‹ Les Drames du villageChapitre 37 sur 60 · I-a jeune femme reconnut récriture de la première · texte numérisé non relu

I-a jeune femme reconnut récriture de la première

— Une lettre de Marthe I dit-elle.

— Je parie, lit .M. de Lassenie, en riant, qu’elle se repent et nous prie de lui trouver un mari.

Mais déjà madame de L.isseiiic examinait curieusement le cachet armorie de la deuxième lettre dont l'écriture de la suscriplion lui étaient inconnue.

— Connais-tu cela, Paul ? dit-elle, en mettant le cachet sous les yeux de son mari.

— D’ezur à trois besons d'or, timbrés d'une couronn-i’ de comte ?

— Oui.

— Sans doute, ce sont les armes des Venelle.

— El c’est ton ami M. de \'enelle qui m’écrit?

— Cela m'en a Pair.

La curiosité de la femme l’emporta sur son amitié.

Ce fut la lettre du comte que madame de Lassenie ouvrit la première.

« lli(‘n chère madame.

On m'assure que vous n'êle.s pas à Paris, mais où que vous soyez, je suis sfir que mon humble requête vous parviendra.

Un homme est obligé de renoncer à ces liaisons de plume, à ces phrases d’une spirituelle diplomatie qui font la force des hommes; il lui faut aller droit au but, et c’est ce que je fuis. Mon ami Paul a dù vous dire que madame de Venelle avait achclc une propriété (tans le Loiret.

Cette propriété qui a nom le cliàteau de Javelle et d'où je vous écris, est située à une lieue à peiiio d'un autre château qui certainement vous est connu, car U est l’asiie d'une de vos amies presque aussi belle que vous, rntidame la baronne Mercier.

La b^iroime est aussi crnclic que belle.

On la rencontre en forêt, galopant sur une haquenéc blanche et semant autour d’elle le désespoir.

J'ai chez moi un (>auvro gart^on, un ami commua à Pau) et à moi, Olhon do la lliilardière, qui se meurt d'amour pour elle, je n’ex.agère rien, et qui n'a plus d'es|Kiir qu’en vous.

11 prétend que la baronne duils'ennuyer de son veu* vage, que le besoin u'un cceur qui la comprenne doit se faire violemment sentir chez elle; que si vous disiez un mot, si vous écriviez doux lignes de votre spirituelle et fine écriture, ce mot et ces deux lignes lui I ouvriraient les portes du château de Rcuil.

Que sais-je encore?

Fidèle Pylade co nouvel Or»?ste, madame, je vous transmets scs vieux et je joins mes prières aux siennes.

Seront-elles exaucées?

Je ne sais. La baronne est, dit-on, fiirouche, et vous seule pouvez adoucir cette nouvelle Diane chasseresse.

Maintt-iunt, deux mois de notre Amadis.

Olhon de la Hiliardière est, comme vous savez, un assez bc.'ui cavalier. Son nom n’est [las sans éclat; bonne noblesse, quoique de robe.

Je ne sais pas au juste le chiffre de sa fortune, je crois même qu'il a un peu croqué; mais il lui reste deux oncles et une tante à mettre sous la dent au ()remier malin, tmw trois fabuleusement riches.

Olhon est libre de tout engngesnent, il a horreur des daines du lac.

Son cœur es^ donc aussi pur que le sommet des Alpes.

Il me semble que celle union SA'r.dl pn.'fail: soU)

, lû js les rapports.

LE BRIGADIER LA JEUNESSE

IHO

LouiM>o cdUi roa^e cownc onc cerise, {l'age Itir.)

Nous attendons vos conseils, Othon et moi, madame, et nous demeurons à vos pieds.

Comte ne Vksellb. »

Madame de Lassenie passa cette lettre à son mari qui la lut gravement.

Ils étaient un peu enfants, ces jeunes époux pour qui la lune de miel durait toujours.

M. de Lassenie prit h deux mains la tête frisée de sa fsmme et lui dit :

— Je te fais un pari, mignonne.

— Voyons ?

— Je gage que la barotme t’écrit de son côl». ; « Ma rhère, mon cœur a parlé... Un bel étranger que je rencontre tous les matins dans les bois... etc... etc... >

Madame de Lassenie se mit à rire.

— A ton compte, dil-cllc, nous n'aurions plus qu'à envoyer la lettre de M. de Venelle à Marthe, et celle de Marthe à .M. de Venelle.

— Je le crois. '

— Mais... le petit soldat...

— Ah ! oui... le pâtour, comme lu l’appelais ?

— Précisément. Eh bien?

— Eh bien 1 mais, dit M. de Lassenie, il a peut-être été tué en Afrique. Qui sait !

Madame de Lassenie secoua la tête.

Elle tenait toujours à la main la lettre fermée de la baronne .Mercier.

— Moi, dil-cllo, jo gage quo cette lettre est pleine du Joli petit soldat.

— Et moi, du comte Othon.

— Eh bien 1 que parions-nous ?

— Ce que tu voudras.

— Non, dit madame de Lassenie, tu perdrais ton pari, je ne veux pas te voler.

Et elle rompit le cachet de la lettre de la baronne.

La baronne Mercier â Madame de Lassenie.

• Ma bonne Lauro,

Voici bien longtemps que nous no nous sommes écrit.

Pourquoi ?

Peut-être me boudes-tu d’avoir refusé, il y a deux ans, ton invitation, et de n'avoir pas suivi tes conseils ?

Peut-être aussi, de mon côté, ai-je eu le grand tort de cesser brusquement toute correspondance, parce (|ue tes théories et ta morale n’étaient pas tout ê fait de mon goAt?

J’étais alors inquiète, irrésolue, malheureuse même.

Aujourd’hui je suis forte et vaillante, et ma résolution est prise.

C'est il toi que j’écris, mais c'est de ton mari que j’ai besoin.

Paul est un de nos hommes les plus répandus, les plus en crédit.

Toutes les portes s’ouvrent devant lui, cl avant toutes celle du ministère de la guerre, oi’i l'un n'oublia pas qu’avant de devenir ton mari, il a été u:i de nos plus braves officiers de l’armée d’Italie, et qu’il a pris de sa main un drapeau autrichien il Solferino.

Je le vois sourire et murmurer ;

— Elle va nous p.irler de son |ietit [laysan devenu soldat I

Eli bien, oui, ma bonne Laure, c'est de lui qu'il

s’asil-

D'abord le petit paysan n’esl plus soldat, il est sousofficier; ensuite il est décoré, pt ce n’est pas plus le jeune homme limide et rouBjssqqt d'il y a deux qns, que tu n'es, toi, l'élégante et la belle, la petite fille qui baissait les yeux et p!é|iri|it pour un rien quauil elle arriva ii notre pension.

Je t’en ai trop dil tjéjl( pouy ne pas aller jusqu'au bout.

Ecoute donc.

Tes lettres m'avaieiu qq ppu ébranlée; je qn savais plus à qui entendre, t)e toi oq de nion bon abbé Duval, qui était devenu ma providencp et mon conseil.

Lorsque M. de Beaucliénq fqt|iarti, j'eus pendant quelques mois qne velléité dp revenir i Paris, tjais uq je ne sais quoi me CBteqait, je ceqiettais iqoq départ de quinzaine en quinzaine et de mois en mais. ''

Oiaque (ois que ma résolution paraissait bien prise, le bon curé arrivait.

11 avait toujours reçu une lettre de notre pauvre petit soldat qui écrivait naïvement que malgré tous ses eff irts il désespérait de se faire tuer ; la mort no voulait pas de lui !

Jamais dans ces lettres que j’.vi toutes lues mon nom o'était prononcé, et co|ieudaul il me seniblait le voir cuire les lignes, et chaque phrase me paraissait se rapporter Il moi.

No te moque pas,. j'ai adoré mon mari. Eh bien, je n’ai peut-être jamais ressenti, eu ouvrant ses lettres qui m’arrivaient d’outre-mer, une émotion |ilus grande que celle que j'éprouvais lorsque le vieux prêtre mettait sous mes yeux ce qu'il appelait sou dernier courrier d'Afrique.

Et je reculais toujours mou départ.

Un matin, j’ai appris que ,M. de Heaticliénc avait été décoré.

Paul, qui se connait en bravoure, n’a qu'à prendre le Moniteur du 17 juillet, et il verra si ce ruban rouge est une faveur !

Un autre jour, l'abbé Dut al est venu et U m'a dit :

— .Notre protégé va demander uu congé. Dans huit jours ii sera ici. Voulez-vous me permettre de vous l'aiiii'iier ?

Je crois que j’ai failli m’évanouir.

Huit jours plus tard, eu effet, il j en a sept de cela, coiiinie j'achevais nia tuilette du matin pour faire ma promenade à cheval quotidienne, je me suis approchée de la fenêtre de mou cabinet de toilette qui donne sur Eune des allées forestières perpendiculaires, à mou petit manoir.

Alors j’ai eu un baucnient de comr si grand que j'ai cru que j'aPais mourir, cl je me suis laissée tomber sans forcé sur une chaise.

J'avais aperçu dans l'allée la soulaiie du bon curé et auprès de lui un grand jeune homme cheminant la tête liante cl portant à merveille ce fier uniforme des ch.isseurs d'Afrique qui allait si bien à ton mari, te souviens-tu? Que s’csl-il p,i5sé depuis lors ? Je ne le sais

pas... Je serais dam l'impossibilité de le le raconter. Mais il m'aime... nous nous aimons... il vient ici tous les jours... je lui ai montré colle lettre qui renfermait les dernières volontés de mon père... et |1 est convenu que j'attendrai... Quoi? Tu le devines, n'cst-ce pas? La veuve d'uii capitaine de frégate ne peut pas épouser un sous-officier.

Il faut donc que j’attende que l'épaulette lui soit venue...

Alors U donnera sa ^t^missmo j® m’appellerai Mailame t|n ^Auchêqn,

l'ardonpe-muj pjutes cçs confidences, ma bonne Lauf®, ces folies p -ul-êtm, vas-tu dire.

U.vis la vie, qqi m'apparaissait jadis toute noire, a prb tciptns roses, et je suis heureuse... ou plutôt non, je ne le suis pas, tu yas voir.

Le coluiiel de mon cher Henri est nu ami de notre buu curé Duval, et il ii'a pas peu contribué au rapide avancement de notre protégé. Or, ligiire-loi qu'il a écrit au curé le Icndeiiiaiii du départ de M. de Beauctiéne, pour lui faire pressentir une bonne nouvelle.

Quelle est-elle ? est-ce l'épaulette !

Tu vois bien que c’est à Paul cl non h toi que j'écris.

Paul ira, j’en suis sûre, ma Laure, après la réception de ma lettre, au ministère de la guerre, et comme o.v n'a pas de secrets (tour lui, il saura tout, n’esl-ce pas?

Vile un mot, ma bonne Laure,

A ton liséré bleu qui l'aime toiijonr.s.

.Marths. »

— El bien, monsieur, dit iiiadaine de Lassotiie en regardant suti mari, qui donc avait raison de vous uu de moi 1

— Tu CS un ange, répondit .M. de Lassenie ; mais que faut-il faire ?

— Ce que demande Marthe, donc !

— Mais... notre ami Otiion.

— Ma foil tant pis!

— Tu l’abandonnes t

— Avec le courage de ma lâcheté, dit la jeune femn.': en riant.

— Mais nous partons ce soir...

— Nous ne partirons que dem.vin, s'il le faut.

— Mais... la chasse...

— Les perdreaux auront un jour de répit, voilà tout.

— Ce que femme veut... murumra M. do Lasseiéc.

— Tu le veux, n’esUce pas? dit-elle en passant son bras bbnc autour du cou de M. de l.assenie.

Et celui-ci prit son chapeau et s'oii alla au ministère de la guerre où, comme disait la baronne, U avait ses grandes et ses petites entrées.

La Koqiiillone, un matin, se querellait avec le bon et naïf Joseph.

Ces querelles n’étaient pa.s rares, surtout depuis

LK BRIOVniKR h\ JFUNRSSF

que les deux frères èuüent brouillés ; mais celle-là avait pri»>un caractère plus violent encore que les autres.

— Tu veux donc que ce misérable Marc déshérite nos enfants? disait-elle.

Joseph répondait :

— Mon frère a un mauvais caractère, je le sais, et depuis toutes les avanies que tu iui as faites il nous en veut beaucoup; mais c'est un homme juste et droit, et puisque nous avons deux enfants, il ne leur fera pas tort de son bien.

— Tu verras, tu verras, disait la Roquiilone on fureur, s'il ne laissera pas tout à M. Henri !

Joseph haussa les épaules et ne répondit pas.

T— Ce vagabond, ce misérable, disait la Roqulllnne au comble de l'exaspération. Il a eu du cœur un jour, quand il est parti, mais le cœur Ta abandonné, puisque le voilà revenu. U dit qu’il est en congé, mais lu verras bien s'il retourne en Afrique. Ah! ben oui! El comme ton nigaud de frère est llailé de se promener avec lui, parce qu’il a la croix ! la terre ne touche plus à ses pieds quand ü marche , ce gros lourdaud !

Joseph était un bon homme, mais il se révoltait quelquefois, à la manière du mouton etiragé. Il frappa tout à coup du pied et s'écria ;

— Mais enfin, que veux-luT

~ Je veux que tu fasses ce que je te dis.

— Mais quoi î ^

— Que tu loues ta part de bois à M. le comte de Venelle.

Ce nom fil froncer le sourcil au bonhomme.

Je ne connais pas ce monsieur, dit-il, quoiqu'il vienne toujours réder par ici , qu’on ne voit plus que lui.

— Je le connais, moi.

Joseph fit de plus en plus la grimace.

— El puis, dit-il, c'est bon (>our des malheureux ou des avares de louer une chasse.

— Puis4]ue tu auras le droit de chasser.

— Mais je ne pourrai jamais enniener un ami.

— La belle affaire, puisque lu chasses toujours seul*

— Mais enfin , reprit Jo.seph, h quoi ça servira?

— Que ni ton frère, ni ce feignant de Henri n'y mettroniles picfis à l'avenir.

Joseph eut un éclair de raison.

— Non, dii-il, je ne ferai pas cela, je ne veux pas

exposer mon frère et M. Henri à se faire faire un procès. '

I.a Roquiilone, à mesure que son mari se déballait, s’étoil calmée peu à peu, et tout en feignant toujours une grande irritaliou, elle avait préparé un petit coup de théâtre, sur l'effet duquel elle comptait.

— Ainsi, dit-elle, lu ne veux pas?

— Non.

Et pour n'avoir pas à se débattre plus longteuips, Joscpli sortit de la cuisine ofi avait lieu ce débat et gagna les cham|» par le jardin qui s'étendait derrière la maison.

Alors la Roquiilone appela Madeleine, la nourrice de son dernier enfant, et lui dit :

— A!lons-nous-cn !

Madeleine ouvrit de grands yeux.

— J'aime mieux vivre tranquille chex mon père, acheva-t-elle.

Et la Ro<]iiill(>ne fondit en (armes.

Eu même temps elle prit son premier né, un bambin de quatorze mois qui pleurait de confiance en voyant pieui’er sa mère.

Puis les deux femmes sorlirent comme des folles du château des Ormes et suivirent l’avenue qui conduisait au chemin de Saint-Donal.

Los domesli(]ue^ qui virent leur maîtresse s'en aller en pleuraid, jasèrent alors un brin.

Chacun fit sa réflexion et Jean le charretier dit en riant :

— Le patron mettra joliment les pouces œ soir 1

Jean ne se trompait pas.

A midi, Jo.^eph Noël, qui s'était calmé, lut aussi, revint pour déjeuner.

La cuisine éuil désL'rte, le poêle êieiiU, et les domestiques ÿe regardaient d’un aircousierné.

• Où est madame? demanda Joseph d'une voix altérée.

— Elle est partie, lui répondit-on.

— partie !

— Oui, elle est retournée chez son père et elle a emmené les enfants.

Joseph n’en entendit pas davantage; il sortit des Ormes cumme un sanglier qui déb-mge devant les chiens et courut tout d'une haleine à SaiiU-Donat.

Mais ü s’était écoulé trois heures, et, durant ces trois heures, la fille, le père, la nourrice, tout le monde avait répété son rôle en conscience.

La Roquiilone avait repris sa chambre de jeune fille et y avait installe deux berceaux.

U nourrice cuisinait le déjeuner , quand Joseph arriva.

Roquilion avait pris une mine sévère et digne, celle d’un père qui veut protéger sa fille.

— Où est ma femme ? demanda Joseph en entrant comme un boulet de canon qui traverse un mur.

Hoquilloo ie prit par le bras, et le regardant tristement :

— Je ne vous ai pas donné ma fille pour que vous la rendiez inalheureii'^e.

— Malheureuse! exclama le bon Joseph, je rends votre fille malheureuse, moi!

La porte de l’escalier était ouverte.

Un sanglot qui venait de l’étage supérieur arriva aux oreilles de Joseph.

C’était la Roquiilone qui avait un redoublement do douleur.

— Vous pensez bien, dit sévèrement Roquilion , que ma fille va rester ici désormais. Nous sommes pauvres... niais...

Joseph liouscula Roquilion, se précipita vers l’escalier, en monta les degrés quatre à quatre, fit voler d’un coup de pied la porte derrière laquelle 1a RoqoU*

lone sanglolait, et tomba à genoux devant elle en lui disant :

— Reviens, ma bonne petite femme, je ferai ce que tu voudras, savex-vous?

Mais madame Noël le repoussa :

— Non, dit-elle. Quand je serais retournée aux Ormes, vous me refuserici encore !

— Je te jure que non.

— Je ne vous crois pas.

Joseph se tordait les mains de désespoir.

En ce moment, car la comédie était arrangée au grand complet, un homme en habit de garde-chasse entra dans le cabaret de Koquillon.

C'était le piqueur de M. le comte de Venelle.

La Koquillonc descendit, son mari la suivit et se trouva ainsi en présence du piqueur, qui lui dit :

— Mon bon monsieur Noël, vous no voulez donc pas louer votre chasse à M. le comte!

Joseph tressaillit, il regarda sa femme qui pleurail comme une fontaine et répondit :

— Je ferai ce que vous voudrez.

— Hé ! hé ! dit le piqueur, mille francs par an , c’est un beau denier.

Joseph ne répondit pas. Les larmes de sa femme le bouleversaient.

— Tenez, ajouta le piqueur, j'ai l’acte d'amodiation tout prêt dans ma carnassière, voulez-vous le signer 1

— Oui, soupira Joseph.

Maintenant, disons pourquoi la Hoquillone tenait tant il ce que la chasse des Ormes fût louée à M. de Venelle et quelle abominable machination avaient ourdie de concert avec elle le propriétaire de Javelle et le comte Olhon, son ami.

A peu près à la même heure, M. de Venelle et son ami Othon fumaient en présesce des débris d'un plantureux déjeuner.

Madame la comtesse de Venelle, née Joublot, avait congédié tous ses cousins l’un après l'autre, qui le lendemain, qui le surlendemain de l’ouverture de la chasse, prenant bien soin de garder tout le gibier tué, en femme économe et d'origine bourgeoise qu’elle était.

Il ne restait donc plus au chûteau que le comte Otiion, au grand déplaisir de madame de Venelle, qui lui faisait de sèches révérences le matin et lui souhaitait des bonsoirs qui pouvaient se traduire le plus raalhonnéiement du monde.

Ce dont .M. de Venelle se moquait , et son bOte encore plus.

Or, tous les deux comtes fumaient après boire, seul à seul, et devisaient comme de nobles hommes du temps jadis.

— .Mon bien bon, disait le comte Othon, je ne vois pas en quoi tu vas avancer mes affaires matrimoniales par le fait seul que tu auras loué la chasse de Joseph Noël.

.M. de Venelle eut un sourire à la Machiavel.

— Les peütcs causes, dit-il, engendrent les gtends effebî.

— C'est un proverbe, mais voyons-cn rappUcaiion.

— Ou'est-ce que nous voulons, toi, moi et celte aimable madame .Nocil ? Nous voulons nous débarrassr-r du pciit sous-officier.

Iji comte Olbon fit un signe de tête.

— Madame Noël, qui veille au grain pour l'héritage de ses enfants, se dit que son beau-frère pourrait bieo laisser sa fortune ë maître Henri.

— Boni

— .Moi, je me dis que tant que ce jeune homme .sera ici, il n’y aura rien h faire du côté de Reuil.

— Après ?

— Même, ajouta M. de Venelle, quand madame de l.assenic s’en mêlerait et ferait exprès le voyage.

— Fort bien , mais je continue à ne pas comprendre.

— Tu as vu mon garde ?

— Sans doute.

— Gobert, c’est son nom, est un ancien sous-officier d’infanlerie , un ancien prévôt de régiment, U lire la pointe et la contre-pointe h ravir, et U nous embrocherait tous les deux, tout élèves de Pons et de Grisicr que nous sommes.

— Ah ! ah ! fit le comte Othon, quel gaillard !

— Tu s.iis aussi bien que moi que la cavalerie et l'infanterie ne s'adorent précisément pas.

Gobert est une mauvaise tête ; le verre de vin blan.; qu'il boit tous les matins le rend méchant pour le reste de la journée ; il est querelleur, il a la haine du cavalier, d'abord parce qu'il a élé fantassin, ensuite parce qu'il n’a jamais pu tenir sur une selle un quart d'heure.

L'autre jour, il était gris, il a vu passer notre pebl sous-officier et il m’a dit : « Monsieur le comte, si jamais je le rencontre dans nos bois, je lui ferai joliment son affaire. >

— Alors tu penses, dit le comte Othon , que s’il rencontre maitre Henri, il lui dressera procès-verbal ?

— Il ne le rencontrera pas dans mes bois, mais dam ceux de Joseph .Noël, où il croit avoir le droit de chasser, et il lui clierchcra querelle, tu verras.

— Lui as-tu fait la le^on î

— Je m’en serais bien gardé.

— Pourquoi ?

— .Mais |Mrce qu’on n’est jamais mieux servi que par les gens à qui on n'a rien commandé. Il me suffira de dire que j'entends que ma nouvelle citasse soit scrupuleusement gardée.

— Mais enfin, dit le comte Othon, jo ne vois pas bien, jusqu'à présent, où peut aboutir une querelle entre Gobert et le brigadier.

— Gobert l'insultera si bien qu'il le forcera a s: battre.

— Ail ! je comprends...

— Et Gobert le l’alignera dans un fossé ou den iêre ;y> mur, de telle façon qu'il ne se relèvera plus.

LE nr.lOADIEIl LA JEUNESSE

Il «ijil un lu-il »oi

l.e coiilio O. lion 'rm ;n !c sourcil, ^ ’*

— Le moyen est violenL dit-il.

— D’accord, mais nous n'y sommes pour rien. Il va mieux , je fais arrêter cet imbct^Ie de Goiierl, je le malnicVnc ; si la justice »’en mêle, je le charge à outra)^ tout cela à la seule lin de me mettre fort bien avec la jolie veuve qui dans six mois te chargera du soin de la consoler.

— Et la Koquilionc est dans le complot 5

— Oui, et ou peut compter sur elle.

Comme .M. de Venelle disait cela, le piqueur entra triomphant.

— C’est signé, dit-il.

F.t il mit l'acte d'amodiation sjils les yeu.x de so:i maître.

— Itravo ! Renau l, dit le comte, au moins nous ne seron.s plus obliges de roiniire les chiens en arrivant vers les Ormes.

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