‹ Les Drames du villageChapitre 36 sur 60 · I.KS DHAMKS DU VILI.ACR · texte numérisé non relu

I.KS DHAMKS DU VILI.ACR

I8fi

• L’autro jour donc, vers Irois heures de l’aprhsmidi, je fus réveillé par un bruit de voix et je m'approchai de l’une des fenélrus qui était ouverte,

« l-e curé et la méro Miracle étaient assis sur un tronc d'arbre, sous la fimètre et causaient.

• U pr.rt ince rcud curieux : je me retirai un [leu en arrière de la fenêtre p iiir nVdre pas vit et j'écoutai.

Il Je ne le rapporterai pas toute la couversalion que je surpris ; mais il fut ata'ré pour moi que madame la baronne Mercier aimait M. Henri, un pauvre petit gentilhomme sans le sou qui s’était engasé, et que la mère Miracle demandait des nouvelles de ce dernier paur les re(Kirter, sur-le-cliamp sans doute, au cbjitc.au de Iteuil.

— .Mais enfin, dit le comte Olhon qui avait écouté at|,-nli\cuienl son .ami, où est-il ce sous-officier ? en .\frique, sans doute !

— C'est probable. Ceiienditnl on m’a dit aux Ormes, chez madame Noid...

— Itou ! qu’esl-ce encore que cela t

M. de Venelle eut im sourire de d lit illan.

— Mou cher, dit-ih les Orliies SIIUI l'.1hidBh m.'ttlolf seigneurial de Saint-liouai. Il ,a|ipâtiienl Ibalnten.tiit H deux bonnète., imbéciles dont l’uit a eu la folié d'é- [louser une petite fille elTronléti cortlHie un page, jolie comme un d' tuon, cl qui SC ihotllre Itès-fialléc de mes visites.

— Ah ! ail ! dit le coltlle Dlluilt eu Haut, le voili jouant aux champs le rôle de I.ovelace ?

— On fait ce qit'im |ieul, lé|)dllilll lé cliéttd.aiit de Javelle avec ime rtiodeslie iiniterUhéiiil^

— Eli bien, quë l'n-l-otl dit éux OtliieS?

— Ouo notre rival allait aiatlr uh cohgé.

— .Ab !

— Et qu'on ratlendait d’un jour .à l'autre à SaintfJonat. C’était même un sujet dé tjuert'llé entre l'adorable madame Noël et son benêt de lliarij car il faut le dire que les deux frères s.mt brouiPés à inorl, et i|ue c'est chez le célibataire que M. Henri doit venir. Or, le mari de madame Noël a dit qu'il embrasserait ,M. Henri, dftt-il aller chez son frère, et madame .Noël a fait, cil vue de cet événement, les semienls les plus terribles.

— Mais enfin, reprit le comte Othon , quand on est je ine. riche, jolie cl veuve d’un homme distingué, on 11’ épouse pas un sous-officier.

— Les femmes sont si bizarres !

— C’est vrai, soupira le comte Otbon.

— Et puis, ce sous-oflicier, qui est déjà décoré pour faits d'armes extraordinaires, aura l’épaulclle au premier jour.

— Peub ! dit le comte Othon avec dédain.

— Il est jeune, il est joli garçon, il donnera sa démission et épousera la veuve.

— Mais ton programme est charmant 1 fi! le comte avec aigreur ; alors pourquoi m'as-tu dérangé ?

— Mais, cher bon, répondit .M. de Venelle, je te dis comment les choses iraient si nous o’éUODS pas là.

Seulement nous y sommes, et nous aviserons. El puis je crois que nous aurons un auxiliaire.

— Qui donc ?

— Madame Noël. s

— Bah !

— Elle délesté ce jeune homme, et, s’il revient . comme elle est plus méchante que la gale , elle lui jouera rerlaillemenl ipielque m.auvals tour.

.Mais le comte ütbtm, illuminé tout à coup par un souvenir, inlerromplt briisqiiemenl son bute.

— Tu dis que c’est Un sous-officier de chasseun d'Afrique.

— Oui.

— Déixiré 1

— Parràilenient.

— Et jeune î

— Vlhgl-deux ou vingt-trois tins.

— Mais il n'arrive pas. il est arrivé? C'est lui, bien éertaiiiëihent.

— Liil.;: qui?...

— I.tll iVeb qui j'al fait ié Irsjél d’Orléans à PonlalIx-MbliieSi Jé Hie rappelle partallcmcnl maintenant l'avoir VU iJéiiwndre île l’impéHaléi tandis que ton doipesllqiie s'dctiupall dé mes ti iflages. Je l'ai même W éntréf dartS le liuvc.lu tie labac u!l il a bu de l’eaiidé-Vié coitlHlé liil smidard qil’ll ésl.

— lit il est testé a l’oiit-aUV-MdlHes?

— fjptti il a pus ië fcliemitl dé Saint-Donat, sur lequel Hbiis l’évbiia dépassé qliëlques minutes après.

— Il était a pied f

— PaffallèltlëHt I .avec llnè valise de cavalier sur

l'épaule.

— Pi c’est lui, dit M. de Venelle, certainement il est allé aux Ormes. Au lieu de dormir quelques heures, es-tu homme à monter a cheval avec moi !

— Sans doute.

— Tandis que madanie la folnlesse de Venelle dort encore et rêve dé dohUet uilile rannée du chevreuil aux domestiques pour faire une économie do viande de bouclieric, si tu le veux, nous allons galoper von les Ormes. Je te présenterai à la belle madame Noël, dont cerlaineraenl le mari est aux champs, et nous saurons bien si le sous-officier est arrivé.

— A merveille I dit le comte.

.M. de Venelle fit retentir le timbre placé sur la table, et dit au domestique qui entra ;

— Sellez-moi donc Toto et Fancbetlc.

— Je brèle de me trouver face à face avec mou rival, murmura le comte Othon avec un sourire impertinent.

Quelques minutes après, le comte et son bote galopaient dans un chemin creux qui menait aux Ormes.

VH

Ainsi que l’avait dit Bigorne, Undis que Joseph Noël , sous l'impulsion de sa jeune femme — pa.ssail un lait de chaux sur la portion du château qui lui appartenait . restaurait celte portion à l'intérieur, achetait des meu-

LK lUUGAlUKU LA JKUNESSK

blés ir<)C<ijaii crûird et dessinait tin j.'^rdin anglais spus ses fenêtres — le bon Marc restait paysan et laissait les choses comme il les avait trouvées.

La partie de cour qui lui restait avait une belle mare aux canards au milieu^ et dans un coin un trou à fumier.

De l’autre côté^ un hangar abritait 'la carriole antique de l'oncio défunt, un Utmbereau, une charrette et diff'Tenis instruments aratoires.

Marc faisait valoir.

U avait pris trois valets de ferme, deux scrvanles, dont une que nous avons entrevue au commei^cement de ce récit — la Tordue ; cette fille contrefaite, au regard louche, méchante et naïve à la fois, que ia M > Uvière avait à son service jadis, et qu'elltf avait renvoyée en quittant la ferme.

La Tordue avait bien alors dix-sept aus ; mais était si pi'lile, si chétive, en dépit de ses grosses mains et de ses grands pieds, qu'on lui en eht plutôt donné douze.

La Tordue était aux ürines dcjmis environ six mois .

Lile était si bête que les autres domestiques en avaient fait leur souffte-doitlcnr.

Mais comme elle était méchante, eüe trouvait toujours qüci<|ue moyen de se venger.

Un jour, elle jetait une poignée de sel dans ia soupe ; une autre fois, elle ouvrait, la nuit, l'étable aux vaches, vl les vaches se sauvaient.

Lue autre fois encore, elle piquait une aiguille dans la paille d'uue chaise et celui qui s'asseyait se piquait cruellement.

La Tordue était un perpétuel objet de risée.

Quand elle vil arriver, ce matin-là, M. Henri, te lieau sous-officier, elle se prit à le regarder avec un étonnement et une admiration qui tirent rire aux larmes les gens de ia maison.

Tandis .que le jeune homme était dans la saUc à manger et que le boa Marc le faisait se réconforter avec son meilleur vin et celle charcuicrie fumée que les Belges adorent et qu'il avait importée à Sainl-Donat, la Tordue disait naïvement a la cuisine :

— Quel beau monsieur ! cl quel bel habit !

— Tu le trouves tout faraud, nVst-co pas ? dit l’autre servante, cariant,

— Faminl tout plein, répondit la Tordue.

Celle expressioQ de faraud c.>t presque intraduisible ; cela veut dire, pour les paysans du centre, Itirn mis,di>Uiitguéy élégaut, Lvvelatr.

Être faraud c’est être un gentleman de campagne.

Un des valets de ferme qui achevait de déjeuner, cl qui avait l'esprit en belle huuieui', prit un air sérieux et dit à la Tordue :

— Tu rais pourquoi U vient ici, ce beau monsieur 7

— Nenni da( répoQdii-eUe.

— Il vient pour sc marier.

— Avec qui donc ça? dit la Tordue.

— Avec toi, si tu veux ?

Inj pauvre idiote faillit tomber à la renverse ik surprise, de joie et d’émotion.

— Jean, dit Taulre ser^ante, pourquoi donc que tu U* gau>ses de Louison ?

— Mais je ne me gausse pas, répondit Jean, c’est In pure vt rité ce que je dis là, à preuve que tout à i’heurc il l'a regardée et il a dit : « Voilà une belle filhr, et si elle veut être m,i femure, je nu m'en dédis pas. »

Ce fut un éclat de rire bruyant dans la cuisine.

i.'autre servante rit plus fort que les autres; la Tordue la regarda de son mauvais œil lou ‘he.

Jean, seul, ne riait plus.

Or. comme Jean était celui qui tourmuntait lo moins la pauvre fille, la Tordue en conclitquo les aulre.s avalent tort, que Jean avait raison, et elle prit ses paroles pour argent compianl.

Jean dit encore :

— C’est un irés-bon gan’on. le beau monsieur, et il a assez d'arpCnt pour d ux.

— Vrai? fil la Tordue, il a de l'argeiil?

— S’il n'eu avdii p is, e.sl-ce qu’il aurait lés moyqns d’avoir comme ça du beaux galons d’or sur les manches, répondit Jean.

Pour un esprit aussi i>eu cultivé que celui de !:• Tordue, la raiso:i éLtit con Tuante.

Fà comme elb* louniaitla lètc \ers la porte de la salle à manger, Jean fit un signe aux autres domestl- (|ues, et un pacte fut conclu entre eux, dont le but était de prolonger la mystification.

Pendant ce temps, notre ami la Jeunesse buvait et mangeait avec l'appétit d'un homme qui a passé ia nuit en chemin de r*r et en voiture, et a fait ensuite une promenade matinale.

— Tu feras bien de vous coucher quelques heures, monsieur? dit le bon Marc.

— Je ne dis pas non. répondit M. Henri.

— Tu dois être joliment fatigué, savez-vous?

— Un peu, mon ami.

— El comme c’est demain l’ouverture...

— Je compte bien la faire avec vous, dit encore le jeune homme. V a-t-il toujours du gibier?

— Plus que de ton temps, savez-vous ?

Ils causèrent encore qu.dqucs minutes; {mis Marc Noël frappa du dos do son couteau sur un verre en criant :

— Hé I I.ouison ? •

Louison entra, rouge comme une framboise, et sc mit h regarder M. Henri avec un redonblemont d'admiration.

— Mène donc .M. de Bcauchône à sa chambre, dit le bon Marc.

— Est-ce toujours la même? fit 1e brigatlHU'.

Non ; dé])uis que nous avons fait notre p.'ti Ugc

avec ce brigand de Joseph, répondit Marc, tout est changé.

La Jeunesse suivit la Tordue.

Celle-ci monta l’escalier qui n'était plus qu’une mob lié d’cscalier, du reste, d'un pas alerte et conquéiont.

Quand elle fut au premier étage, elle fit trois pas dans un corridor, poussa une porte et dit :

— C’est là I

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Les bRAMES l)ü VIELAGE

— Merci, mon enfant, dit le brigadier en la congédiant d'un signe.

Mais la Tordue ne bougea. Puis elle le regarda d*iin air bêtement effronté cl lui dit ;

— Vous êtes un bien beau monsieur, tout de même. Vous seriez un bien joli mari.

La Jeunesse partit d'un édat de rire.

— Eh bien ! dit-il nous causerons de ra quand j'aurai dormi.

El il lui ferma la porte au nez et se jeta tout vêtu sur son Ut.

MH

Huit jours s'étaient écoules.

Que s'étail-il passé durant ces huit jours t

Pour le savoir, il faut se transport a un moment h Paris, dans l'hôtel de la jolie madame de l.assenic qui revenait de voyager en Suisse et en Allemagne.

La belle amie de madame la baronne Men ier était dans sa chambre à coucher, à neuf Iimires du malin, déjh levée, déjà habillée et prête à repartir.

M. Paul de Lasscnic, son mari, fumait gravement un cigare et, tout en fumant, i) enfermait dans une botte de cuir de Russie deux magnifiques fusils anglais encore vierges, mais qu'allcndaient en frissonnant les perdreaux et les lièvres de Touraine.

Arrivés de la veille, M. et madame de Lassenie repartaient le soir même pour leur chAt^au des environs de Tours.

Tandis que son mari s'occupait de ses fusils, la jeune femme fouillait de scs jolis doigts une grande coupe . de cristal de Boliêmc pleine de cartes de visite arrivées en son absence.

— Tiens I dit-elle tout à coup, voilà une visite rare : Le comte Olhon de la Billardière.

— Pourquoi rare? dit M. de Lassenie. |

— Mais parce que je le vois rarement. C’est tout simple, et le mot rare n'a pas deux significations.

— Je le vois souvent au club, moi.

— Alors la visite était pour toi, dit avec indiiïérence madame de Lassenie.

Et clic continua s*m inspecticm.

Mais un valet de pied entra, en ce moment, apportant sur un plateau deux lettres, venues par la poste.

Chose bizarre ! ces lettres, à l'adresse toutes deux de madame de l.assenic, portaient le timbre d'Orléans.

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