LUI
Trois semaines plus lard, le palais de justice d’Orléans retetUis^ail de nouveau du nom de Rossignol dit l’Écureuil.
Mais cette fois, le pauvre diable «était pins sur le banc des prévenus.
Il était assis au banc des témoins.
! La foule énorme qui avait assisté l’année pré<^dentc 1 aux delKiLs de son procès ciail venue voir juger le I .Mulot et la Martine.
J Tout Saint-Elorenlin était là, depuis le bon curé I Ihival, qui n'avail pas voulu quitter la Martine en ce douloureux moment, jusqu’à M. Jouval, qui avait eu l’audace de venir s’assr‘ûir dans une des tribunes réservées au public.
Un accust- nian<|uait au banc des prévenus.
C’était la Chr.vrelte.
Eu vain les gardes, les gendarmes avaient-ils battu la forêt, les fermes et les villages roibiiis.
Nulle part ou n’avait retrouvé îa fille sauvage, cl le bruit a^ait fini par se répandre qu’elle s’était noyée dans quel(|ue marc.
Les débats furent longs.
Le Mulot, en déj)il des preuves qui l’accablaient persistait à nier.
En vain lui rcpréscnlail-un le t-stamont du commandant Richard, trouvé dans un tronc d’arbre, ainsi que la boucle d’oreille qu’il avait perdue dans une broussaillo voisine et (]ui avait servi à Rossignol pour construire patienimcnl son lent é lifice de réhabilita lion ;
En vain la M^irline avait-elle tout avoué;
Le Mulot jKîrsistait à soutenir qu’il était la x Icüm 1 d’un coup montt'*, et que tout le monde lui en voulait.
Pendant son irUorrogaluirc, il avait tourné la tête et aper<;u M. Jouval qui riait.
Alors une sueur subito avait fait place à l’espèce d’abattement auquel il était on proie, et U s’était écrié:
— Voilà l’homme qui m'en veut... riiommc qui m’a perdu!
Puis il avait raconté toute rhisloire des six mille francs.
I M. Jouval avait été obligé de quitter l'audiemce,
‘ poursuivi par les huées de la foule.
Néanmoins, le .Mulot niait toujours toute participation à la mort de Saurin.
Mais la conviction du jury était faite.
I Grâce aux efforts de son défenseur, un jeune avocat plein de fougue et de talent, le Mulot obtint le bénéfice \ dc.s circonstances alfiMiuanles et sauva sa lêie. Il fut i condamné aux travaux forcés à perjM^Mité. La Marlinc I n’avait pas conseillé le crinie, mais elle en avait profilé;
' c'était une complicité,
i Cependant la déposition du vieux airé fut si chaleureuse, .‘^i touchante; il peignit si bien les remords, le repentir et les douleurs de la mère qui n’avait phts do fils; il raconta avec une simplicité si éloquente la démarche faite par la Martine auprès de mademoiselle Paumelle, que l’avocat n'eut que quelques mois à ajouter.
I I.a Martine fut acquittée.
I Elle sortit en pleurant, au bras du vieux prêtre qui c mnnissail sa réstilulion.
' Elle voulait racheter son passé en entrant dans i l’ordre religieux des S<fiurs grises.
I.a foule morne qui staiiunnait à l'entour du palais I de justice, s écarta respeclueuseracni devant elle.
Cette même foule hua le condamné, quand on le reconduisit dans la prison.
Rossignol faillit être porté en triomphe.
M. Jouval n’avait pas jugé prudent de retourner li soir même à Saint-Florentin,
11 se rendit à la gare du chemin de fer et prit un billet pour Paris, emmenant avec lui Ulysse le tonnelier, son dernier courtisan.
Ije dénoûment do cetto histoire, qui est d'hier, est facile à deviner.
Mignonne Paumelle est devenue baronne de Misseny.
Grâce à la fortune de sa jeune femme , le gentilhomme pauvre a restauré son vieux manoir, et h vieille demoiselle se sent rajeunir chaque jour.
Les nouveaux époux n'ont pas voulu rebâtir la Renardière par un sentiment facile â comprendre, mais ils ont conservé toutes les terres et les fennes qui en dépendaient.
Malheureusement, il n’est pas de bonheurcompietet sans nuage.
Quelques semaines après leur union, Anatole et Mignonne ont éprouvé une grande douleur, qu'ils ont partagée, du reste, avec tout le pays.
l.e bon curé Utival a eu son changement.
Il y avait quarante ans qu’il était à Saint-Florentin et il espérait y mourir.
L’autorité supérieure ecclésiastique en a décidé autrement.
Et comme le vieux prêtre tout en larmes se jetait aux genoux de Monseigneur un le suppliant de ne pas le séparer de ses enfants, le prélat lui répondit :
— Mon vénérable ami, l'afiétre doit toujours marcher devant lui, en prêchant la parole de Dieu, et ne jamais regarder en arrière.
La paroisse dans laquelle je vous envoie a besoin de vous.
El le vieux prêtre s'inclina en signe d’obéissance.
Heureusement pour les bonnes gens de Saint-Florentin, Saint-Donat, la nouvelle cure de l'abbé Duval, n'est qu’à trois Ucues de distance, et il a promis de venir baptiser le premier enfant de la Jeune baronne de Misseny.
C'est à Sâint-Donat que nous retrouverons l’abbé Duval, et sans doute quelques autres des personnage*; de ce premier récit, no fAi-ce que M. Jouval, le tyranneau rustique, et notre bon ami Bigorne, le sacristain.
UN D” IK PRFIMlèRE P.VnTlt ,
Ll.(CMY — liiÉ|>r de Nuuria* et Cie. > rue du Bdr-d'.Vkiiiem. t^.
LA MERE MIRACLE
C« fut 00 coop de théâtre l'ose |.t3).
La mère Miracle suivait, un peu avant le coucher du soleil, les bords du canal, entre Pont-aux-Moines et Saint-Donat.
Le canal n’a pas les honneurs d'une navigation remorquée par des chevauj ; ce qui fait que le chemin de halage, au lieu d’étre une route fangeuse et défoncée, est au contraire un joli sentier frayé entre deux bandes do gazon, courant à l’ombre d’une belle rangée de I"' LIVIlAlSON.
peupliers, et gagnant sur la roule départementale, qui fait plusieurs circuits, un bon kilomètre sur cinq.
C’est la distance do Pont-aux-Moines è Saint-Donat. Cette route était familière ii la mère Miracle.
Bien souvent, elle l’avait faite deu.x fois par jour ; car, outre son métier de sorcière qui ne lui rapportait rien — car c’était gratis qu’elle disait la bonne aventure — comme il fallait vivre, elle se chargeait, pour les deux ou trois châteaux du voisinage, d’une foule de commissions.
LKS ÜllAMES 1)U VILI.AGK
Aiorâ. comme Saint-Donat est tout petit, qu'il ne possède ni épicier, ni boucher, la mère Miracle, son panier au bras, s'en allait à Font-aux-Moines et prenait le bord ilu canal.
Souvent, quand clic ne parlait pas do trop bonne heure, elle rattrapait en route le facteur qui suivait volontiers le même cliemin ; et, comme elle était janeuse, la bonne mère, elle se déliait un brin la langue, ce qui a toujours raccourci les distances.
Ce n'était pas, comme on pourrait le supposer à ce nom de mère Miracle, une vieille et une mendiante.
De son vrai nom, elle s’appeiait Marthe Chivol. Klie u'avail Jamais été mariée, et il n’y avait rien à dire sur sa conduite.
Ce sobriquet de mii'iv lui venait, chose assez bizarre, de sa jeunesse.
Enfant du pays, Marthe Chivot, prise d’une belle vo- CJtlion religieuse, s’eu était allée à l’âge de dix-huit ans su présenter dans un couvetit de sieurs hespitalières. ,
Elle y était restée sept ou huit ans, sans prononcer autre chose que des vieu.x temporaires, ne sp senlplit pas assez (tarfaitc, disait-elle, pour se lier élcrneileiitetit à Dieu.
tàj qui ne l'avait pas empêchée de partir avec d’aq» très religieuses pour la Cophinchine, au hput Je ce temps-là.
Elle était restée dix autres amiées dans l'oxlrénie Urienl.
Pourquoi était-elle ravenqe?
C’était ce que nui ne savait à Saint-pppat.
De ce passi-là, de cella vio d’abnégation et pewlr être de tortures, la mère Miracle ne parlait jamais.
C’était maintenant un secret entre elle u| Dieu, car scs compagnes apostoliques élatent maries é la peitie, cl, .seule, clic avait été sauvée (igr U(t uavirg européen des mains d'uii mandarin faronebe qni s'apprêtait â la mettre à mort.
(.luand elle fut de rcluur à Saint- lMu|at, .Marllic Chivot ne trouva plus personne do sa fainUle.
Tout le monde était luuri, et son père lui avait laisse p ur mut hieu une maisonuelte au boni dn pays, avec un coin de jardin et un bout lie champ, lé lom fra|ip<i •d’hypothèques, ce qui fit que, pour conserver la maison, il fallut vendre le champ et le jardin.
Martiie avait alors trente-six ans à peine; mais en niènie lenijis que son visage, qui avait été beau, s’éuit revêtu, au soleil d'ürieiil, d'une couleur brune et prcs<|ue cuivrée, scs clicveux, jadis noirs, étaient devenus tout blancs.
11 n'y avait [las un mois qu’elle éhiit de retour, que le bruit se répandit qu’elle était sorcière ;
Non [loiut sorcière, dans la mauvaise acception du terme : cite ne jetait pas de sorts aux récoltes et aux tr.aipeaux, elle ne legardait (>as les malailo.s de ce iniiiivais mt qui les fait mourir.