moment la voix de la .Martine.

Mais elle, avec une énergie toujours croissante, continua :

^ Ce n’est pas Rossignol qui a tué Saurin; et quand on l'a arrête, je le savais... et je n’ai rieu dit, misé-

rable que j’étais!... et, profitant du crime, jalouse de voir mon enfant hériter de tout, cir M. Ridiardavaa fait en faveur de si nièce, un testament dont Saurin était [x>rtcur quand on l’a assassiné ; j’ai laissé cet homme s’asseoir sur le banc des criminels et je n’ai rien dit... ie n'ai pas crié : Il est innocent !... .Ah! je ne croyais pas à Dieu, alors...

Kl elle étreignait les genoux de Rossignol et repeü:: d'une voix suppliante :

— Pardonnez-moi! pardunncz-inoi !...

Hosbignol la releva :

— Je vous pardonne, dil-il; mais ce n’est pas voe? qui avez assassiné Saurin.

— Non, dit la Martine, cc n'est pas moi... mab j’aurais pu empcclicr sa mort... j'aurais pu le prévenir... et je n’ai rien dit... je suis une misérable!

— Ma fille, dit le curé, tout ce que vous venc: d’avancer, je le savais... et je vais pouvoir vous dire qu’en présence do votre repentir, Dieu vous pardonne, comme cet homme vient de vous pardonner.

— 11 faut pourtant que l’assassm soit puni I s'écria alors une voix au seuil du pavillon.

Chacun se retourna, effaré, tant la Martine iu&piraj! niniiitenant de pitié.

C’était une hideuse et vindicative servante qu’ea afipelait la Dorothée et qui laissait enfin éclater l'orale de haine et de rancune amoncelé au fond de sou csu: deptiis que .M. .Maurel l'avait chassée de Bcllevuc.

Kt comme on la regardait avec une sorte de stupeur, elle ajouta :

— Celui rjui a assassiné Saurin, c'est le frère de cii* dame, c’est le Mulot.

I La .Afarlinc ne protesta point, ci une fois encore elle I baissa la tète.

Cependant personne ne souffla mot.

Chacun peut-être comprenait que l'heure des acca^ salioms n’était point venue.

11 n’y eut que le curé qui eut le courage de traverser la foule, d'aller droit à ia Dorothée et de lui dire avec indignation :

— Vous êtes une mallieureuse I sortez...

Ilosâignol avait pardonné h la Martine, et il sortaK les yeux pleins de larmes.

Un homme lui frappa sur i’épaulc.

C’était le brigadier Lebouteux.

— Que tu pardonnes, c’est bien, lui dit-il, et ce n’esi jtas moi qui l’en ferai reproche; mais encore faut-il que les hommes qui le croient coupables te pardonnent à toi-même, et pour cela il faut leur prouver UHi innocence.

— .\li ! lit Rossignol d’un air hébété.

— Et la Clicvrelle ? fit Lebouteux.

Ces deux hommes se souvenaient pour la premièff fois dcpui.s le commencement de l'inccndie, qu’i!> avaient laissé la fille sauvage au bord de la forêt, pie«b cl poings liés.

Ils y coururent.

Le brigadier disait en route ;

MAIlK.MOISi:iJ,K MK’.NONXK

Cf fut efirri;«ntel ^tUiHiDf a la fois, (paar ild.'

— C’est la Clievrette qui a mis )e feu. et les gen> darmes auront de l’ouvrage aujourd'hui.

Mais, quand Rossignol et lui arrivèrent à l’cndroR oh ils avaient laissé la fille sauvage garrottée et, par conséquent, dans l'impossibilité de fuir, ils se rcgard'Tent avec un étonnement qui tenait de la stupeur...

La Chevrette avait disparu !

La fille sauvage avait eu un moment de faiblesse et pour ainsi dire d’épouvante folle, comme on a pu le voir, lorsque Lebouteux et Rossignol avaient prononcé le mot de guillotine. Mourir d’un coup de fusil, pour elle qui avait toujours vécu dans les buis, n'était rien.

Mais, mourir guillotinée !...

Les paysans ont de ce supplice une aussi grande horreur peut-être que les Arabes, qui, cependant, autrefois, s'agenouillaient sans pâlir et presque en souriant devant le chaous, et attendaient avec indifférence la décollation par le cimeterre. Cette terreur, cet épouv.mlement suprême, sont la conséquence de ritifernale

curiosité qui pousse la foule vers l’échafaud, aux jours de grande expiation.

La Chevrette, cette fille des forêts, cet être à demi bestial qui ii'avait jamais couché dans un lit avant que le .Mulot ne fût pruprictaire de Bellevue, avait cependant vu guillotiner.

(ximment et en quel lieu ?

Cesl ce que nous allons raconter en peu de mou;. Klle avait quatorze ou <|uinze ans, alors, et menait de-' puis longtemps déjà une existence forestière. Une nuit, comme elle sortait de la forêt et arrivait sur la route de Kay-aux-lx)gcs, elle vit une troupe de inonde rpii marchait à pas pressés.

Il était plus de minuit pourtant, et à cette heure les routes sont désertes.

La Chevrette s’assit sur le revers d'un fossé et regarda curieusement cette caravane d'hommes, de vieillards, de feimiies et d’enfants.

On efil dit une colonie allemande émigrant vf rc le nouveau monde.

LES DRAMES Dl’ VILLAGE

Puis apr»*s ce!lp-lh il #'n vint unp aulro, puis une antre et la On vrcttc sln[>pfaite re^'anlait toujours, et à mesure que la nuit s'avan ;ai', la n>uie se couvrait de monde.

(jii U)us ces allaient-ils?

Chevrette quitta la lisiiTC du hois. franrliit le fossé d'un bond et vint se mêler à cette foule (|ui fjrossissaii sans cesse comme un torrent et qui l'cniraina.

A chaque maison du bord de la route, de nouvelles recrue-» s’ajoutaient ii r(*trange cohorte.

Daii'^ chaque liarneau, dans chaque village le torrent humain grossis-ail et dovcnail plus bruyant.

La Chevretu* écoutait sans comprendre, mais elle suivait toujours.

ünnn.au ptnitjoiir, nn r.aelgnit les portes d’une ville.

C’était la petite villn de (iien.

]j\ Chevrette aurai* vou'u fuir, qu’elle no l’aurait pti.

Du reste, elle sa.nit maintenant oii elle allait et uii O-mir.til tout le iiio.idr.

On allait guillotiner une femme.

Onand la fotde s’arrêta brusquement et fut mémo rej' téc en arrière par les tronp s qui entouraient l'édiafaud, la Chevrette leva les yeux.

Elle vit le sinistre coujjcref.

Puis elle entendit de> cris et aperçut la (patiente (}ui se délmUail aux mains d<*s aides du lïourrt'au.

La Chevrette, ail rréc, ferma Us yeu’t.

Puis elle entendit un bruit soimi...

Puis, plus rien 1

Ce souvenir épouvantable avait longtemps j>oiirsuivi 1.1 Chevrette et troublé le sommeil de ses nuits à la b “Ile étoile.

Avec le temps, il s’ét.iil effacé i>eu à peu ; mais il .ivail ?uffi d'un mot de Ros.signol {wur le lui rappeler.

Peut-être, depuis le jour oh les chiens du garde s’.ipnn taicnt a la di-vorer, la Clievreiuj n'avait-elle pas eu [leur.

I.eluiiiteux et Ro.'Si^nol avaient profité de cc mnineni d’épouv.inU* pour la garrotter et lu réduire à rmipuissaiice, et, si le fen n'avait pris en co moment à la Renardière, tans nul doute, elle n’cCit plus opposé la nuûndre résistance.

Mais, quand Itts deux hommes reurent abandomu-e pour courir au secours de la Kenardière qui brûlait. I l idievrcltc sentit la raison lui revenir, et la rais- n Irio.nplia de son épouvante,

, Kl, tandis que la nenurdicre flambait, elle sc prit à faire d''s HTorts inouïs pour sc délacIeT. Ce n’claii J as f.icUe, car les conles étaient nouées sulidemenl.

Mais elle avait une si grande soiijilesst* dans le* corps <ju‘ello parvint è .se replier assez sur elie-inème pour atteindre avec ses dents les cordes qui lui liaient les nuin.s.

Alors coinmenea pour elle un vérilal)!c travail d’animal rongeur, nu travail <ju elle mena a bonne fn, car, en moins d’un quart d'heure, e.le eut coupe la corde.

Les mains lilir s, eUo* délia .ses.ambcs.

El, se reilressant, elle contempla un moment ce sinistre et grandiose spectacle de l'incendie qui était ;»on iL'uvre.

Puis, tout h coup, elle songea au Mulot qu’elle avait dénoncé, dans sa fureur jalouse, et son amour besUâ! la reprit.

— Oh ! dit-elle en s’élançant sous b.iis, jo ne veut pas qu'on le guillotine... je veux le sauver !

Tandis que la Chevrette courait, la veille au soir, mettre le feu à la Renardiôn;. le Mulot, proliUmt de ton conseil, se montrait dans Saiiitd'lorenlin.

Il entra d'abord au bun^u de tabac et y aclieta de» cigares d’un sou.

Puis il lit son apparition au café de l’Univers.

Le café était plein d<‘ monde.

On t’y entretenait de» événements de la veille, et d la défaite éprouvée par .M. Juuval qui s'clait si bi n cru, pendant quelques heures, le fulur pro]>ri4‘iaire du château.

Un n'usait cependant pas se moquer trop ouvertement do M. Jouval; mais un se rattrapait joliment sur la Mulot,

Ce dernier était devenu l'uhjct de ranimadvcrhi >;i générale.

Aussi, quand il entra, personne ne sc dérangea {)our le saluer. On ruccueillit même avec des sourires ir niijiies, ol Ulysse le tonnelier Ini-méme, en dépit dt se» iiiHliiicls de flatterie, ne parut pas faire attention à lui.

Mais le Mulot ne prit pas garde à ce revircnic*»' suhil. ^

Il avait une bien autr. préoccupation, vraiment !

Il soiige iit à la Heiiardière qui allait bientôt llaniber comme une allumette et dont {wisonnc ne s’écbap(>erait, ni la Martine, ni le petit AugusU\ ni Michel. I>»*iirvu qui* la Chevrette déployât dans cette expédition so I liabilelc ordinaire.

Le .Mulot, tout entier à son rêve d’avenir, se voyait déjet reconslruisanl le manoir devenu sa propriété et iicrilam des belles terres qui se trouvaient à l'eulour.

Aussi s’inquiélüil-U fort peu à celle heurt* des chudiottcmeats moqueurs qui sc faisaient ciUemlre autour de lui.

Il venait pour se faire voir, pour bien établir sa ’ non |>arlicipation h rincendie de la Keiiardière. et vuili tout.

11 demanda du vin chaud et le Journal du Loiret.

Puis il St? mil à lire machiiialenu nt et ne s’occiipplu*: de persfmne.

L n quart d’heure après, M. Jouval entra.

Le Mulot leva les yeux sur lui, esin rani retrouver dans le marchand de biens son excellent ami de la veille.

Mai.s M. Jouva! le regarda fort dédaignctisement.

L’inicrêl qui les avait unis un luoutejU s’éttiit

M.U»EMOISKLLK Mir, NONNE

ronjpu, M. Jouval repren;ùt son rang, comme o:i dit.

Le .Mulot se mordit l 'S lèvres et pensa :

— Quand je serai rtcfic, il me .saluera autrement.

Kt il se remit à lire le Jounuil du Lviret.

Vers on/e heures, comme le café se vitlait cl que le cafetier s'apprêtait h rapi)Cler l’ordonnance municipale sur la fcniieturc des cabarets, à ceux qui buvaient et causaient encore autour du poêle, une voilure de commis-voyageur qui venait d'Orléans s’arrêta à la porte et un jeune homme en de.sccndit.

— Tiens! dit Ilysse, c’est monsieur Gou.ssepiin, le voyageur de la maisi)n Bertraml ?

— Moi-mème, dit le commis, je meurs de soif, et pourtant je veux aller couclier è Sul!y-sur-Lnire.

Kt tandis qu’on versait à boire au commis-voyageur, il ajouta :

— Ah cè, qii’est-ce qu’on brùltî donc chez sous?

— Coîumcnl ! ch'^z nous ? dit-on avec étonnement.

— Je veux dire dans s'olre forêt.

— Hein? dit M. Jouval, quelque chose biûle en forêt?

— Dame 1 vous n’as'ez qu’à sortir du pays et à aller jusqu’au Mai!

— Eli bien ?

— Vous verrez le ciel tout rouge du côté de Seuryaux-Bois.

Oltc nouvelle était de nature à piquer la curiosib’’.

Les derniers habitués du café de TUnivers se précipitèrent au deliors, M. Jouval en tète.

Le Mulot, qui avait de terribles balUmeiiU de cœur, les suivit.

Le Mail était une esplanade située derrière Téglif^e, et par conséquent le point culminant de Saint-FIolenün.

De là, on voyait au loin, à l’horizon, les lignes bleuâtres de la fol èt.

M. Cûussepain, le voyageur de la maison llcrtrand, avau du vrai.

Le ciel était enflammé.

— C'e^t quelque meule qui brfile, dit M. Jouval.

~ Ou bû n une ferme, dit Ulysse.

— hh bien, il n’y a pas de mal, dit encore M. Jjuval. Ici tout le monde est as.suré, et les compagnies ^ont riches.

— Mais ofi donc le feu pcol-il être? fit Ulysse.

— Il est à plus de six lieues d'ici, répondit un autre paysan.

— C’est trop loin pour nous déranger. Allons-nou.s couclier.

Le Mulot s’etait suffisamment fait voir.

Il salua M. Jouval, qui ne lui rendit pas son salut, et gagna son château de Believue.

Mais il ne se mil pas au lit.

Certes, i] n’avait guère envie de dormir.

11 passa les deux tiers de la nuit à la plus haute fcnéli 0 de son manoir, regardant le ciel llamlxiyer, ccoutanl le bruit lointain <lu tocsin qu’on so uuit à Seury-aux- Bo^^, et <iue lui apportait le vent du nord.

— Fersonoe nm échapperai peiisail-U avec une

joie féroce. La Clievrcttc est une bonne IlIIo... faudra que je .sois reconnaissant... je la garderai... elle serc. ma servante...

Et comme les étoiles commcn<,aieiU à pAlir dans l ■ ciel embrasé, qa; lo tocsin ne sonnait [»lus et rpie 'a luniioro anhuile qui s’élail si longtemps projeté.- à 1 hüriyon décaissait -peu à peu, lo Mulot munnunit :

— Je crois bien que tout est fini et que me voilà maitro à la lloiiardière !

. En CO inoüX'm-là, un houhoulenicnl singulier, semblable h celui dTiii oiseau de nuit, traversa l’espace.

C’éuiii le fW fores!hr de la Chevielie.

Peu après, dans l’unibre partie du pignon do Rcllevue, une forme noire s'agita jiar bonds et |>ar sauts, et la Ciiovreiie acaiurut en dis^mt :

— Mon Immmoî rmui homme! nous sommes perdus ! II faut r tH forêt.

La Chevrette avait un air si effar *, que le Mulot ne put se défende d’une certaine inquiétude.

— 0u‘c8l-il anivé? dcmanda-l-il. Tu as mis le feu...

— Oui.

— Et on t’a surprise...

— Apn'‘s, oui.

— Et lu as tout avoué ?

— J'étais folle.

Le Mulot crut compnm lre.

— Tonnerre! s'ocria-t-il, lu nous as vendus tous les deux !

— Oui, dit-elle en baissant la tête.

— Tu as dit qno c’était moi qui l’avais conseillé di; mettre le feu. continua le Mulot avec un accent de rage... tu es une riiiserabic! mais heureusement... on no lo croira pas!... la Martine est ma sieur... clic m'a Lit du bien... nous nous sommes toujours aimés... c'est clair, cela... loi. tu es une coquine !... tu voul iis que je t’épou'e... je u’ai pas voulu... alors lu as mis le feu... voilà ma défense... cl on me croira.

Puis i) eut un accès d'orgueil fiaysanesque.

— On croit toujours un propriétaire! achev a-t-il.

La Chevrette avait rc(^u avec calme cette avulancho

de sottises.

Elle se prit à regarder le Mulot avec une douloureuse pitié.

— Tu as tort, dit-elle, lu te trompes... on ne l’accuse pas d’avoir rnis le feu.

— Hein? fil le Mulot qui reaila d’uii |>as. .Mors, pourquoi dis-lu que nous sommes |)orilus?

— C’oil rapport à Saurin.

Le Mu!ot tressaillit; puis, haussant les éjiaiiles :

— Tu ‘•ais bien, dit-il en riant, qu’il n'y a p.is de preuves outre nuus; cest pas nous, c’est Rossignol 1

— Tu l(‘ trompes eiicorc.

— Allons donc !

— Ec.^utc, reprU la ClievrcUe d’iiiiv* voi.x rapide et comme si elle eôt *'u peur de perdre un temps pré*cieux, est-il vini ([uc lu as songe à epouser la dumoiwcllo Mignonne ?

l\ir4AniK‘£*3ioi ’ iiuJunnci iqvI ? 14o.;

— Oii'esl-ce (]uc ça te fait ? répondit le Mulot d’un ion brutal.

— Ça me fait que je veux le savoir.

— Ça ne te regarde pas.

— Réponds, oui ou non.

— Et si je ne veux pas, moi !

La Chevrette fut reprise p.ir sa liaiue jalouse.

— Oh ! je vois bien dans tes yeux que c'est vrai, <lit-elle.

— Eh bien, quand ce serait vrai, apres!

Et le Mulot prit un air menaçant.

— Eh bien, c'est ce qui nous a perdus tous deux.

— Que veux-tu dire !

— Écoute : quand j’ai eu mis le feu, j’ai rencontré deux hommes. Rossignol et le brigadier Lebnuteux. Us lu’ont dit que tu voulais épouser la demoiselle.

— Ah I c’est eux qui te l’ont dit?

— Oui. Alors la colère m’a prise, et j’ai tout avoué.

— Mille tonnerres ! exclama le Mulot , qu’est-ce que tu chantes Ih ?

— Je dis que j'ai avoue que c’était nous qui avions tué Saurin.

— Ah I misérable I

Et le Mulot voulut se ruer sur elle.

Mais elle se jeta h genoux et joignit les mains.

— Tu me battras après, dit-elle, tu me tueras mémo, si tu veux; mais, auparavant, il faut fuir... Viens en forêt... Je sais un endroit oit on ne nous trouvera pas... Mais ne reste pas ici...

— Misérable ! misérable ! répétait le Mulot hors de lui.

— Viens, disait la Chevrette d'un ton suppliant... Mon homme, sauve-toi !... les gendarmes vont venir, sauve-toi !

Il lui répondit par un éclat de rire; puis, son audace lui revint.

— Sauve-toi si tu as peur, toi, dit-il; mais moi je reste!... Je suis M. Maurel, propriétaire. Quand je dirai que lu es une misérable servante qui voulait se faire épouser par son maître, et qui a inventé pour se venger toutes ces calomnies, on me croira.

La Chevrette répondit par un gémissement.

Hais le Mulot, s’exaltant et s’affermissant dans celle conviction grossière, ne voulut rien entendre.

— Si lu as peur, toi. dit-il, tu peux l’on aller !•■■ Moi je me fiche des gendarmes.

MAÜKMOISELLE MIGNONNE

iSS

Et U prit la Chevrette par les épaules et la jeta à la porte.

Le soleil montait à l'hurizon, et .M. Jouval venait de se lever.

U entendit causer sous sa fenêtre , l’ouvrit et sc pencha dans la rue.

Un groupe d'une douzaine de personnes parlait et gesticulait avec animation.

M. Jouval descendit pour savoir de quoi il s’agissait.

Lh il apprit que pendant la nuit la Renardière avait brûlé, que le petit Auguste était mort, et que la .Martine, folle de douleur, pourrait bien être morte avant la fin du jour.

Ulysse le tonnelier, l'étemel Ulysse, qu’on rencontrait partout, disait même h ce sujet ;

— C’est M. Maurel qui va hériter de tout ça ; approcliant un million I

M. Jouval fut frappé de la justesse de ce raisonnement.

— Eh ! eh ! se dit-il, Ulysse a raison. J’ai eu tort d'étro fier avec ce jeune homme... Il faut que je fasse ma paix avec lui... On ne sait pas... nous ferons iwut-être nn jour ou l’autre des affaires ensemble.

Et M. Jouval, en homme prudent qui réserve l’avenir, prit tranquillement le chemin de Rellevue.

Le Mulot, après avoir chas‘é la Chevrette, avait eu recours à son remède habituel dans les grandes émotions.

Il avait débouché une bouteille d’eau-de-vie et s’é- Liit mis à boire.

A mesure qu'il buvait, il sc trouvait de plus en plus propriétaire, et par conséquent au-dessus de tout soupçon et de tout châtiment.

L’ivresse simplifiait de plus en plus la question.

La Martine était morte, c'était à pou prés sur. I .t

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LES IIRAMES Dl VILLAGE

Chevrette ne pouvait être un l<imoin sérieux... on ne h croirait pas... et on le croirait.

Et il but tant et tant que scs yeux se fermèrent et qu'il s’endormit dans la cuisine.

.M. Jouval, qui avait inulilenienl frappé et avait fini par .soulever le loquet de la porte, le trouva couche sur la table.

Il le secoua et finit par réveiller.

— Ah ( c’est vous, dit le Mulot, qu’est-ce que vous voulez ?

— Je viens vous faire mon petit compliment, dit M. Jouval d'un ton amical.

— Hurn? qu’est'Ce que vous ditenî

— Il m’c^t avis que vous allez faire un joli héritage...

lAi Mulot tressnlllll et se leva tout d’une pièce , secouant les dernières fumées de Tivresse.

Mais M. Jouval n'eul le temps ni d’expliqtjer au Mulot comment il hcrilail, ni de lui tourner galaniinent son conijiliment.

Le trot de deux chevaux sc fit entendre dans l'avenue.

M. Jouval so tourna vers la fenêtre et demeura sUipéfaii.

Deux gendarmes mettaient pied à terre dans la cour, et le Mulot n’était pas enc «re dégrl»é. M. Jouval ne s'expliquait pas enotre le but de celte visite matinale, qu'ils entraient dans la cuisine.

Le brigadier posa sa mata sur l'épaule du Mulot et lui dit :

— Au nom de la Ini, je vous arrête !

Le Mulot pâlit, balbutia quelques mots sans suit», et murmura enfin :

— La Clievrelto avait raison... J’aurais dit l’écouter !

M. Jouval se dirigeait prudotnment vers la porte.

Hé l hé ! lui cria le brigadi -r, vous avez raison... faut pas vous trouver mêlé à tout cela , mon gros père...

M. Jouval s'indigna et répondit :

— Je suis un honnête homme, nioi.

— Je ne dis pas non, fil le brigadier en riant, mais c’est égal, j’ai idée que nous suiume.s des gens de revue...

Et tandis que M. Jouval frissonnait sous le poids de celle plaisanterie de mauvais augure, le brigadier tira des menottes de sa poche et les mit au Mulot , dcicuu tremblant et lâche.

LU

Le cliàteau do Sainl-I’lorcntin était en joie, après avoir passé par toutes les phases de ranguisso et du dése,spoir.

Tandis que la Kenardière bnVait, que le petit Auguste mourait, que ta Clievrelte fuyait au plus pruf -ml de la forêt, et que les gi lulirmes arréUk'ut le Mulul, la vieille demoiselle de Mis^eNy, .sou ncvvii Anatole et ia jolie .Mignonne, ignorant iou.s ces lu^ubiCA evéne-

mcnis, SC réjouissaient d’a\ oir échappé aux basses inir gués de M. Jouxal.

La vieille di-muiselle disait h Mignonne :

— Vous êtes le bon ange de notre maison, mon enfant ; et je suis persuadée que si mon neveu n’avaii eu le bonheur et le bon goût de vous aimer, nous n’eussions jamais trouvé ces malheureux six mille francs, pour lesquels on nous a fait tant de misère'.

Mignonne souriait et répondait :

— Et ce pauvre M. le cuni qui est allé à Pithivier.' emprunter cette somme (

— Eh bien! l’argent qu'il rapportera sera pour les pauvres du village, dit Anatole qui tenait dans ses mains In main blanche et mignonne île la jeune fille.

Et la vieille demoiselle et les deux jeunes gens avaient passé la journée à faire des rtH'os do bonheur et d’avenir.

Puis, le soir, \natole l'avait respectueusement reconduite ju.S(]u'è la porte de la maison d'école.

Le lendemain, Mignonne était rev« nue au chât- au.

On ne savait rien encore de l’incendie de la Renardière.

La deuxième journée s'écoula comme la première.

En attendant quelle fiit baronne de Misseny, Mignonne mangeait au di.Ueau.

Comme le repa.s du soir s'achevait, un domestique entra un peu ému et dit :

— Void M. le curé Duval; mais il n’est pas seul.

— Et avec qui est U doue? demamia Anatole avec empressemiml.

Mais le domestique n'eut pas le temps de répondre.

Le vieux prêtre entra simplement dans ia salie à manger, donnant la main à une femme vêtue de noir.

A la me de cette femme. Mignonne irassaillil et devint pile et toute tremblante.

Celle femme, c’était la Martine.

Et personne n’avait encore ilil un mot, que la Martine s’etait humblement niUr' à genoux devant Mignonne et lui disait :

— Madeinoi.selle, je viens me jeter à vos pieds e*. vous demander pardon. Je viens vous restituer le bien que je vous avais pris...

En ni-'me temps elle tendait un |)apier qui n’était autre qu'un acte de restitution pour la partie do la fortune laissée par le commandant à sa nièce, dans le teslamont disparu, et une donation pleine üt entière de la part faite au petit Auguste.

Mignonne, en proie à une triste émotion, voulut relever la Martine.

Mais elle demeura à genoux.

— Non, dit-elle, pas avant que vous ne m’ayez pardonné!

— Je vous pardonne de grand cœur, répoiulit la jeune lille.

La .Mailine demeurait cependant toujours à genoux.

— - Votre oncle avait fait un testaiiienl dans lequel ti vous laissait la moitié de sa fortune ; c’est sa fortune tout entière, mademoiselle, dit la .Martine, que jo viens vous supplier u’ accepter.

MADEMOISEU.E MIGNONNE

— Mais, s’écria Mit’iianne, vous ne jwuvez pas dépouiller voire (Ils.

La -Marlinc répandit par un sanglot.

— Les anges n’ont besoin de rien, dit gravement le curé en montrant de la main un coin du ciel que découpait la fenêtre uuvcrlo.

Mignonne comi>:it.

Elle prit la Marlinc dans scs br.is, la releva et l’embrassa.

Puis, comme ayant tout oublié et ne se rappelant que sa première enfanci? :

— Pauvre Martine! dit-elle, pleure donc... les larmes font tant de bien !

El comme le pardon du ciel, la mère r{iii ii’avail plus de fils retrmiv.dt dans la jeune fille persécutée par (die un ange qui parlait de l’aimer; mais les hommes SC montrèrent moins indulgents que la Providence.

Tout à coup un homme entra dans le cliàteau qui demanda h parler au cur.^ Duvni.

Le curé sortit agité d*un triste pressentiment..

Il trouva dans la cour le brigadier de gendarmerie, i|ui lui dit :

— Monsieur le curé, je ne voudrais pas manquer de resp(^cl à M. le baron de Misseiiy et à sa famille, et cependant U faut que je fasse mon devoir.

— Que voulez-vous dire? demanda le curé ému.

— J’ai è exécuter un inandat de depot lancé contre la Martine par h' juge d’insu uction .

Mais déjh la Martine était dans la cour et. relevant la liMe, retrouvant tonte la sauvage tinergie qu’elle avait autrefois, elle dit :

— Je suis prête !

— 0 mon l»i ni ! elle n’est pas coup.ableî s’écriait Mignonne en pleurant.

Et tandis que M. Anatole j>arlemeiiUiit avec le brigadi(‘r, demandant si on ne pouvait pas dilTérer l'arro.>tnlion de celle pauvre femme, dont l’cnfanl avait été (mierré le matin même, le curé offrit son br.is à la Martine en lui disant :

— Mon enfant, appuyez-vous sur moi et acceptez celte dernière douleur comme une expiation suprême. Je ne vous quitterai pas, je serai votre ami, votre défcn.'^eur ; je dirai aux htpmniLS qui vous jugeront votre repentir, et pcnl-éire seront-ils comme la Providence... Peut-être vou.s pardonneront-iis eux aussi?...

Et le vi(?ux curé dit au brigadier :

— Marchons, monsieur, j’accompagnerai votre prisonnière à Orléans.

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